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CHRONIQUE PAR ...

57
Painlesslady
Cette chronique a été mise en ligne le 31 mars 2008
Sa note : 17/20

LINE UP

-Nick Holmes
(chant)

-Gregor Mackintosh
(guitare)

-Aaron Aedy
(guitare)

-Steve Edmondson
(basse)

-Matt Archer
(batterie)

TRACKLIST

1)Embers Fire
2)Remembrance
3)Forging Sympathy
4)Joys of the Emptiness
5)Dying Freedom
6)Widow
7)Colossal Rains
8)Weeping Words
9)Poison
10)True Belief
11)Shallow Seasons
12)Christendom
13)Deus Misereatur

DISCOGRAPHIE


Paradise Lost - Icon



1993. La bande de chevelus d’Halifax, fans de Celtic Frost et de death metal cru, a bien mené sa barque. En quelques années d’existence, ils sont devenus aux côtés de leurs compères d’Anathema et de My Dying Bride les représentants de la nouvelle scène doom/death. Puis, la sortie de leur deuxième opus, Gothic, a amorcé la genèse d'un genre à lui tout seul : le métal gothique. Et voilà qu’après 3 albums très différents, qui signifiaient déjà à l’époque leur refus de se répéter et leur souci d’évoluer, Paradise Lost sort l’album de la consécration.



Il faut bien dire que le groupe n’avait pas alors la notoriété et encore moins l’aisance technique d’aujourd’hui. La sortie d’Icon marque le premier grand tournant de leur carrière. La naïveté du Lost Paradise des débuts est loin : Paradise Lost a mûri. Et pour l’occasion, Nick Holmes abandonne pour la première fois son growl habituel au profit d’un chant certes encore rugueux, mais bien plus travaillé. Quand il ne pousse plus ses hurlements caverneux venus du tréfonds de ses tripes, on se rend compte que non seulement il sait chanter mais qu’il le fait très bien, le bougre ! À ce propos, beaucoup de puristes, que le changement fait toujours grincer des dents, y ont vu à l’époque l’influence du front man de Metallica et de son Black Album sorti deux ans plus tôt. Si la comparaison n’est pas très flatteuse pour l’immense talent de Holmes et son registre varié (comme le prouveront les albums suivants), elle est surtout complètement hors de propos, "True Belief" (entre autres) étant à des années lumières d’un "The Unforgiven" !

Evidemment, les progrès de Paradise Lost ne s’arrêtent pas là. Certes, quand on écoute bien, la musique n’a pas fondamentalement changé. Mais on note que le groupe s’affirme avec beaucoup plus d’aisance : l’ensemble sonne moins fouillis et les titres s’enchaînent bien pour donner au tout une fluidité et une cohérence toutes nouvelles. Paradise Lost abandonne définitivement ses anciennes amours death pour inaugurer un métal sombre affiné au heavy/doom. Un peu comme s’ils avaient fait un tri dans ce qu’ils savaient faire de mieux. On aboutit ainsi à un savant mélange combinant la puissance des débuts à un savoir-faire certain pour les mélodies qui accrochent. Loin de dénaturer l’ensemble et de le rendre mièvre, ces envolées mélodiques enfoncent le clou et s’associent aux divers arrangements pour poser des ambiances aussi tristes que poignantes. Il se dégage une mélancolie quasi palpable ("Colossal Rains") voire oppressante ("Remembrance") et on en deviendrait presque dépressif si le tempo plus heavy de certains titres ne laissait entrevoir un peu de lumière dans cet océan de noirceur.

Les mid-tempo "Forging Sympathy", "Dying Freedom", "Widow" font clairement partie de ceux-là. Ils arrivent à point nommé pour dissiper momentanément l’ambiance lourde et poisseuse qu’impose dès le début de l’album "Ember’s Fire" et son introduction mortuaire au clavier, relayée ensuite par les guitares. Parlons-en de ces guitares, justement : parfaite association entre les rythmiques lourdes de Aaron Aedy et les parties lead et soli à couper le souffle du sieur Mackintosh, elles ne laissent pas de répit et dominent sur tous les titres. Ceux-ci sont d’ailleurs à la hauteur car, à part "Shallow Seasons" qui s’avère un peu plus faible que le reste, ils frôlent tous la perfection. Le monumental et puissant "True Belief", véritable hymne devenu incontournable dans les set-lists du groupe, pourrait résumer à lui seul l’excellence de l’album et la capacité de Paradise Lost à faire monter la compo jusqu'à son explosion. Après le gothique "Christendom" qui joue la carte de l’émotion froide avec son alternance de chœurs féminins et de déferlante métallique, le groupe choisit de clore son oeuvre sur une note glaciale avec l’instrumental "Deus Misereatur".


Souvent éclipsé par son successeur Draconian Times, Icon est une vraie pépite dans la discographie du groupe. Tout en clair obscur, cet album magnifique confirme autant le potentiel décelé dans Gothic que la capacité des Anglais à penser et réinventer leur musique d’album en album. Ne faites pas l’erreur de vous priver d’un album aussi fondateur.


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