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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 08 janvier 2021
Sa note : 18/20

LINE UP

-Ludovic Loez
(chant+guitare)

-Fabrice Loez
(chant+guitare)

-Laurent Bessault
(basse)

-Thierry Berger
(batterie)

TRACKLIST

1) Prelude
2) The Elevation
3) Soul Speculum
4) 1308.JP.08
5) The Cube
6) Through the Transparent Partitions
7) The Spherical Inner-Sides
8) The Accomplishment
9) 4TX.31B
10) The Dim Light

DISCOGRAPHIE

The Cube (1993)
Incubation (2003)
Cu3e (2013)

Supuration - The Cube
(1993) - death metal voivodien - Label : Reincarnate



Carolina Marín est espagnole et championne du monde et olympique de badminton. De badminton. Alors que l’Espagne compte environ 8.000 licenciés… Et la demoiselle a battu, re-battu et re-re-battu les Asiatiques… Quel est le rapport avec la choucroute ? Eh bien, The Cube, c’est un peu la même chose. Il suffit de changer le volant par le growl.

Quelle probabilité y avait-il qu’un des meilleurs albums de death metal mélodique, un des plus innovants, vienne de France ? En 1993, la scène hexagonale du metal de la mort est allégée, tendance rachitique. Loudblast, Massacra… Supuration ? Jusqu’alors connus pour un premier EP, Sultry Obsession, sympathique, mais pas non plus absolument brillant, comment les Nordistes ont-ils pondu ce qu’ils ont pondu ? Mystère. Mais les faits sont là. Deux ans après leur second EP, Isolated, les purulents sont visités par la grâce. The Cube. Du raw death metal des débuts ne subsistent plus que les riffs gras et des vocaux d’outre tombe. Ceux-ci sont complétés par un chant clair - l’initiative est encore relativement originale - tandis que la section rythmique se voit dotée de guitares « noisy », qui seront popularisées par la suite par Katatonia à partir de Brave Murder Day. Les Français n’étant a priori pas dotés de pouvoirs de voyance, il faut chercher dans l’actualité de l’époque quel groupe a pu les influencer et leur permettre d’opérer leur délectable mue. Pour tout fan de metal extrême, la réponse saute aux oreilles : Voivod pardi !
Les Canadiens ont abandonné la violence sonore depuis un lustre et proposent, depuis Nothingface, un space-prog-rock dépressif inspiré. Supuration se nourrit consciemment du substrat québécois et produit un mélange laissant abasourdis les mélomanes extrêmes de l’époque. Créée comme un concept-album narrant les pérégrinations post-mortem d’un suicidé, l’œuvre allie avec brio mélodies grises, chœurs subtils et ne jette pas (totalement) aux oubliettes leur passé abrasif. Alors bien sûr, bien sûr -bien sûr !- le titre éponyme est LA pièce maîtresse de l’album. Tout est parfait dans ce morceau catchy, mélodique et épique, à tel point qu’il me suffit d’entendre les mots magiques « I’ve crossed the threshold… » pour entrer en transes chamaniques durant six mois. Il serait cependant extraordinairement injuste de résumer ce chef-d’œuvre à cet unique morceau. Dès "The Elevation", le ton et la tonalité sont donnés, l’expérience posthume commence et elle s’avère être un complet succès. De l’étrange et ultra voivodien, époque Nothingface, « 1308.JP.08 » - il fallait oser foutre une immatriculation comme nom de chanson ! – au "The Dim Light" final, en passant par le presque enjoué "Through the Transparent Partitions", Supuration nous transporte et éveille le mélomane velu qui est en nous. La production ? Je m’en tape de la production. Une autre question ?


The Cube opère un décloisonnement aussi inattendu que jouissif des genres musicaux. L’incorporation du monde de Voivod au death metal classique débouche sur un coup de maître. Le premier album de Supuration est unique en son genre et a marqué son temps. J’ai franchi le seuil plus d’un million de fois et même si je suis adapté à la lumière, il y a encore plein de choses à écouter. Magnifique.
 



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