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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 07 novembre 2020
Sa note : 18/20

LINE UP

-Philippe Allaire-Tougas
(chant)

-Claude Leduc
(guitare)

-François Bilodeau
(claviers)

-Antoine Daigneault
(basse)

-Xavier Berthiaume
(batterie)

TRACKLIST

1) Stygian I: From Tumultuous Heavens… (Descended Forth the Ceaseless Darkness)
2) Stygian II: In Ageless Slumber (As I Dream in the Doleful Embrace of the Howling Black Winds)
3) Stygian III: Perennial Voyage (Across the Perpetual Planes of Crying Frost & Steel-Eroding Blizzards)

DISCOGRAPHIE

Stygian (2020)

Atramentus - Stygian
(2020) - doom metal funeral doom - Label : 20 Buck Spin



L’Art est le plus grand à l’endroit même où il sait le mieux se rendre invisible. Cela, Atramentus l’a bien compris. Au long de trois pistes ne constituant en réalité qu’une seule cinématographie, c’est bien à ce précepte de lumineuse invisibilité que semble s’en tenir Stygian, l’Enfin-Né, qui, sans jamais offrir aucune prise certaine ni aucun mouvement sûr, sans jamais indiquer au téméraire le chemin à suivre, l’égarant au contraire au sein de brumeuses pistes, s’impose à lui - ainsi que le ferait un radical désert.

Désert d’angoisse aride que celui emprunté par Atramentus, il faut bien le dire. Le funeral doom demeure, ici comme ailleurs, ce genre à l’impossible mue, empêtré de codes et de son inamovible statuaire. Pourtant, pourtant… Stygian se révèle très vite une vaste lande où les possibles se rejoignent. À l’horizon, rien ne semble a priori mériter une attention particulière : l’exaspérante lenteur est de mise. Les claviers-fantômes enchâssent des mélodies-fantômes que poursuivent des chœurs de cathédrales et des cris de catacombes. Cependant, les guitares – en lutte ici avec les claviers, jouant la même partie, se disputant la même viande – abattent l’ensemble du paysage d’une chape austère… lorsqu’elles ne s’étendent plutôt, solaires, vers de romantiques hauteurs, le temps d’un éclair… - à s’y perdre, l’œil remarquera finalement à l’horizon quelques mouvements : de la beauté, un sens de la progression. C’est de fameux Art qu’il faudra se nourrir, invisible sous les codes, et pourtant…
Oh, ce n’est pas que Stygian s’offre au premier venu comme une vieille fille des lupanars, l’œil épuisé souligné d’un vulgaire trait de khôl, non. En ce lieu qu’est Stygian, la mélodie ne s’octroie que rarement le droit primordial, préférant poindre ici, disparaître là au profit du Grand Œuvre. Les trois parties de Stygian n’offrent que peu de repères… - tout ici se terre dans la température, dans la combinaison ressentie d’aridité et d’humidité, dans l’inconfort sublime de l’ensemble. Jamais on ne sait clairement où l’on se trouve sur le parcours : est-ce un début ? est-ce une fin ? ce moment est-il pivot ? où se trouvera la prochaine source ? – lorsque le champ de bataille se vide et que ne restent que les morts, ces spectres demeurent-ils à abattre ? Stygian ne laisse jamais savoir sur quel pied il convient de danser, pour autant que la solennité de l’ensemble, de l’orgue, de la caverneuse réverbération des batteries, laisse une place à l’idée même d’une danse…


Le sauvage invisible rôde partout sur cette première sortie d’Atramentus. Il suinte ici dans l’air comme l’eau le long d’une paroi caverneuse. Pénétrez sans toucher à la paroi : vous ne saurez rien de cette eau. Tremblez une fois : la seule sensation qu’il vous restera sera celle de cette invisible eau glacée, rampante, accompagnant votre progression… Usant des codes les plus arpentés du genre, à mi-chemin entre l’œuvre de Mournful Congregation et celle d’Evoken, Stygian offre une sensibilité rare, glacée, fantomatique, qu’il serait dommage de ne pas reconnaître.





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