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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 11 février 2021
Sa note : 10/20

LINE UP

-Vitalij Kuprij
(claviers)

-Tommy Vitaly
(guitare)

-Michael Harris
(guitare)

-Roger Staffelbach
(guitare)

-Bill Hudson
(guitare)

-Angus Clark
(guitare)

-Leonardo Porcheddu
(guitare)

-Javier Leal
(guitare)

-Christian Münzner
(guitare)

-Dave Naccarelli
(basse)

-Jon Doman
(batterie)

TRACKLIST

1) Internal Force
2) Dansanity
3) Revolution/Evolution
4) Sinfonietta
5) Whispers from Beyond
6) Progression
7) Remembrance
8) Power of God
9) Progression (Reprise)
10) Facing the End

DISCOGRAPHIE


Kuprij, Vitalij - Progression



Le grand retour ! C’est peu dire si notre Ukrainien virtuose était attendu – je crois qu’on peut dire : depuis 2007. Car 2007, c’est la date de sa dernière « vraie » sortie, Glacial Inferno. Depuis ce temps, Vitalij n’a pas pour autant été inactif, mais on sentait bien que la flamme metal qui l’animait depuis la fin des années 90 avait quelque peu vacillé – alors qu’elle avait commencé en pyrotechnie ahurissante avec trois albums en trois ans en 97, 98 et 99 (et quels albums!). Mais bon, comme on dit : rien ne sert de courir…

...il faut shredder à point. Depuis le milieu des années 2000, donc, notre bonhomme se fait très discret : plus de Artension, un chouette album de Ring of Fire, Battle of Leningrad, en 2014 après plus de dix ans de silence, mais une présence régulière et soutenue dans le Trans-Siberian Orchestra, le projet démesuré de Jon Oliva qui existe depuis bientôt 30 ans, qui fait des chansons de Noël et a compté en son sein un nombre incroyable de musiciens comme Chris Caffery, Russell Allen, Zak Stevens  ou encore… oh et puis zut, allez voir comme des grands sur leur site internet. Sans doute pas le projet le plus excitant musicalement pour un type comme Vitalij Kurpij, mais ça doit contribuer à payer les factures et passer du bon temps. Alors en parallèle, il produit plusieurs albums pour piano solo : 12 Months of the Year en 2008,  Journeys en 2017 et Bridges en 2019. Force est de constater que ceux-ci passent quasiment inaperçus – par exemple, Bridges semble n’exister que sur des sites numériques marchands comme tout bon service d’agrégateur sait le faire. Ce qui, soit dit en passant, est fort dommage, tant cet album, par exemple, est intéressant pour qui aime le piano légèrement cinématographique.
Mais bref, en 2020, Lion Music annonce le retour du VK version metal néo-classique instrumental ! Petit évènement dans le monde des amateurs du genre (oui, il en reste, merci), votre serviteur en particulier qui avait fini par ne plus y croire. La liste des guitaristes est rapidement communiquée, et on comprend qu’on va avoir affaire à un album sur le même format que Forward & Beyond avec un six-cordiste différent par titre. Ce n’est pas particulièrement bon signe, Kuprij ayant démontré sa capacité à réellement utiliser les capacités propre à un guitariste tout au long d’un album, ce qui est moins aisé à faire sur un unique morceau, surtout que la liste des sus-dits guitaristes ne compte pas énormément de noms qui donneraient matière à se réjouir : des vieux amis (Staffelbach, Harris), des professionnels respectés (Christian Münzner) et euh… d’autres gens. Angus Clark, par exemple, qui traîne depuis 2004 dans le T-SO. Bill Hudson, dont les haut-faits notables semblent être d’avoir joué live avec Savatage, d’avoir été dans U.D.O. ou d’avoir participé à l’album solo de Jon Oliva (donc, oui, d’une certaine manière, encore un ex/transfuge/collègue du T-SO). Pour finir, Leonardo Porcheddu a fait, en 15 ans, deux albums avec Mistheria, autre keyboard-hero et c’est à peu près tout. Puis Tommaso Vitali, qui a été semble t’il assez actif dans pleins de projets entre 2000 et 2010, mais depuis, à part deux albums solos, c’est le calme plat. Et pour finir le petit dernier, Javier Leal, qui avait déjà travaillé en 2004 avec Kuprij sur Promised Land (un chouette album de prog instrumental), et… c’est à peu près tout.
Que ça soit clair : je n’ai rien contre le fait que Vitalij semble privilégier des gens qu’il connaît, en qui il a confiance, avec qui il a déjà travaillé et dont je ne saurais remettre en question les capacité instrumentales. Pour autant, la sensation demeure que c’est un peu le choix du pauvre et que, en tant qu’auditeur égoïste, je ne peux pas m’empêcher d’être vaguement déçu tant Vitalij nous avait habitué à plus de flamboyance dans le choix de ses compères guitaristiques. Mais tout cela, finalement, ne donnait que de maigres indices quant à ce qui nous attendait musicalement avec ce Progression. Eh bien, là aussi, malheureusement, c’est un peu la douche froide (ou en tous cas un peu trop tiédasse). L’ensemble de l’album, même sans comparer au travaux passés de Kuprij, oscille entre classicisme déjà entendu, molles digressions et shred convenu. Déjà, la production n’aide pas vraiment, mal équilibrée, une batterie trop en avant, une basse qui manque clairement de présence, et des guitares trop timides. Quel dommage, d’autant que de nos jours il n’est ni difficile ni trop onéreux de faire sonner un album (même chose pour l’ignoble artwork, mais sur ce point VK n’a pour ainsi dire jamais faire preuve de bon goût).
Alors on soupire. Bon, pas tout le temps, heureusement : "Dansanity", malgré son intro mollassonne, permet de retrouver Michael Harris et Kuprij en bonne forme, et le claviériste  fait mumuse avec des sons un peu chelous mais qui sonnent plutôt bien. "Revolution/Evolution", avec Staffelbach, nous replonge tout droit dans Artension avec un metal progressif plutôt pêchu. "Sinfonietta", premier single a avoir été découvert, nous ramène vingt ans en arrière avec cette forte saveur neo-classique, ses descentes de piano et son air Mozartien. Tout cela, pour commencer, est plutôt sympathique, mais il n’y a rien qui mérite vraiment d’y revenir. La pénible "Whispers From Beyond" et ses huit minutes trente, la totalement vide "Rememberance" et ses, là encore, plus de huit minutes ou le final ampoulé "Facing the End" : voila déjà plus d’un tiers de l’album qui finit directement aux oubliettes. Il reste la fort chouette "Power of God", qui joue autour d’un thème de Bach (malgré un final assez décousu et incompréhensible - fade out, retour du thème au piano, finish avec le groupe… euh, faut choisir, hein, pas proposer trois fin différentes). Reste "Internal Force", bien fichue mais sans relief, et la courte "Progression (Reprise)" qui euh… reprend… la fin de "Progression"… à l’identique. Ce n’est pas « repris », ni « rejoué », c’est le dernier tiers du morceau qui est copié-collé sur une autre piste. Mais… pourquoi ? C’est quoi l’idée ? Reprendre un thème, oui, c’est évidemment quelque chose d’accepté en musique, faire une variation, une relecture ? Avec joie. Mais copier/coller la fin d’un morceau sur une autre piste, et l’appeler « Reprise » ? On hésite entre le ridicule et le foutage de gueule pur et simple.


Je suis fâché. Kuprij, c’est toute une partie de mon évolution musicale. Je ne peux pas réécouter High Definition, VK3 ou surtout Extreme Measures sans frisonner devant tant de folie, d’audace et de talent sur les meilleurs titres de ces albums. Loin d’être mauvais sur son ensemble, Progression se permet même de chouettes moments, mais tout ça noyé dans beaucoup trop de dispensable, avec surtout ce scandaleux copié-collé absolument injustifiable musicalement. Bilan des courses ? Au mieux mitigé, au pire pénible. Guitaristes pour la plupart sans reliefs, compositions très inégales et production faiblarde : autant avouer que ne m’attendais pas forcément à une claque monumentale, mais je n’imaginais pas non plus me retrouver devant un album mal équilibré, trop fade et dont on sort avec l’impression du minimum syndical.




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