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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 02 septembre 2020
Sa note : 13/20

LINE UP

-Shogo Tokita
(chant+guitares)

-Daisuke Ichiboshi
(basse)

-Yuichi Kudo
(batterie)

TRACKLIST

1) Deviltry
2) Bloody Terpsichorean Art
3) Depth of Misery
4) Pendemonium
5) Black Palingenesis
6) False Oath
7) The Serpent of Ishtar Gate
8) Stigmata

DISCOGRAPHIE

Orphic Signs (2014)

Desecravity - Orphic Signs
(2014) - death metal trop technique - Label : Willowtip



L’homme est un animal étrange, animé de la plus profonde des curiosités. La curiosité n’est-elle pas à la fois tant un vilain défaut qu’un signe d’intelligence ? Certaines curiosités sont ainsi le fruit de nos instincts les plus primaux. La résultante de cette ère simiesque encore inscrite en nous. Le death metal technique. Voici une source de curiosité. Death metal, ok. Technique ? Des personnes sur cette brave Terre sont donc suffisamment dévouées à sa cause pour se livrer à des exercices hautement acrobatiques et en forger une essence par nature très abstraite ?

Oui, mille fois. Citer tous les groupes de death technique est une étonnante gageure qu’on ne souhaite pas à son pire ennemi (sauf s’il s’appelle Fabrice Fiorese, j’ai la dent dure). Ils pullulent. Constatation étonnante au vu des contraintes fortes à l’entrée. Maîtriser son instrument au niveau requis est loin d’être une sinécure et barbera une majorité écrasante de la population. Et le public cible est malgré tout réduit, la rébarbativité induite de cette musique coupant beaucoup d’oreilles potentielles. Alors que se passe-t-il lorsque vous en cherchez les représentants les plus excessifs ? Excessifs de technique, abusifs de vitesse, bref, trop de trop. La curiosité, nous y revenons. Celle qui pousse dans le précipice, au passage à l’acte. Malsaine oui. Car comment décrire autrement la musique de Desecravity, entité nippone violant les conduits auditifs depuis 2007 à travers son batteur et maître à penser (qui ne sait pas s’arrêter) ? Malsaine et ubuesque.
L’avalanche, ou plutôt le tsunami de notes qui déferle sur notre cerveau sans espoir de le stopper, sature immédiatement nos capacités cognitives, heureusement aidées par une production claire aidant autant que faire se peut à la lecture du message sonore. D’autant que le groupe n’y va pas par quatre chemins pour introduire son art aux aventuriers possédant le courage, ou la déraison, nécessaire à se lancer. Un gravity blast totalement éprouvant débarque dès les premières secondes de "Deviltry". La rapidité ultrasonique de la chose s’approche dangereusement de notre seuil d’acceptabilité. Accompagné qu’il est par un riff calqué sur son rythme trop intense qu’il sonne presque comme un clavier, ce monument de vitesse accable. Fort heureusement les Japonais dispendieux ont la bonne idée, et le bon heur, de nous offrir un break… comment dire, normal. Mot devenu incongru, presque insultant. Normal par sa vitesse et sa recherche de musicalité. Il n’en ressort que plus fort.
Le schéma suivi par Desecravity semble d’ailleurs suivre une certaine logique : excès de vitesse et break salvateur. L’équilibre entre les deux notions est cependant soumis à appréciation sur chaque chanson tant il est sur le fil du rasoir. Des fois c’est suffisant, des fois non. De plus, le break lui-même peut toujours être un prétexte à caser le plus de changements de rythmes possibles. Aussi, et de manière tout à fait ironique pour une personne comme moi qui a tendance à chercher les pistes blastées dans les albums plus calmes, l’aspiration à des passages plus décents en terme de rapidité d’exécution devient primordiale, et leur recherche, un sport. En ressortent alors les breaks de la déjà citée "Deviltry" puis "Black Palingenesis", "The Serpent of Ishtar Gate" ainsi que l’ultime piste, "Stigmata". C’est toujours enfoui sous un monticule colossal de notes littéralement sulfatées à vos oreilles, arrivant par vagues successives sans reflux.


L’équilibre, le mot a déjà été évoqué. Il est évidemment ici brisé, totalement réduit à néant par l’excessivité conceptuelle du groupe, forcément japonais. Pourtant, ces moments, finalement relativement nombreux, où il est touché du doigt rassurent sur la nature humaine. Oui la curiosité est un marqueur intellectuel également, et elle fournit des récompenses. On se prend alors à rêver d’une aberration : Desecravity qui abandonne son culte obsessionnel de la démonstration pour donner la priorité à ses idées.






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