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CHRONIQUE PAR ...

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Wotan
Cette chronique a été mise en ligne le 10 janvier 2021
Sa note : 16/20

LINE UP

-Fursy Teyssier
(chant+guitare+basse)

-Audrey Hadorn
(chant)

A participé à l'enregistrement :

-Jean Joly
(batterie)

TRACKLIST

1) Prédateurs
2) Virée Nocturne
3) Les Amis de Minuit
4) Vanishing Beauties
5) Fleur des Murailles

6) Le Reproche
7) Les Jours d’Or
8) Rue Octavio Mey
9) The Scent of Spring (Moonraker) 
10) Lyon - Paris 7h34

DISCOGRAPHIE


Discrets, (les) - Prédateurs
(2017) - rock atmospherique - Label : Prophecy Productions



Gare de la Part-Dieu, 7h30 le matin d’une froide journée de novembre. Les quais sont encore dans la brume, la queue de mon train invisible dans l'humidité et la pénombre. Je pénètre dans le wagon, trouve mon compartiment, pose mon chapeau et m’assoit, la tête contre la fenêtre sur laquelle coulent des gouttes de condensation. Je ferme à demi les yeux et me laisse bercer, regardant le défilé des âmes matinales, chagrines ou songeuses, prêtes à se laisser bercer par les rails.

Les Discrets avait trouvé une niche en tant que groupe proche d’Alcest. Proche d’un point de vue personnel, les membres ayant tous collaboré avec Neige sur Amesoeurs ou Peste Noire. Proche musicalement, le groupe faisait du shoegaze/ post-rock, avec une ambiance certes différente d’Alcest, mais dans la même mouvance. Il s’est coupé de cette filiation avec le départ du batteur Winterhalter et un changement de style. C’est en effet la surprise lors de la première écoute de Prédateurs: fini le post-rock, bienvenue au rock indie teinté de trip-hop. L’ouverture instrumentale donne le ton, industriel et froid. Et lorsque "Virée Nocturne" enchaîne sur des arpèges cotonneux enrichis d’un fond trip hop, il est clair que ce troisième album est celui de la maturité artistique pour le duo Fursy et Audrey.
Se déverse alors dans nos oreilles un album fait pour l’introspection, pour ces moments vides entre deux événements durant lesquels nous pensons, nous regardons la vie des autres se dérouler ou contemplons les restes creux de ces vies, tel les petites gares abandonnées le long d’une voie. Prédateurs est un disque empreint de mélancolie urbaine ("Rue Octavio Mey"), de la beauté animale ("Les Jours d’Or"). Froid dès le départ, le voyage devient de plus en plus lourd alors que les titres s'enchaînent et lorsque "Fleur des Murailles" arrive, les guitares se font pesantes et le chant fantomatique, légèrement traînant, l’introspection dévie vers tous ces moments que nous regrettons, vers notre passé et nos défauts, plutôt que celui des autres.
Dur de ne pas être charmé par la douce beauté des paroles de "Rue Octavio Mey," de la poésie qui parsème l'œuvre au gré des titres. Les textes des auteurs Victor Hugo et Henri de Régnier se retrouvent sur "Fleur des Murailles" et "Le Reproche", respectivement. Prédateurs est un tout, texte, chant et musique, main dans la main, construisant un disque cohérent et mature. Alors peut-être que ce n’est pas original, peut-être est-ce un peu ennuyeux ? Il faut admettre que ces chansons doivent être écoutées dans des conditions un peu particulières, telles qu’une soirée calme, un trajet ou un moment d’insomnie plutôt qu’en faisant son ménage ou pendant un repas entre amis. C’est une œuvre introspective et mélancolique qui ne se heurte jamais l'écueil du pleurnichard.


Paris, Gare de Lyon. Aucune idée de l’heure, le temps passé dans un train n’est jamais linéaire, il se comprime ou se détend au gré de mes divagations. Je me lève de mon siège et me mêle à la foule des âmes matinales, l’esprit plus clair après avoir vu ce qu’il y a en moi et ce qu’il peut y avoir dans les autres. Satisfait du voyage, et dans l’attente du prochain, je me rends à pied, souriant sous la pluie automnale, vers mon travail quotidien.





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