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CHRONIQUE PAR ...

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Joe Le Hareng
Cette chronique a été mise en ligne le 03 avril 2008
Sa note : 8/20

LINE UP

-Jamey Jasta
(chant)

-Kirk Windstein
(guitare)

-Steve Gibb
(guitare)

-Matt Brunson
(basse)

-Derek Kerswill
(batterie)

TRACKLIST

1)Hear This Prayer for Her
2)Grieve a Lifetime
3)Piece It All Together
4)Led into Demise
5)Demon Eyes (Demonized)
6)With Unspoken Words
7)Free the Fallen
8)Screaming into the Sky
9)Lead the Ghosts Astray
10)Begging for the Truth
11)Buried in Black

DISCOGRAPHIE


Kingdom Of Sorrow - Kingdom Of Sorrow
(2008) - heavy metal stoner - Label : Relapse Records



Quand Jamey Jasta, le brailleur d'Hatebreed monte un groupe de heavy stoner avec Kirk Windstein on est en droit de s'attendre à un album qui tient la route. « Pfff! » fit le pétard mouillé, car si sur le papier l'offre est alléchante, dans la platine c'est une autre histoire! Malgré une première écoute sympathique Kingdom Of Sorrow est bien trop incohérent pour arriver à instaurer une ambiance : il ne suffit pas d'un mur de guitares et d'une batterie groovy pour faire du heavy stoner, il faut avant tout un chanteur.

C'est bien joli de se prendre pour Down, mais n'est pas Phil Anselmo qui veut! Jamey Jasta, malgré ses cordes vocales en carbure de tungstène, n'est malheureusement pas à la hauteur de l'exploit et bien loin de moduler comme son illustre aîné, il se contente de faire ce qu'il sait faire : hurler en forçant comme un porc sans dévier d'un iota... Dommage. Lorsque que l'on a l'intention de faire de la musique avec une âme, voir mélancolique, mieux vaut travailler un peu plus les lignes de chant et varier un minimum les plaisirs. Du coup les passages bien lourds et doomisants perdent tout leur impact tant le gars Jasta s'époumone au lieu d'essayer d'injecter un minimum d'émotion! On en vient à espérer que ceux-ci ne se multiplient pas...

Pourtant derrière la musique assure : gros riffs gras qui bourrinent, passages bien lourds, ambiance pâteuse, le tout bien relayé par une production qui envoie le bois : le duo Windstein/Gibb connait son affaire! N'oublions pas que le premier occupe aussi les fûts de Down, que son comparse officiait chez Black Label Society et que la paire sévit chez Crowbar : ça laisse forcement des traces. Un peu trop même : bien des fantômes planent sur cet album et ça sent parfois le déjà entendu... Et c'est bien là le problème ! Tout au long de l'écoute, on sent bien que KOS est nanti des meilleures intentions du monde, mais à vouloir partir dans trop de directions, les compositions y perdent de leur cohérence et on se retrouve avec un album bourré d'excellentes idées mais sans véritable chanson. Finalement à trop vouloir faire du (sous) Down ou du (sous) Lamb Of God, le groupe en oublie de faire du Kingdom Of Sorrow. Comme quoi le résultat n'est pas toujours égal à la somme de ses constituants.

Suite à ce constat d'échec, comment attaquer l'album? Et bien par le début! "Hear This Prayer for Her", bon burner, fait illusion : intro catchy, couplet à l'avenant, break impeccable et final lourd à souhait, le tableau serait parfait s'il n'y avait ces passages lents (des refrains?) absolument ratés. Passons (très vite) sur le deuxième titre, et aussi sur le troisième d'ailleurs, au moins aussi détestable, pour arriver à "Led Into Demise". Sympathique morceau metalcore bourré de bons riffs, il laisse entrevoir le potentiel du combo, même si le titre a un peu de mal à tenir la distance. Dans la même veine, "Demon Eyes (Demonized)" (bravo les gars...) et "Free The Fallen" sauvent les meubles. Malgré un refrain moyen, la première s'en tire avec les honneurs avec ses riffs lourds qui ne sont pas sans rappeler le BLS et la seconde est la (seule?) réussite de l'album. Intro bien foutue, couplet rentre-dedans et final punchy : voilà un titre qui devrait ravir les fans de Lamb Of God. Ces derniers seront d'ailleurs (mal) pillés dans "Lead the Ghosts Astray" et "Beggin' for the Truth", morceaux sauvés du ridicule par des breaks aux riffs acérés. Reste une tripotée de titres complètement à côté...

Outre les deux titres cités précédemment, le parcours de l'auditeur est jonché de chausse-trappes. "Grieve a Lifetime" brille par ses lignes de chant épouvantables et son riff éprouvant. "Piece It All Back Together" et "With Unspoken Words" prouvent qu'il ne suffit pas de jouer lentement pour faire du doom/stoner : quand l'émotion n'est pas là, on s'ennuie ferme... "Screaming into the Sky" tente maladroitement de rendre hommage au duo "Jail" / "Planet Caravan" avec ses arpèges vaporeux, sa voix de velours et ses soli bluesy. Malheureusement, le refrain vient tout gâcher avec ses grosses guitares qui entrent sans s'être essuyées les pieds et ce chanteur qui pousse sa voix au lieu de jouer de son (joli) timbre.


All-Star band annoncé, Kingdom Of Sorrow nous livre là un bien triste premier album. A trop vouloir copier les grands frères, KOS y a perdu son identité. L'équation finale est on ne peut plus simple. D'une part, des morceaux qui envoient, sympathiques, mais sans grande originalité. De l'autre, des morceaux orientés heavy/stoner gâchés par des lignes de chant inadaptées. Reste à espérer que KOS rectifie le tir, afin d'utiliser les talents respectifs des musiciens à meilleur escient. En attendant, mieux vaut passer son chemin.


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