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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 13 mars 2021
Sa note : 8/20

LINE UP

-Neige
(chant+guitare+basse+claviers)

-Winterhalter
(batterie)

TRACKLIST

1) Les Jardins de Minuit
2) Protection
3) Sapphire
4) L'Île des Morts
5) Le Miroir
6) Spiritual Instinct

DISCOGRAPHIE


Alcest - Spiritual Instinct
(2019) - rock post rock post black, blackgaze, etc. - Label : Nuclear Blast



Vous souvenez-vous du syllogisme de Socrate ? Le voici. Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Socrate est un chat. Les plus malins remarqueront l’erreur de raisonnement. Quoi ? Vous demandez plutôt un syllogisme parfait ? Fort bien… En voici un exemple dont vous ferez l’effort de trouver la conclusion par vous-mêmes. Tous les groupes qui passent chez Nuclear Blast semblent pourrir. Spiritual Instinct est le premier album d’Alcest à sortir sur Nuclear Blast. Conclusion ? Elle est hélas, naturelle.
Pour vous caler la relation entretenue avec Alcest, il faut annoncer la couleur : Souvenirs, Ecailles et Shelter relèvent chacun à leur manière d’une perfection. Voyages était mignon et ronronnant. Kodama était égaré mais enthousiasmant. Ceci étant posé, procédons par induction : Spiritual Instinct est un disque quelconque et décevant. – Élargissons le pourquoi-du-comment : Spiritual modifie la formule d’Alcest. L’onirisme printanier de Souvenirs n’est plus en place ici. Ce n’est pas une première. Par le passé, Neige et consorts avaient su faire varier la formule avec brio : l’ensemble virait sombre et aquatique sur Ecailles, puis épuré et solaire sur Shelter. Comme par hasard, les modulations de la formule première donnèrent les meilleurs résultats tandis que les essais embourbés et timides sonnaient plus timorés, moins notables. Ainsi, si changement il se trouve bien sur Spiritual, là n’est pas fondamentalement le problème. La lourdeur (relative) de cette sortie, l’effacement (relatif) des riffs proprement black (eux-mêmes relatifs), la production bombinette (bis-ter-quater) et l’obscurcissement moyen intensifié (quinquies) sont des partis-pris qui, en eux-mêmes, ne sonnent pas faux lors du déroulement de Spiritual. Neige hurle – ici comme ailleurs – fantastiquement, bien, et Alcest reste Alcest. Non, le problème, comme l’annonçait Kodama, vient d’ailleurs.
Le problème de Spiritual, c’est que le génie inspiré, la muse naturelle des débuts ne sont plus et que les morceaux façonnés par Neige et Winterhalter ne semblent désormais plus résulter tant d’une inspiration sublime que d’un travail de faiseurs appliqués. Pour du thrash, cela aurait pu passer. Certains ont fait carrière de la sorte. Mais pour un projet tel qu’Alcest, au caractère spirituel exacerbé, cela n’est pas possible. Ce travail, pour honnête et appliqué qui soit – Spiritual n’est pas une arnaque à gogos – sonne, pour la première fois dans le parcours du projet – creux, vide, simulacre de ce qu’il fût par le passé. En cause ? Un chant trop maitrisé ? Une avalanche de la-la-laaaaaa naïfs et vite insupportables car placés à tous bout de champ comme autant de cache-misères ? Des riffs n’atteignant que trop rarement le sublime d’une roue de paon ? Eh bien, un peu tout cela à la fois. – Spiritual n’est jamais mauvais. Il n’est jamais grand-chose. Tout ici aura déjà été entendu par l’oreille avisée – au tonnage près, plus épais cette fois-ci – et tout semble revenu d’ailleurs pour faire un nouveau tour, un de plus, parce qu’il le faut bien. – Il faut peut-être attendre "L’Île des Morts" pour qu’une alchimie de l'onde se fasse entendre comme en l’époque nacrée de jadis. Cette piste-pivot, habillement placée en milieu de chemin, constitue le point culminant de l’essai, entre post-rock, post-choses en tous genres, shoegaze, black metal : un efficace résumé de ce qu’a été Alcest au fil des ans. – Le reste n’est jamais bien éloigné de cette essence, mais la magie n’opère pas. Seul "Le Miroir" – germe de morceau, interlude étendue – enchante par des sonorités plus mystérieuses. Hélas, la piste éponyme rompt aussitôt le charme pour nous laisser sur la synthèse de ce qui ne va pas sur ce disque : on ronronne et l’on baille pendant les vocalises « la-la-lantes » du Sieur Neige, s’enchantant de sa pub Ushuaïa de longues minutes durant… Terrible manière de nous quitter.

Inutile de tergiverser : Spiritual Instinct s’agite sans succès à renouveler doucement une formule, la faute à une inspiration artificielle, mesurée, quantifiée. Cette histoire n’est plus une émanation naturelle, mais une fabrication de main d’homme. Le passage entre les mondes semble se refermer. La magie n’opèrerait plus ? En tout cas, voici le premier Alcest ne valant pas le détour. 




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