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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 23 janvier 2021
Sa note : 15/20

LINE UP

-Tymon Kruidenier
(chant+guitare)

-Michel Nienhuis
(guitare)

-Robin Zielhorst
(basse)

-Jasper Barendregt
(batterie)

TRACKLIST

1) What If
2) Tangled
3) Precarious
4) Lioness' Sunrise
5) Am I Still Here?
6) Illuminate
7) Turquoise
8) Let Me
9) Reawaken

DISCOGRAPHIE


Our Oceans - Our Oceans
(2015) - rock prog - Label : Autoproduction



Un besoin de s'évader, une envie d'ailleurs : Our Oceans, le projet mené par le guitariste Tymon Kruidenier qui avait officié sur Traced in Air de Cynic ressemble au contrepied parfait du death metal ultra technique avec lequel le Néerlandais s'est fait connaître jusqu'à la sortie de ce LP au très bel artwork onirico-aquatique. L'onde à l'apparence tranquille que suggère cette dernière constitue une invitation trop tentante pour ne pas y piquer une tête.

Après l'expérience Cynic que l'on devine enrichissante, Kruidenier s'est replongé dans son groupe principal, Exivious, avec lequel il a laissé libre cours à ses penchants pour la complexité et les architectures anguleuses sur deux albums instrumentaux de fort belle facture, qui ne laissaient aucunement deviner l'arrivée des climats apaisés de Our Oceans. Embarquant ses acolytes d'Exivious, dont le bassiste Robin Zielhorst qui l'avait rejoint chez Cynic pour graver Re-Traced, le Batave surprend dès les arpèges lumineux qu'il égrène en amorce de "What if", plage caressée par un zéphyr serein avant qu'une insidieuse montée en puissance ne fleurisse en une sourde explosion au mitan. Ce schéma est reconduit quasiment à l'identique sur toutes les pistes, offrant une cohérence qui frise l'uniformité en l'absence d'accroche, un constat qui vaut pour la moitié du recueil. Pour autant, l'immersion est immédiate dans ces remous à la tiédeur réconfortante, ponctuée par les inflexions moelleuses de la fretless de Zielhorst. L'équilibre entre les instruments est d'autant plus remarquable que Our Oceans a été produit par le quatuor, sans le soutien d'un label. Et clairement, les types sont à leur affaire derrière la console, peut-être un peu trop pour les allergiques à ce genre de son lisse et travaillé qui enveloppe les compositions tel un cocon duveteux.
Quoiqu'il en soit, celles-ci bénéficient du chant séraphique de Kruidenier, faisant irrésistiblement songer à celui du tant regretté Jeff Buckley. À la fois liquide et vaporeux, il semble imiter le ressac doucereux qui s'obstine à recouvrir un rivage oublié, émergeant à peine de la dévastation d'une vague scélérate. Initialement confiées à Noora Häkkinen que quelques initiés ont pu entendre aux côtés de Mats Levén sur Radiance, les parties vocales ont finalement été prises en charge par le six-cordiste, malgré une inexpérience quasi totale dans ce domaine (quelques growls avec Cynic). Un choix décisif qui permet de valoriser chaque occurrence, à l'image de la bien nommée "Illuminate", réminiscence des passages les plus délicats d'Opeth et de Steven Wilson, ou encore "Am I Still Here?", embrasée de vocalises tendues à la Einar. Et tandis que les instrumentistes reprennent la main sur "Turquoise" dont le final évoque une houle au déferlement sans cesse différé, c'est encore Kruidenier, bien aidé par ses comparses, qui illumine "Tangled" d'un cri déchirant après l'avoir marqué d'un refrain à fleur de peau. Quant aux amateurs de séquences frénétiques, ils ne sont pas tout à fait oubliés et pourront apprécier l'intrigant "Let me" dont les scansions au bord de la rupture font songer à une version disciplinée de At The Drive-In, prélude à un déchaînement piloérectile sur lequel le titulaire du micro ouvre complètement les vannes.


Superbement produite et interprétée, la première réalisation au long cours de Our Oceans navigue sur l'écume impressionniste d'âmes sensibles, loin, très loin des démonstrations instrumentales hyper complexes auxquelles les membres du collectif éponyme avaient habitué leur auditoire avec leur formation d'origine. Fluide, parfois trop lorsque la mer se fait d'huile, l'œuvre est cependant traversée par une intensité singulière, sous l'impulsion du chant habité de Tymon Kruidenier, l'instigateur inspiré de cette prometteuse entité.





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