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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 07 juillet 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Julien Hovelaque
(tout)

TRACKLIST

1) Le Long des Charniers
2) L'Œuvre des Convulsions
3) Confluence
4) Ainsi Passe la Gloire du Monde
5) Lumière du Temps
6) L'Ineffable
7) Lueur-captive
8) Faites monter

DISCOGRAPHIE


L'Éclat du Déclin - Ainsi Passe la Gloire du Monde
(2020) - black metal - Label : Non Posse Mori Records



Réfugié dans sa caverne, il célèbre, d’une voix lasse, la fin de la gloire du monde et son inexorable déclin. Les quelques promeneurs passant à côté ne manquent de s’émouvoir. « Quelles sont donc ces voix annonciatrices d’un déclin inexorable ? Pourquoi brillent-elles d’un tel éclat ? »

Toutes ces voix et tous les instruments, quelques solos de guitares, œuvres du frère, mis à part, sont à mettre au crédit de Julien, fondateur des défunts Ave Tenebrae, qui s’est lancé, depuis quelques années maintenant dans une intrigante aventure en solitaire au titre-oxymore : L’Éclat du Déclin. Il est la musique, sorte de courant facétieux, tantôt tourbillonnant, inquiétant, tantôt apaisé. Il est également les voix. Alternant entre vocaux clairs, ampoulés et désabusés, « vieux jeu », et une ample gamme de chant extrême, ces dernières constituent l’un des facteurs marquant d’un album francophone suintant la désuétude, mais une désuétude classieuse -le nom du projet n’est pas qu’un vain mot. Convaincantes sur la forme, elles sont également séduisantes sur le fond- pour une fois, le fait de comprendre ce qui est dit n’est pas un problème… Musicalement parlant, la première référence qui m’est venue à l’esprit est le Prometheus d’un Emperor en voie d’Ihsahnisation totale. Comme le dernier album du groupe culte scandinave, Ainsi Passe la Gloire du Monde aime brouiller les pistes, casser les structures faciles fuir les structures faciles. 
Les deux albums ont également en commun, outre leur aspect torturé, une dominante sombre, mais là où Ihsahn et ses comparses sont résolument obscurs et violents, Julien ne rechigne pas à aérer son propos et offrir à l’auditeur étonné quelques plages paisibles (la fin d' "Ainsi Passe la Gloire du Monde"), voire carrément pinkfloydiens ("La Lumière du Temple"). Pour le créateur de ce one-man-band, l’éclectisme n’est pas un vain mot (il apprécie même Tragic Idol, c’est pour dire… ça va très loin…), à tel point qu’il a customisé "Faites monter" d’Alain Bashung, transformé pour l’occasion en une pièce de black metal tortueux absolument convaincante. Il faut dire que l’esprit décadent planant autour du défunt chanteur prêtait à une telle transmutation. Outre cette cover inattendue, quels sont les titres phares d’Ainsi Passe la Gloire du Monde ? Aucun, ou tous. Ils participent de manière égale à l’ambiance versatile, surprenante et un tantinet surannée de ce premier album, et permettent tous d’apprécier la créativité du maître des lieux. À titre personnel, je recommande "Le long des Charniers", car il met l’auditeur tout de suite dans le bain, et les deux titres cités plus haut, pour le contraste saisissant entre passages inquiétants - malfaisants ?- et moments simplement beaux. 

Comme vous pouvez vous en douter si vous avez lu les deux paragraphes précédents et n’avez pas directement sauté à la conclusion - bande de feignasses - Ainsi passe la gloire du monde se mérite. Le mélange proposé se révèle à l’auditeur peu à peu, mais une fois compris ses méandres, le premier album de l’Éclat du Déclin se savoure. Chaque écoute met à jour un détail resté dans l’ombre et cette ode à la décadence gagne progressivement en force. Bien joué.





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