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CHRONIQUE PAR ...

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Oni²
Cette chronique a été mise en ligne le 24 octobre 2020
Sa note : 12/20

LINE UP

-Martin Stenstad Selen
(guitare)

-Christian Alexander Espeseth
(basse)

-Ola Dønnem
(batterie)

TRACKLIST

1) Blank Space
2) Schoolyard
3) Shiba
4) Matcha Tea
5) Multiplayer

DISCOGRAPHIE

Reset (EP) (2020)

Navian - Reset (EP)



À chaque nouvelle décennie, le genre musical préféré de Christine Boutin engendre une flopée de sous-styles. Souvent, l'un d'eux bénéficie d'une médiatisation plus importante, suscitant incompréhension et mépris des puristes. Votre serviteur éprouvant une attraction magnétique pour ces parias de la famille metal, il se devait de chroniquer au moins l'un des représentants du mouvement en vogue. Les trois membres de Navian sont de ceux-là.

En bons disciples des années 2010, ces messieurs se sont aussi approprié une tendance qui découle directement du djent, le genre populaire de la décennie passée. Navian illustre en effet cette vague de musiciens purement instrumentaux ayant remis la guitare sous les projecteurs. Le sous-genre n'a jamais vraiment été baptisé, mais ses artistes puisent fréquemment sans complexe dans le jazz, le post rock, l'electro, et même la pop pour enrichir leur art, ramenant fatalement au débat: « c'est pas du metal ». C'est bien de ça qu'il est question avec Reset. Metal ou non, la qualité d'exécution est là, il n'y a aucun doute à avoir là-dessus. Malheureusement, malgré tout leur talent, leur premier effort n'est pas aussi convaincant que ce qu'ont déjà produit les gros groupes du genre. Pourtant ça commence bien. "Blank Space" déborde d'énergie. Ça balance généreusement de la mélodie, du groove, de la patate. De jolis passages atmosphériques teintés d'électro gravitant sur le thème mélodique posé dés le départ interviennent également à plusieurs reprises. Hélas, en lâchant ses meilleures cartes sur le premier morceau, Navian se laisse des cartouches bien moins percutantes pour la suite.
Le plus posé "Schoolyard" est terriblement passe-partout tant il recycle ce qu'on entend en googlant au hasard: « instrumental guitar ». "Shiba" relève légèrement le niveau, grâce à sa ligne de basse plus en avant qu'à l'accoutumée. Cette bonne impression reste de courte durée, car aussi appréciables que soient les chansons de Reset, on sent inévitablement qu'il manque quelque chose aux Scandinaves pour rendre ces titres reconnaissables. "Match tea" s'aventure dans les sonorités pop mais non moins complexes des récents Polyphia, mélangées aux atmosphères omniprésentes sur les derniers albums de Disperse et encore plus chez Jakub Zytecki en solo. Immédiatement, ce qui pénalise Navian ressort de Reset. Ils ont le plus grand mal à se démarquer des groupes et one-man band de shredders qui pullulent sur Youtube, pour ne citer que Plini, Animals as Leaders, Intervals, Chon, Sithu Aye, David Maxim Micic ou encore les prometteurs Unprocessed. Le groupe revendique d'ailleurs son affiliation aux trois premiers cités. Et, c'est bien là leur principal défaut. À aucun passage de ce Reset il ne nous viendrait à l'esprit de penser « tiens voilà quelque chose que je n'ai jamais entendu ailleurs ».
Si Navian partage en effet avec les références du genre son bagage technique impressionnant, il y a encore un effort attendu de leur part en termes de personnalité. On pourrait justifier ce manque flagrant d'identité par le fait que les cinq titres ont été composés dans un délai très court. De l'aveu même des musiciens, ils ont en effet enregistré la plus grande partie de l'EP en un mois afin d'avoir de quoi constituer une setlist pour les premiers concerts du festival où ils avaient été programmés. Difficile malgré tout d'être vraiment sévère avec eux, tant l'exécution est de haute qualité, d'autant qu'il s'agit d'un premier enregistrement. Chaque piste recèle quelques moments très agréables comme ces aérations fort bienvenues, malheureusement sous-exploitées et ne dépassant que trop rarement les dizaines de secondes.


Arriver après la bataille, après les milliers de maîtres de la huit-cordes surdoués et de plus en plus jeunes, ne joue pas en faveur des membres de Navian. Leur marge de progression reste donc assez grande. On laisse donc au trio norvégien le bénéfice du doute. Chaque seconde de Reset montre qu'ils ont du talent et de bonnes idées. Leur premier album étant prévu pour début 2021, on lève les cornes et ont fait le Sign of the Hammer pour eux !





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