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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 05 avril 2008
Sa note : 11.5/20

LINE UP

-Cristian Machado
(chant)

-Diego Verduzco
(guitare)

-Ahrue Luster
(guitare)

-Lazaro Pina
(basse)

-Dave Chavarri
(batterie)

-Daniel Couto
(percussions)

TRACKLIST

1)The Alibi of Tyrants
2)Hot Summer's Tragedy
3)Compulsion of Virus and Fever
4)Finger-Painting (With the Enemy)
5)March Against Me
6)2012
7)Pieces of the Sun
8)Formal Obsession
9)Estoy Perdido
10)De Sangre Hermosa
11)Kellogg's, Bombs, and Cracker-Jacks
12)Guerrilla Carnival
13)Me Gusta La Soledad

DISCOGRAPHIE

Enigma (2008)
Dead New World (2010)
Epidemia (2012)

Ill Niño - Enigma
(2008) - néo metal tribal pop - Label : AFM Records Cement Shoes Records



Il fut un temps où Ill Niño était le nouveau groupe de néo qui cognait dur. Nous étions en 2001 et le genre était en pleine phase de diversification : Korn avait sorti le gigantesque Issues, Machine Head avait accouché du génial et controversé The Burning Red, les Deftones avaient balancé White Pony... et Revolution Revolución venait ajouter sa touche personnelle, allant plus loin que Soulfly dans la définition d'un néo tribal, accrocheur et latino. Mais que peut-on attendre d'Ill Niño en 2008 alors que toutes les autres formations citées dans l'intro ont changé de style ?

Enigma était prévu pour juin 2007 et n'arrive que maintenant... et quand on découvre l'album il est dur de croire que ce délai est dû à un fignolage des compos ou une remise en question artistique. Car c'est du Ill Ninõ pur jus qui nous accueille, sans évolution notable à première vue : riffs jumpy, chant hurlé puis clair alternant anglais et espagnol (au fait, ne parle-t-on pas portuguais au Brésil, patrie d'origine de Machado ?) et rappelant très fort Cavalera par moments, percussions omniprésentes donnant au tout ce feeling jungle caractéristique, c'est sans surprise. C'est aussi très efficace, et les titres les plus directs comme "The Alibi of Tyrants", "Pieces of the Sun", "Finger Painting (With the Enemy)" ou "Kellogg's, Bombs and Cracker Jacks" sont de bonnes petites machines à faire secouer la tête et jumper les gens. On remarque par contre que Machado semble balancer plus de chant clair qu'à l'accoutumée : non seulement les refrains y ont tous droit mais il n'y a pas qu'eux, et le chanteur se révèle plutôt bon à cet exercice.

Puis les écoutes se succèdent, et il apparaît assez clairement que les compos d'Enigma ne suivent pas la dynamique traditionnelle du groupe. Quiconque ayant vu Ill Niño en live a remarqué la tendance du groupe à alterner gros riffs jumpy et breaks de guitare sèche... et on ne retrouve ce schéma quasiment nulle part sur l'album. Par contre on retrouve des titres beaucoup plus ambiancés et calmes qu'à l'accoutumée, voire carrément pop : "March Against Me" fait penser à du Linkin Park version latino (le rap en moins), le chœur sur le refrain étant particulièrement typique (et réussi). Cette influence se retrouve autant dans le son de la guitare lancinante du thème de "Formal Obsession" que dans le grain du chant de Machado sur les couplets. La production joue d'ailleurs un grand rôle dans cette orientation : le son est lissé, uniforme et si les guitares peuvent être énergiques elles ne sont jamais réellement agressives, un bon gros riff comme celui ouvrant "Finger Painting" voyant sa surpuissance potentielle annihilée par ce traitement.

On pourrait donc se dire qu'Enigma est cet « album de la maturité » que tant de groupes de néo finissent par sortir, délaissant l'efficacité brute pour les ambiances et accouchant d'albums mortels au passage. Sauf que non : loin d'afficher ce genre d'ambition Enigma est surtout une version édulcorée d'Ill Niño, gardant grosso merdo les mêmes bases mais gommant les aspects les plus violents pour accentuer les plus gentils. Le groupe ne se donne clairement pas les moyens de sortir une musique ambitieuse : la lourdeur du tempo de "Hot Summer's Tragedy" aurait pu donner une compo hypnotique et écrasante, mais la platitude du son comme des percussions (gavantes à force) en font une simple chanson plus lente que les autres. Et que dire de "Me Gusta La Soledad", ballade acoustique dégoulinante de guimauve, single annoncé ? Seul moment de l'album réellement irritant car saturé une mièvrerie sucrée, il plombe littéralement la crédibilité du groupe et donne des envies de violence physique en moins d'une minute.


Résumons : quelques titres bien efficaces, beaucoup de quelconque mélodique, un titre révoltant... tout ça n'est donc presque jamais mauvais, mais jamais clairement bon. Ill Niño semble s'être assagi pour les mauvaises raisons, rendant sa musique formatée et réduisant Enigma au statut d'album de musique de fond sympatoche qu'on écoute sans y faire vraiment attention. Était-ce vraiment ce qu'on pouvait attendre d'eux ? Je pense que non.


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