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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 04 septembre 2020
Sa note : 12/20

LINE UP

-Ian Gillan
(chant+harmonica)

-Steven J. "Steve" Morse
(chant+chœurs)

-Donald Smith "Don" Airey
(claviers)

-Roger David Glover
(basse+chœurs)

-Ian Anderson Paice
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Ayana George
(chœurs)

-Tiffany Palmer
(chœurs)

-Robert Alan "Bob" Ezrin
(chœurs+percussions)

-Saam Hashemi
(programmation sur Dancing in My Sleep )

TRACKLIST

1) Throw My Bones
2) Drop the Weapon
3) We're All the Same in the Dark
4) Nothing at All
5) No Need to Shout
6) Step by Step
7) What the What
8) The Long Way Round
9) The Power of the Moon
10) Remission Possible (instrumental)
11) Man Alive
12) And the Address (instrumental)
13) Dancing in My Sleep (Bonus Track)

DISCOGRAPHIE


Deep Purple - Whoosh!
(2020) - hard rock - Label : earMusic



Tout le monde le croyait, y compris les musiciens : Infinite, vingtième LP de Deep Purple paru en 2017, était la dernière pierre du monument du rock lourd britannique. Un compte rond, près de cinquante ans de service : ça sentait la quille. Pourtant, le plaisir de se retrouver pour mettre en boîte du matériel supplémentaire l'a semble-t-il emporté et trois ans plus tard, les vétérans décident de rempiler. L’enjeu est de savoir si Whoosh!, le petit vingt-et-unième, relève du coup d’éclat couronnant une carrière monumentale ou, encore une fois, de la carte postale envoyée par cinq semi-retraités sirotant de la gentiane sous les pins parasols.

Une guitare à l'économie, pas tranchante pour deux sous, entre timidement en scène à une allure modérée avant de retrouver un peu de vigueur à l'occasion d'un solo relayé par des synthétiseurs aux accents dramatiques, tandis que couplets et refrain passent plusieurs fois sans retenir durablement l’intention : il faut en convenir, "Throw My Bones" n’a pas vraiment les épaules pour endosser le rôle d’amorce majestueuse que ses concepteurs ont sans doute voulu lui conférer et sonne très « five o'clock tea ». Cette impression mesurée perdurera jusqu’à la fin de la réalisation, en droite ligne de la livraison antérieure, ce qui permettrait de conclure facilement que la question posée en introduction, « elle est déjà répondue ». Il est vrai que la discrétion de la six-cordes coupe l'envie de mimer furieusement son gratteux favori à l'écoute de cette douzaine de titres placides. Steve Morse donne le sentiment de n'avoir participé que dans le seul but de placer ses solos « virtuoses soft » comme il en tricote depuis des décennies – celui de "Nothing at all", garni de ses caractéristiques modulations harmoniques, résume bien l'affaire. Trop heureux de la place qui lui est offerte, Don Airey s'installe confortablement avec ses claviers dont il impose les sonorités vintage dans la tradition purpelienne, enrobant le recueil dans un fog nostalgique, pour ne pas dire passéiste.
Exemple le plus probant de cette absence - presque- totale de prise de risque : la reprise de "And the Address", composition instrumentale plus que quinquagénaire issue de Shades of Deep Purple, le LP inaugural du collectif publié en 1968 et dont le lettrage de la pochette a largement inspiré celui de Woosh!. Délestée de sa longue introduction ambiante et de sa cloche de vache qui aurait pu attirer quelques fans de Christopher Walken, la nouvelle version demeure cependant fidèle à l'originale en raison d'un son certes plus consistant mais guère plus moderne – gros solo d'orgue Hammond. Le tempo augmente à peine, seuls les solos varient légèrement : sympa, mais l'intérêt de cette cover ne saute pas aux oreilles. Plus convaincante en revanche est la tentative de boogie rock intitulée "What the What", dont le piano alerte et la coloration country du solo évoque Lynyrd Skynyrd. Zéro originalité, c'est certain, mais l'énergie déployée fait plaisir à entendre, davantage qu'à l'écoute de "Hip Boots", son équivalent sur Infinite.
"Man Alive" constitue une autre déclinaison bonifiée d'un modèle, "Top of the World", figurant sur l'album précédent, en vertu d'une amorce calme-mais-tendue à la Steven Wilson rompue par un riff heavy – ô miracle - qui s'impose sur fond de claviers rétro (tout de même). Après un passage parlé sur fond de tic tac d'horloge s'invitent des cordes façon bande originale de film de Michael Kamen et un solo de guitare tout en (re)tenues, une fois n'est pas coutume. Le retour en bout de piste de la narration et de la tocante prolonge le climat cinématographique au détriment de la tension – dommage, mais la parenthèse aura été plaisante. Le constat est moins reluisant s'agissant de la plupart des couplets et refrains, pas indignes mais majoritairement fades, dévitalisant de prometteuses occurrences telles que l'alerte "The Long Way Round" ou le sombre – enfin disons pas très bien éclairé – "Power of the Moon", aux inflexions opethiennes. Ian Gillian fait le job, mais le resserrement de sa tessiture et une puissance logiquement amoindrie par rapport à celle de ses débuts fougueux font passer ses lignes de chant pour d'aimables ronronnements, insuffisamment dopés par des chœurs trop timides - une chorale davantage audible n'aurait pas été de trop pour renforcer le groove de "Drop the Weapon" et "Dancing in My Sleep", malheureusement bouffés par les deux solistes logorrhéiques.


D'un classicisme sans ambiguïté, garni d'orgues seventies et de duels de solos répondant au cahier des charges en vigueur depuis 1970, Whoosh! offrira aux fans un nouveau tour de machine à remonter le temps. Un chouïa plus intense que son prédécesseur, éclairé par de rares séquences gentiment décalées, le millésime 2020 offre trop peu de variété et de relief pour ferrer un public autre que celui déjà né lors des sorties d'In Rock, Machine Head et Burn. Autant dire que pour le feu d'artifice du jubilé, ça ne va pas suffire. Toutefois les papys british prouvent qu'ils ont encore la motivation, assez d'énergie et même une ou deux idées pour proposer un enregistrement qui respecte ses auditeurs : on va s'en contenter.




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