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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 05 décembre 2020
Sa note : 13/20

LINE UP

-Brian Johnson
(chant)

-Malcolm Mitchell Young
(chœurs+guitare)

-Clifford "Cliff" Williams
(chœurs+basse)

-Angus McKinnon Young
(guitare)

-Christopher "Chris" Slade Rees
(batterie)

TRACKLIST

1) Thunderstruck
2) Fire Your Guns
3) Moneytalks
4) The Razors Edge
5) Mistress for Christmas
6) Rock Your Heart Out
7) Are You Ready
8) Got You by the Balls
9) Shot of Love
10) Let's Make It
11) Goodbye and Good Riddance to Bad Luck
12) If You Dare

DISCOGRAPHIE


AC/DC - The Razors Edge
(1990) - hard rock - Label : Atco Records



« Le grand retour d'AC/DC, c'est pour quand ? » n'en finissent plus de se demander les fans alors que les années quatre-vingts viennent de s'achever sur le moyen Blow up your Video, qui lui-même a succédé à des essais auto-produits pas vraiment fameux. Le succès gigantesque de Back in Black (1980) paraît bien loin - dix ans déjà – lorsque les Australo-Écossais sortent The Razors Edge, avec quelques nouveautés dans leurs bagages. Enfin, « nouveautés », ne nous emballons pas non plus : on parle d'AC/DC.

Un changement de style est évidemment à exclure – on a toujours affaire à du hard blues sans autres fioritures que les mini solos qu'Angus Young place systématiquement en conclusion de morceaux s'en tenant au canevas couplet-refrain-monologue de six-cordes. Pas de retour non plus vers les temps héroïques de l'époque Bon Scott – les interventions du guitariste à la tenue d'écolier, aussi nerveuses soient-elles, s'étendant rarement au-delà des trente secondes réglementaires. Le chant de Brian Johnson lui non plus n'a pas pas bougé d'un millimètre depuis son arrivée dans la troupe à l'occasion du sus nommé Back in Black, le défi à chaque tentative pour le décrire consistant à ne pas employer le mot « nasillard » - bon ben là, c'est raté, par exemple. L'approche musicale reste donc en place, pour ne pas dire figée, mais ça c'est plutôt de nature à rassurer les fidèles qui verraient probablement d'un mauvais œil que leur gang favori se convertisse au glam metal que les poupées toxiques de Mötley Crüe ont assis au sommet des charts durant la décennie précédente et dont le Dr. Feelgood fraîchement paru est bien parti pour casser la baraque. En revanche, la section des Antipodes a encore remplacé son batteur : exit le malheureux Simon Wright, associé pour toujours aux moins bons enregistrements d'Assedesse – il a préféré rejoindre Dio, laissant la place à l'expérimenté Chris Slade, un gars qui a joué pour la star des casinos Tom Jones (gallois comme lui) dans les sixties, le proto-AOR Manfred Mann's Earth Band dans les seventies, Uriah Heep et Gary Numan dans les eighties. Un musicien solide, presque trop, ne disposant pas du swing de Phil Rudd, l'historique marteleur de fûts des Kangourous. L'alchimie avec Cliff Williams et sa basse de gros matou s'en ressent, ce dont témoigne, entre autres, le raide "Rock Your Heart Out" sur lequel la paire rythmique mène sympathiquement la danse façon "Let There Be Rock", sans la flamboyance et le groove de ce dernier.
Cependant, l'ensemble sonne de manière équilibrée, permettant à AC/DC de renouer, enfin, avec une puissance de feu qui avait tant fait défaut aux dernières livraisons. Le responsable de cette évolution – positive cette fois – s'appelle Bruce Fairbairn, producteur ayant usiné pour Bon Jovi et Aerosmith qui lui doivent une bonne partie de leurs ventes colossales - Slippery When Wet et Pump, c'est lui. Et clairement, le responsable des manettes est un malin, mettant en valeur les éléments susceptibles d'accrocher l'auditeur, tels les refrains très radio friendly aux chœurs protubérants de "Moneytalks" et "Are you Ready" – avec une dose de cuivres clinquants en plus, ce dernier aurait pu figurer sur une réalisation récente... d'Aerosmith. Pour le reste, ces deux singles sont loin d'être inoubliables, à l'image d'une bonne partie des pistes figurant sur The Razors Edge. La seconde moitié du LP n°12 illustre hélas à la perfection la notion de fillers : si le transparent "Shot of Love" est à peine sauvé par un tempo relativement soutenu, "Got You by the Balls", "Let's Make It" et "Goodbye and Good Riddance to Bad Luck" donnent l'impression d'avoir été délibérément joués avec le frein à main, un mode opératoire frustrant qui dévitalise les quelques bonnes idées émergentes. Et quand Johnson fait péter les sinus, ça devient presque risible, à l'image de la star médiatico financière hyper narcissique et prétentieuse à l'orange capillarité dont les incartades extra-conjugales relayées par les tabloïds nord-américains ont inspiré le lourdingue "Mistress for Christmas".
En ultime position, "If You Dare" relève le niveau, malgré un riffing peu enthousiasmant qui ne reviendra pas après le solo. Les lignes vocales vicieuses du shouter à casquette et le refrain simplissime mais entêtant offrent au recueil une conclusion honorable, plus en rapport avec l'entame prometteuse, incarnée par le motif frénétique chromatiquement égrené par Angus Young sur sa Gibson en amorce de "Thunderstruck". Une séquence démoniaque à la hauteur de la légende du guitariste au jeu de scène épileptique, qui rehausse à lui seul l'intérêt de The Razors Edge dont la chanson-titre à l'ambiance inhabituellement soignée, pessimiste et rampante fait office, ironiquement, de bouffée d'air frais au sein d'un album majoritairement convenu et spongieux des rotules. Ah, si toutes les compos indolentes avaient bénéficié du turbo qui booste "Fire Your Guns", pas renversante mais dopée par une vélocité qu'on croyait perdue depuis belle lurette, le résultat aurait été autrement plus euphorisant !


Valorisé par une production brillante qui permet à nouveau d'entendre correctement le hurleur et la section rythmique, éclairé par quelques trouvailles qui font mouche, The Razors Edge confirme le regain de forme d'AC/DC en ce tout début des années quatre-vingt-dix. Néanmoins, de trop nombreuses baisses de tension empêchent de s'emballer complétement et douchent le fol espoir d'une flambée digne des incandescences inaugurales que laissait entrevoir le phénoménal riff d'ouverture. Maintenant que les fondations ont été restaurées, il n'est pas délirant d'imaginer que le quintet puisse retrouver l'inspiration pour bâtir, à nouveau, un édifice digne de son standing. Mais celle-ci n'est-elle pas déjà tarie ?



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