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CHRONIQUE PAR ...

21
Wineyard
Cette chronique a été mise en ligne le 12 octobre 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jared Bridgeman
(chant+basse)

-Thomas Spencer "Tom Slaughterhouse" Waterhouse
(chant+guitare)

-Colin Dickie
(guitare)

-Daniel J. Maloney
(Batterie)

TRACKLIST

1) Dread Rebirth
2) New Horns
3) Towards a Godless Shrine
4) Unparalleled Gateways to higher Obliteration
5) Ancestral Vengeance
6) The Cape of Storms
7) Serpent’s Ocean
8) Mind Killer
9) Unravelling Vapour of Sanity
10) Out in the Cold

DISCOGRAPHIE


Earth Rot - Black Tides of Obscurity
(2020) - death metal Black metal Old School efficace - Label : Season Of Mist



Il est des groupes comme ça qui ne paient pas de mine et qui n’attirent pas le chaland non plus. Un nom pourri, des artworks passables quand ils ne sont pas juste moches, une photo de groupe sur l’Archive qui ne met personne en valeur. « Appelons les chats par leurs choses », comme l’a dit JF Derek dans l'un de ses sketchs ultimes de loser : c’est improbable et cela n’exciterait pas une nymphomane qui n’a pas vu une banane depuis un mois. Pourtant, bien que Earth Rot puisse dire « check » à chacun des caractères de la description haletante sus citée, il se passe quelque chose quand on écoute cet album.

Pourquoi cela fonctionne-t-il ? Est-ce le vieux syndrome si bien décrit par Lauzier de la fille moche qu’on préfère à la belle parce qu’on se sent bien avec elle, sans artifice, parce qu’elle permet juste d’être soi-même ? Je dois avouer qu’en ce qui me concerne, il y aurait bien un peu de cela. Pourquoi chercher la complication quand la simplicité s’impose à soi ? Earth Rot, c’est direct, sans fioriture - ou si peu - de la pure efficacité brute. Ça rentre dans le lard avec gaieté, c’est très agressif sans pour autant être bourrin, et ça gère la montée en puissance avec beaucoup de savoir-faire (le début de "Dread Rebirth” par exemple). Cette agressivité certaine n’est pas tant due aux riffs qu’à la voix qui parfois se meut en une technique particulière située entre le growl mi-black/mi-death et le growl-vomi. C’est sûr, il faut le voir chez soi, mais à l’écoute c’est plutôt surprenant dans le bon sens.
Je perçois déjà les réactions épidermiques et j’y réponds : non, cela ne se limite pas qu’à ça. Earth Rot sait aussi calmer le jeu, témoins ce break presque calme sans saturation à mi-titre sur "Dread Rebirth", la seconde partie de "Mind Killer", ou encore les intros de "New Horns", "Towards a Godless Shrine", ou "Unparalleled Gateways to Higher Obliteration". Le groupe a certainement compris que la puissance a besoin de relativité pour être mesurée, et qu’elle est d’autant mieux mesurée que la portion calme est de qualité. Les puristes trouveront du Dark Funeral (l'intro d'"Ancestral Vengeance") un peu, du Entombed aussi ("The Cape of Storms") et un peu plus de Dismember ("Serpent’s Ocean", la seconde moitié de "Mind Killer"), mais ce ne sont pas forcément les meilleures parts du gâteau. De façon anecdotique, le final est presque humoristique - un growl bluesy et gras chanté dans une cuvette de toilettes tellement il résonne comme un bœuf entre potes…Et à ce moment d’épuisement, ben, ça sonne pas si mal…


Les successions d’écoutes de cet album convergent toujours vers un sentiment proche du « ça fait du bien ». Earth Rot n’est pas un modèle de complexité musicale (bien que je pense qu’il cache son jeu), mais il sait faire bouger les têtes, sans lassitude. C’est rafraîchissant pour les amateurs d’old school direct. Certes la seconde partie de l’album est plus faible que la première, mais quelle première à briser les nuques ! Et dans la même veine en un peu plus blackisant, l’EP de 2016, Chthonian Virtues, m’a laissé la même impression. Pour les amateurs de headbang.





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