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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 04 mars 2021
Sa note : 16/20

LINE UP

-Daniel "Dani Filth" Lloyd Davey
(chant)

-Paul James Allender
(guitare)

-Martin "Foul" Curtis-Powell
(guitare+claviers)

-David "Pubis" Pybus
(basse)

-Adrian Paul Erlandsson
(batterie)

TRACKLIST

1) A Bruise Upon the Silent Moon
2) The Promise of Fever
3) Hurt and Virtue
4) An Enemy Led the Tempest
5) Damned in Any Language (A Plague in Words)
6) Better to Reign in Hell
7) Serpent Tongue
8) Carrion
9) The Mordant Liquor of Tears
10) Presents From the Poison-Hearted
11) Doberman Pharaoh
12) Babylon A.D. (So Glad for the Madness)
13) A Scarlet Witch Lit the Season
14) Mannequin
15) Thank God for the Suffering
16) The Smoke of Her Burning
17) End of Daze

DISCOGRAPHIE


Cradle Of Filth - Damnation and a Day



Damnation and a Day, il faut savoir se remettre dans le contexte. À l’époque, les temps étaient simples. Internet n’imposait pas la toute-puissance du streaming et on avait suffisamment peu de groupes pour avoir des « ennemis ». En 2003 pour Cradle, l’ennemi désigné (plus par les fans que par les groupes concernés, d’ailleurs), c’était Dimmu Borgir. Or Dimmu venait de sortir un album avec un orchestre qui avait cartonné. Beaucoup ont vu alors dans ce qui nous préoccupe présentement la réaction des Anglais face à l'assaut des Norvégiens.

Puérilité pure si vérité établie. Espérons que l’histoire ne fût pas aussi simple que ça. En tout cas, contractuellement, elle ne l’était pas. Cradle venait de migrer chez Epic, sous-label de Sony faut-il le préciser. Une major. Une première pour un groupe de black metal. Et qui se voit affublé des moyens qui vont avec. Donc plus qu’une réaction à un confrère, peut-être faut-il y voir un effet d’opportunité en plus d’une inspiration somme toute bien légitime au vu de la musique habituellement proposée par l’enfant terrible du black. Car Cradle s’est toujours complu dans la symphonie jusque-là. Troquant une partie de ses claviers pour l’orchestre, le mouvement apparaît naturel. Sauf que Dani Filth étant ce qu'il est, céder à la facilité n'était pas une option (il le fit tout de même un peu plus tard dans sa discographie). On peut lui reprocher un côté grande gueule ou guignol, le fait est que malgré tous les changements de personnels du groupe, Cradle a étrangement toujours fait du Cradle, tout en évoluant. Alors, lorsque s’invite l’orchestre, point n’est question d’en tartiner partout et photocopier le voisin. C’eût été la simplicité, rendue d’autant plus évidente qu’elle aurait contenté les fans par sa grandiloquence évidente.
Sauf que c’était évident. Et Dimmu l’avait déjà fait. Et très bien. Alors la troupe (ou Dani ?) s’est creusée les méninges pour pondre des transitions, faire parler l’orchestre plus que l’utiliser. Musique de film ? Il y a un peu de ça dans ce Damnation and a Day, plus emphatique dans ses guitares que dans son orchestre. Cradle raconte alors l’histoire d’un monde déchu, d’une descente aux enfers interminable et la met en scène. Les interludes posent les ambiances tandis que les riffs construisent l’histoire narrée par Dani. D’ailleurs, il fait son Dani, variant ses vociférations, piochant dans le guttural pour faire suite à ses irritantes stridences aiguës. L’air de rien, ça le catégorise à part du monde du black dont les hurleurs daignent rarement moduler avec autant d’amplitude. Puis la musique. On sent Adrian Erlandsson plus à l’aise dans son rôle de batteur d’extrême, n’hésitant pas à planter des blasts. Il est aidé par la variété immense d’un album qui sous couvert d’extrême vient batifoler dans tous les genres du metal. Thrash, heavy, death, gothique, tout ou presque y passe. Cradle vient d’ailleurs poser les germes d’une mue totalement maîtrisée depuis Hammer of the Witches. Tous les ingrédients sont déjà là. Rythmiques multiples, riffs en masse, mouvements incessants de compositions naviguant sans arrêt entre deux idées. Et l’inspiration.
Car ce qui porte les Anglais au firmament réside ici. Bien que boursoufflée dans son ambition et sa longueur (soixante dix-sept minutes !), cette création parvient dans un tour de force improbable à ne jamais ennuyer. La faute à toutes ces idées et un rythme qui ne faiblit jamais, aux transitions finement disséminées qui relancent la machine juste derrière. Évidemment, une telle démesure ne serait rien sans un son au diapason, et il l’est. Pourtant il l’est d’une manière peu évidente. Le quintet aurait pu vouloir reprendre le gros son de Midan. Mais pour parer à l’énorme masse d’information à faire transiter dans les tympans des auditeurs, il a eu l’intelligence de donner de la clarté à l'ensemble, ne forçant pas le trait sur le gras des guitares ou de la batterie. En première approche, on pourrait penser à un loupé, mais ce ressenti est bien loin de refléter la vérité. Tout le spectre des instruments et des couches superposées peuvent ainsi s’exprimer librement, avec la respiration due, alors même que la grosse caisse par exemple touche les tréfonds du bas. Du bel ouvrage. Et d’autant plus remarquable que ce n’était pas là la voie la plus aisée car elle ne contente pas immédiatement.


Alors les théories vacillent. Damnation and a Day est un pavé. On peut renâcler, il est facile à renier. Difficile à digérer. Cependant, il tord. Les cous, les préjugés. Et par la force de son périmètre gargantuesque et de la somme de ses détails, ses trouvailles, ses riffs, il impose sa volonté. Bien sûr, il en fait trop et pêche à vouloir s’essayer à tout ou presque. Mais il y a de la grâce. Et sur un disque de metal, ce n’est pas banal. Un travail colossal.



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