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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 18 décembre 2020
Sa note : 13/20

LINE UP

-Saad Anwar
(chant)

-Taawkir Tajammul Nisshobdo
(guitare+claviers+basse+programmation)

TRACKLIST

1) Beginning of the End
2) Rising Vengeance
3) Reincarnation
4) Sleep Paralysis
5) Rise of the Warlords
6) The Evil Within
7) In the Verge of Death
8) The Merciless

DISCOGRAPHIE


Nawabs of Destruction - Rising Vengeance



Il n’y a rien de pire que les groupes dont le principal trait caractéristique est la provenance géographique. C’est un signal incroyablement mauvais quant à la qualité de la musique proposée. Prenez Nawabs of Destruction, déjà, rien que le terme « Nawab » interloque. Les francophones que nous sommes penseront évidemment au nabab, popularisé par le cinéma et ses nababs. Pourtant, il s’agit d’un terme désignant le souverain indien de religion musulmane. Bon ok, il est directement à l’origine de notre terme de nabab. Bref, revenons à nos moutons, Inde ? Et oui, enfin, pas exactement, car il serait un terrible impair que d’assimiler l’Inde au… Bangladesh, qui est enfin la terre d’origine du groupe. Est-ce là donc leur seul intérêt ? Fort heureusement, non.

Cette aventure débute sur des atours orientaux. Les sons, le chant utilisé, rappellent les contrées situées bien à l’est de nos Alpes. Pas forcément les Arabes, mais encore plus lointain. Et c’est tout à fait logique pour une force issue du delta du Gange et du Brahmapoutre. Ce qui est moins attendu, c’est la puissance de la production. Là où l’esprit pétri de cliché que je suis s’attendait à un rendu sonore pour le moins approximatif, j’en fus pour ma peine : on navigue en pleine grosse prod. Et cela n’est pas sans rappeler Ne Obliviscaris pour ce côté très doux, presque guimauve (toutes proportions gardées, on parle de death metal), associé à une rigueur rythmique de la double pédale notamment tout à fait impressionnante (et très étonnamment issue d'une programmation excellemment faite). Guimauve ? Oui, car les mélodies sont très (excessivement pour le pleutre que je suis) présentes, tout comme des claviers suaves qui ne sont pas seulement là pour apporter de l’ambiance, mais bien s’imposer en tant qu’instrument à part entière.
Ce sont sous ces auspices que s’ouvrent Rising Vengeance. Et de la vengeance, il va y en avoir, car loin d’être un bonbon trop sucré, Nawabs of Destruction apporte de l’épice. Premièrement, les blasts sont présents en portions non congrues. Ils alimentent de leur énergie une musique vivace et virevoltante. Ensuite, les mélodies et le son ont beau faire tendre les compositions vers un agrégat douceâtre, les Nawabs n’hésitent pas à franchement baisser le ton (oui oui !)… de leur guitare pour dégainer des riffs bien gras, et il faut reconnaître que ça fait du bien. Pourtant, les mélodies ne sont jamais très loin, tout comme les progueries. Car Nawabs of Destruction s’acoquine du qualificatif « technique » auquel on peut sans doute adjoindre « prog ». Le multi-instrumentiste (Taawkir assume en effet tous les postes sauf le chant) se révèle en effet particulièrement doué pour abreuver en notes et cassures rythmiques, tout cela sans se départir d’une science certaine de la chanson. Il a la clairvoyance nécessaire pour ne pas s’épancher sur d’inutiles longueurs, aucun titre ne dépasse les sept minutes, et l’album se contient aux quarante.
Lassitude ? Non puisque la durée contenue semble quasi parfaite pour un album dont vous entendrez tout du long des influences évidentes de Dream Theater, des soli néo-classiques (les deux références étant à disposition sur "Reincarnation"), parfois des airs de Devin Townsend lorsque  les sons se font bizarroïdes, et même le speed mélo à son plus clichesque lors de combats acharnés guitare/claviers. Donc oui, Nawabs of Destruction multiplie les influences et les richesses. Lui manque alors peut-être un poil d’unité, et un soupçon de personnalité. Certes, nous sommes bien loin du plagiat, mais on aimerait que les Nawabs s’assument plus. En acceptant ses origines géographiques pourquoi pas, ou en allant plus loin que leurs modèles afin de proposer des titres plus épiques ou tourmentés. Le résultat actuel est bon, mais il manque cette étincelle de vie supplémentaire pour nous transporter au niveau supérieur. On en tiendra peu rigueur, ayant affaire à un premier album.


« Bing, la dèche ! » comme aurait dit Coluche. Mais fichtre, pour un premier contact métallique avec ce pays, en voici un très encourageant. Alors messieurs les nababs en leur pays, profitez de votre expérience accumulée pour sortir un deuxième album qui poussera plus loin les curseurs déjà satisfaisants de ce premier opus. Et qui sont très certainement encore plus proches de l’excellence selon les amateurs de death prog mélo un peu sympho.





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