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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 10 décembre 2020
Sa note : 18/20

LINE UP

-Elizabeth Davidson "Liz" Fraser
(chants)

-Robin Andrew Guthrie
(guitare)

-Simon Philip "Raymonde" Pomerance
(basse)

TRACKLIST

1) Cherry-coloured Funk
2) Pitch the Baby
3) Iceblink Luck
4) Fifty-fifty Clown
5) Heaven or Las Vegas
6) I Wear Your Ring
7) Fotzepolitic
8) Wolf in the Breast
9) Road, River and Rail
10) Frou-fou Foxes in Midsummet Fires

DISCOGRAPHIE


Cocteau Twins - Heaven or Las Vegas
(1990) - pop rock indie, heavenly voices - Label : 4AD



« Heaven or Las Vegas ? Noooon. Garlands, merde ! Quand est-ce que tu vas comprendre ce groupe ? » Mon instructeur ès musiques indie, gothique, electro et assimilées ne cachait pas son écœurement lorsqu’au tout début des années quatre-vingt-dix, j’osais avouer ma flamme pour ce qui était alors le dernier album de Cocteau Twins…

Pour l’apaiser, je m’empressai de cracher sur Four Calendar Cafe dès qu’il sortit, de louer les immenses qualités de Blue Bell Knoll ou Treasure, remplis de titres magnifiques. Je lui soutenais également que je comprenais à quel point le pas effectué par les jumeaux de Jean Cocteau vers le grand public et la distanciation d’avec le public de « connaisseurs » et la griffe 4AD pouvait le bouleverser. « Mais je ne suis qu’un fan de metal… un inculte de la musique indie… et pour moi cet album c’est… » Si Earth Inferno de Fields of the Nephilim avait ouvert de manière ô combien marquante mes horizons vers le monde gothique d’en-bas, Heaven or Las Vegas m’ouvrait les portes du monde d’en-haut. Celui de la beauté célestielle, des heavenly voices qu’on n’appelait pas encore ainsi à l’époque. Ma première rencontre avec des vocaux féminins. Le pouilleux voyant la lumière, ébloui par la multiplicité d’Elizabeth, interprétant des lignes vocales épurées et magnifiques.
En haut, en bas, à droite, à gauche. Elizabeth par ci, Elizabeth par là, sur fond de guitares shoegaze (qu’on n’appelait pas non plus comme ça...), le pied, et les frissons. Il est vrai que le groupe n’a plus grand-chose à voir à ce moment-là avec celui ayant engendré Garlands, il est vrai que l’imagerie n’est plus celle de Treasure, gothique à souhait, et que le côté sombre a laissé place a un côté pop acidulée. Mais encore aujourd’hui, je continue à penser qu’aucun autre album enchaîne autant de titres fabuleux, à tel point qu’on leur pardonnera de ne pas savoir finir un titre autrement qu’en coupant le son de manière brutale, façon « je baisse la manette ». De "Cherry-coloured Funk "au sublime et rock "Fotzepolitic", jumeau du "Rockin’ Back Inside My Heart" de Julee Cruise, Cocteau Twins balance de la mélodie bouleversante de candeur, de mélancolie et de justesse, avec cette science du pont qu’aucun autre groupe ne possède - celui de "I Wear Your Ring" me bouleverse à chaque fois. Le groupe baisse de pied le temps de deux titres pour revenir avec un "Frou-frou Foxes in Midsummer Fires" au final bluffant. J’espère que mon instructeur ne lira pas ces lignes, il risque d’en faire une jaunisse…


Heaven and Las Vegas, c’est la candeur dans un monde de merde. L’oasis, la projection vers un lieu pur, exempt de toutes les souillures possibles. Cocteau Twins signe un chef-d’œuvre indie-pop construit sur des mélodies virevoltantes et entêtantes, et sur les voix d’Elizabeth Fraser, bien sûr. Souvent imitée, jamais égalée. Amen.



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