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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 01 janvier 2021
Sa note : 13/20

LINE UP

-Charles-Axel Cornelius "Acerbus" Axelson Johnson
(chant)

-Joel "J. Megiddo" Lindholm
(guitares)

-Max "Gefandi Ör Andlät" Aspögård
(basse)

-Erik "Daemonum Subeunt" Röjås
(batterie)

TRACKLIST

1) Prelude
2) Semita Sinistram
3) Ascension
4) Devotum in Legione
5) Animam Malum Daemonium
6) Opposites
7) Paragon Belial
8) Possession
9) Old and Hideous
10) Excision

DISCOGRAPHIE


Ondskapt - Grimoire Ordo Devus
(2020) - black metal - Label : Osmose



Il y a des fois des choses totalement tragiques dans le metal. Prenez l’album connu d’avance, avec l’intro inquiétante pour montrer qu’on est méchant et la redite de ses propres canons, le mysticisme en moins. Et que devient un groupe mystique lorsqu’il s’enlève son mysticisme ? Voilà une question fort grave à laquelle il faut répondre, car Ondskapt, entité farouchement effrayante et opaque, vient titiller cette catégorie.

Arisen from the Ashes avait déjà tout du pétard mouillé. Certes, il témoignait d'une maîtrise évidente des codes, mais il avait déjà perdu toute l’aura que les Suédois s’étaient bâtis avec force. Draco Sit Mihi Dux et Dödsens evangelium avaient posé les jalons d’un black metal sans concession, furieusement sombre, proche parfois du doom et surtout, funestement mystique. À l’époque on appelait ça black orthodoxe, pour sa capacité à reprendre le petit livre noir du black metal en réponse à tous les mélanges qui pouvaient (déjà) sévir. Alors rassurez-vous cependant, Grimoire Ordo Devus propose de la musique de haute volée. Ça blaste à fond, la production est froide en diable et les compositions sont fastueusement maîtrisées. Pourtant, tout un chacun a envie de se dire « Ne manque-t-il pas quelque chose ? ». À raison a priori. La spontanéité ? L’acharnement farouche à défendre ses valeurs frelatées ? La folie insidieuse ? La crasse dégoulinante et répugnante ? Oui et cent fois oui.
Grimoire Ordo Devus est fantastique de perfection dans un sens tant il suinte la noirceur moderne. Cette production inébranlable et froidement cruelle parlera au plus grand nombre (façon de parler), et les contentera majestueusement. Il y a même du grain comme on aime pour peu que l’on goûte aux sons vintage (triste mot). Pourtant, la véritable noirceur, la saleté innommable ne se retrouve pas dans cette merveille d’extrémisme. Du boulot trop bien fait, que voulez-vous. Par trop homogène, dont aucun titre ne ressort car tous étant de qualité indubitable. Et du coup sans véritable dynamique. C’est mon côté réac. Mais trève de balivernes, cet album a les défauts de ses qualités. Et ses qualités sont nombreuses, au premier rang desquelles figure la véritable science du riff noir. Et donc cette fameuse traduction sonore. Trop maîtrisée disent les vieux, pourtant savamment dosée et équilibrée diront les plus neufs.
Sentiments contradictoires que voilà. Alors autant trancher dans le vif car il n’est rien de pire que la demi-mesure (ou molle comme le dit François Bayrou). Oui Grimoire Ordo Devus est bon, que cela soit clairement écrit. Néanmoins, non il n’est pas incroyable. Et trop étal. Car rien ne ressort vraiment dans cette constance. Les aspérités se trouvent gommées pour affadir le faible et mettre en avant constamment le fort. Sauf que le stratagème ne fonctionne pas, le troisième œil sait percer à nu le sombre dessein de cette sortie qui contentera à n’en pas douter les ardents blackeux. Mais quid des autres ? Ceux qui en connaissent un rayon ne se laisseront pas si facilement berner. Car même s’il n’est aucunement question de manipulation manifeste, force est de constater que la présente livraison fatigue par son côté trop propre.


Redite d’un Arisen from Ashes qui singeait déjà un Marduk auto-pompant ? Impossible à dire sans la certitude de l’écoute récente, mais Ondskapt se morfond dans son talent en quelque sorte. Capable de sortir un excellent album de black metal tant le genre est ancré dans ses gènes, il demeure obscurément fermé à la possibilité d’une voie alternative, celle qui le verrait s’abandonner dans les limbes du mysticisme et de la véritable noirceur. Celles qu’il chérissait tant étant jeune rejeton. Et dix ans pour ça ?





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