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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 12 mars 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-Grimorth
(tout et rien)

TRACKLIST

1) Opus I : The Darkest Forests / Opus II : Verhallend in Tiefer
2) Alpine Black Magick (Outro)

DISCOGRAPHIE


Forlorn Kingdom - Alpine Black Magick (EP)
(2021) - ambient dungeon synth - Label : Autoproduction



C’est un bien curieux constat que nous impose Forlorn Kingdom : le dungeon synth monterait en grade dès lors qu'il n’en serait plus véritablement. Car si Alpine Black Magick possède certainement l’essence du genre, il ne conserve des origines de son donjon qu’une forme vague, semblable à la mémoire de l’eau, un écho persistant et allant volutes croissantes…

Le revival récent pour l’empilage de nappes poussiéreuses, pour l’amalgama de sonorités datées et passéistes, pour la fixette attentives sur quelques mélodies simplistes et autres galimatias de redites croulantes n’a, in fine, que très peu modifié la perception générale d’un genre relégué, par la droite, au rang d’amusette pour amateurs de jeux vidéo, et, par la gauche, d’instant de raison pour les adeptes d’une gouaille black metal habituellement plus éruptive… Le dungeon synth en tant que tel ne serait que l’aération de l’âme de quelques geeks en manque de sensations fortes qui feraient mieux de se trouver un vrai travail. Quelques projets ont néanmoins su tirer leur épingle du jeu et s’attirer un succès d’estime (que l’on pense ici à Fief et que l’on s’y reporte utilement). Pour le reste, le dungeon synth ne demeure qu’un grand néant dans lequel l’espoir tient dans la postérité de quelques archives destinées à une éventuelle redécouverte tardive. Pourtant, à l’écoute de cet Alpine Black Magick, né du dungeon synth, un pied dedans, un pied dehors – vers une forme plus cinématographique - une chose frappe : cette musique est essentiellement, dantesquement belle.
L’aube et le crépuscule confondus – voici ce que propose Forlorn Kingdom sur cet EP ondoyant, fantomatique, tenant à la fois de l’épiphanie et du chant vespéral, du jour et de la nuit. Difficile de ne pas succomber à la grâce angélique de cet "Opus I: In The Darkest Forests / Opus II: Verhallend In Tiefer Ewigkeit", lequel, du haut de ses dix-huit minutes en perpétuelle progression, ne propose rien de moins qu’une émancipation de son carcan dungeon synth originel pour aborder le purgatoire paradisiaque d’une scène plus vivante, visuelle, que l’on sent à chaque instant frissonner en nous. Une lumière quasi-divine, solennelle, enrobe cette pièce constitué de multiples éléments s’ajoutant les uns aux autres et se répondant avec grâce. Piano-Roi, Chœurs-Salvateurs, Cordes-Douces et même une très notable Sainte-et-Impériale-Basse : tout ici aspire à ouvrir la voie supérieure. C’est un printemps céleste qui souffle sur l’œuvre de Forlorn Kingdom et, en même temps, un rappel de notre profonde vanité – ainsi que le souligne formellement la fascinante piste éponyme, anecdotique lors des premières écoutes, essentielle par la suite, de cet opus final. Nous ne sommes rien. Autant finir en beauté avant de rejoindre les Anges.


C’est purifié dont l’on sort de l’écoute de ces brèves et vastes minutes. Quelle élégance, quelle grandeur ! Tout semble ici si simple et si intense. Le propos énoncé par Forlorn Kingdom n’a jamais été aussi proche de ce que serait une version cinématographique du dungeon synth. Alpine Black Magick agrandit les perspectives du genre, quitte à lui ôter un brun de rudesse et à revêtir son manteau de soie. Une révélation à écouter au-delà du cercle des amateurs.




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