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CHRONIQUE PAR ...

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Oni²
Cette chronique a été mise en ligne le 20 août 2020
Sa note : 17/20

LINE UP

-Brittney "Slayes" Hayes
(chant)

-Andrew Kingsley Saunders
(chant+guitare+claviers)

-Grant Truesdell
(chant+guitare)

-Scott Buchanan
(batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Benjamin Francis "Ben" Arscott (basse)

TRACKLIST

1) Waking Dream
2) Abyss
3) Through Stars
4) Legacy
5) Return To Me
6) Soulbound
7) Faster Than Light
8) The Wind That Shapes The Land
9) Carry The Flame
10) Afterlife

DISCOGRAPHIE

Abyss (2020)

(2020) - power metal hard rock heavy metal - Label : Napalm Records



En quatre albums, les Canadiens d’Unleash the Archers se sont taillé une belle petite réputation. Avec leur cocktail de mélodies grandiloquentes et de refrains fédérateurs, ils bénéficient d’une couverture médiatique de plus en plus grande, bien aidés par leur signature chez Napalm Records en 2015. Apex, leur précédente livraison témoignait d’un élan créatif véritablement prometteur. L’équipe menée par le couple Brittney Slayes/ Scott Buchanan a en effet su extraire le meilleur du power metal qu’ils maîtrisent de mieux en mieux. Après la parenthèse d’un EP de reprises, nos talentueux musiciens enfoncent le clou avec Abyss.

On les savait très forts techniquement, et menés par une chanteuse particulièrement douée. C’est toujours le cas, et globalement, leur nouvelle offrande n’ira guère chercher plus loin que leurs efforts passés en termes de créativité, ce qui n’est cependant pas un reproche. Comme Apex, il y a maintenant trois ans, Abyss file la patate. Chaque ligne vocale respire une certaine candeur touchante et déborde de bonne humeur. Un peu comme si les Bisounours avaient passé leur vie à écouter Manowar au lieu de rester sur leurs nuages et auraient alors agrippé guitares, claviers, baguettes et micros, pour vous faire irrésistiblement lever le poing à chaque refrain. Car le refrain qui dépote, c’est leur rayon. "Through Stars", "Abyss", "Carry the Flame", "Afterlife"… Autant d’exemples qui illustrent leur sens mélodique infaillible. Brittney Slayes nous abreuve de ses vocaux enchanteurs, et à chaque fois, ça démonte.
Unleash The Archers déploie sur Abyss un impressionnant arsenal de titres épiques, majoritairement rapides, parfois un peu fleur bleue, mais à aucun moment désagréables. L’opener "Waking Dream" et ses jolis arpèges offrent une montée en puissance dévoilant d’entrée de jeu aux néophytes le coffre de Brittney Slayes et son timbre toujours aussi plaisant. Jamais trop lisse, mais pas non plus à ranger avec les dames testostéronées qui abusent des graouh graouh bestiaux. Les passages les plus intéressants sont cependant à piocher du côté des pistes s’éloignant des speederies à gros refrains. "Through Stars" présente une facette du groupe penchant vers le hard rock. Ce morceau bien chargé en synthés n’aurait pas fait tâche chez Whitesnake, en 1987. Chacune de ses notes semble invoquer l’imagerie de couple adolescent de cette époque, à fond les néons, roulant vers l’inconnu dans une décapotable, les cheveux permanentés au vent. Les membres d'Unleash the Archers ont en plus la bonne idée de conclure le morceau sur son refrain entêtant, avec le combo chœurs+synthé+lead guitar s’éloignant en fondu.
Dans ce même registre très eighties, il faudra aussi compter sur "Carry the Flame", cette fois chantée en duo par Brittney et le guitariste/claviériste Andrew. Ce même titre offre également une belle bataille de soli entre la paire de gratteux. Les soli justement, parlons-en. Grant Truesdell et Andrew Saunders ont l’intelligence de ne jamais en faire trop. Ils rappellent à très juste doses leur capacité à tricoter (le très rapide et bien nommé "Faster than Light", les bribes de néoclassique sur "Return to Me") mais ne s’égarent à aucun moment dans les excès démonstratifs d’une musique vainement complexe. Abyss propose également de petites expérimentations fort bienvenues. "Legacy" attaque par une mélodie naïve qui pourrait vous faire croire à un autre titre nostalgique avant de basculer en montées/ descentes de manche, avec des blast-beats en toile de fond, sans crier gare. Le genre de sonorités que ne renieraient pas une formation de post-black. Si la suite de ce morceau est plus conventionnelle, ces ingrédients extrêmes lui apportent une fraîcheur indéniable et, surtout, l’enchaînement fonctionne, malgré ses éléments disparates. Ce ne seront d’ailleurs pas les seules interventions venues des sous-genres plus costauds: on retrouvera quelques grognements death et une double bien plus présente sur "Return to Me".
Le dernier tiers de l’album comporte deux des titres les plus longs et ambitieux du recueil. “The Wind that Shapes the Land” aurait pu être la ballade de service, mais son accélération fort bien amenée introduit une rythmique tagada à la Maiden très réussie. Elle rappelle un peu la très prog chanson éponyme de Apex. Et quand Brittney enchaîne les envolées aiguës sur la deuxième moitié du titre, c’est une véritable leçon d'écriture mélodique qu’elle nous donne. La pièce finale "Afterlife" fait intervenir quelques orchestrations (réalisées par Francesco Ferrini de Fleshgod Apocalypse) et se poursuit dans un style plus heavy. Les plus attentifs auront d’ailleurs reconnu les lignes vocales du morceau d’introduction dans ce dernier titre. Sur Abyss les Canadiens reprennent en fin de compte ce qui faisait toutes les qualités d’Apex, et poussent la démarche à fond. Le son, moderne au possible (merci Jacob Hansen à qui on doit des œuvres aussi diverses que celles d’Amaranthe et Aborted ou encore Volbeat) est efficace, sans pour autant faire honneur à tous les instruments (allô ? La basse ? Y' en a une ?).


Abyss donne tout son sens au « power » de power metal et permet à Unleash the Archers de varier son propos suffisamment pour ne jamais être lassant. Les compositions enchaînent les morceaux de bravoure, ne faiblissant qu’à de très rares occasions. C’est simple, toutes les pistes sont au moins bonnes, sinon excellentes. S’il faut pinailler, on devra s’attarder sur la trop faible place laissée à l’originalité (hormis "Legacy", tout ceci sonne déjà entendu) et cette prod qui délaisse la quatre-cordes. Mais c’est si peu en comparaison du plaisir à l’écoute que procure Abyss.





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