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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 15 octobre 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Brouillard
(tout)

TRACKLIST

1) L'appel du vide
2) La débâcle
3) Endurer pour éprouver la candeur
4) Valse mélancolique
5) Langoureux vertige
6) L'espoir est le dernier à crever
7) Le rappel des plaines

DISCOGRAPHIE


J'ai si froid... - Loin des hommes
(2019) - black metal atmo - Label : Transcendance



-Oh non… c’est Brouillard… dis-lui qu’elle dégage…
Courageux, je me lève.
-Brouillard…
-Oui ?
-Tu peux… t’en aller s’il te plaît ?
« Tu vas voir qu’elle va me demander pourquoi… »
-Pourquoi ?
-Parce que… je suis avec… enfin… c’est pas le moment…

Ce n’est pas le moment. Quand on essaie de faire semblant, ce n’est pas le moment. Quand on n’a pas envie de voir les choses comme elles sont, quand on refuse de comprendre que la vie est un cheminement solitaire, ce n’est pas le moment. Le pire de tout ça ? Les paroles, qui reflètent cette misanthropie non pas innée, mais bien acquise après des années de dégoût. Et qui prônent la purification par la nature. L’air des montagnes de l’Ariège est si froid… Il véhicule avec aisance ce black metal à la Burzum, teinté d’une terrible mélancolie, digne des moments délicats des œuvres de Wolves in the Throne Room. La musique de J’ai si froid… n’est pas la plus originale, mais la longue plainte qu’elle nous transmet via une guitare « lead » qui nous chante son désespoir autant que Brouillard nous hurle son amertume, sait trouver l’endroit où réside notre profonde misanthropie. Par cœur et sans détour. Des parties de guitare acoustique où les cordes sont grattées comme Demonaz grattait les siennes sur "A Perfect Vision of the Rising Northland" – encore une ode à la nature – aux quelques notes de synthé ouvrant la "Valse mélancolique", tout ici nous pousse à partir loin et revenir tard.
Car oui, il faudra revenir. Brouillard le sait, et c’est d’ailleurs pour cela que "Le rappel des plaines" s’assimile à un dernier cri de dépit, douloureux. Les autres morceaux s’avèrent également intenses, et si je ne devais n’en retenir qu’un, il s’agirait de la "Valse mélancolique". Une valse effrénée et atemporelle - une valse à zéro temps, n’en déplaise à Maître Jacques Brel - où l’on ressent le plus le côté poignant de cette communion de l’instant présent. Une communion à trois. La nature, le sentiment dans toute son impudeur, et soi-même, cette présence gênante, qu'on arrive jamais à totalement effacer. Lorsque la contemplation des monts pelés nous laisse entrevoir fugacement la permanence. Après une première partie bâtie sur un tempo enlevé, Brouillard ralentit la cadence et augmente encore d’un cran la charge émotionnelle de cette merveille musicale. S’il s’agit du titre qui m’a le plus parlé, l’ensemble de l’œuvre transmet cette sensation propre au black metal atmosphérique de qualité, en commençant par "La débâcle", au tempo globalement lent et à l'aspect revêche. Comme le reste des titres, il faut plusieurs écoutes pour y percer la grisaille et contempler les nuances qui font la richesse d’une œuvre qu’il faut aller chercher. Tout là-haut.

-Alors… elle va partir ?
-Oui.
Oui. Et moi aussi. J’en ai marre. Je me casse. »
-Tu murmures quoi dans ta barbe ?
-Non, rien.
Loin des hommes peint ce que l’on attend d’un album de black metal atmosphérique dépouillé et riche à la fois. Un grand moment de solitude.






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