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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 29 juin 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Bruce Ruff
(chant)

-Janick Robert Gers
(guitare)

-Malcolm Pearson
(claviers)

-Phil Brady
(basse)

-Graeme "Crash" Crallan
(batterie)

TRACKLIST

1) Midnight Chaser
2) Red Skies
3) High upon High
4) Way of the Kings
5) No Reprieve
6) Don't Be Fooled
7) Fool for the Gods

DISCOGRAPHIE

White Spirit (1980)

White Spirit - White Spirit
(1980) - heavy metal hard rock N.W.O.B.H.M. - Label : MCA



Plus vite, plus fort, plus tranchant : voilà le triple objectif qui rassemble les troupes juvéniles de la New Wave of British Heavy Metal (NWOBHM) au tournant des années quatre-vingts. Évidemment, à chaque famille ses marginaux, ses spécimens qui ne rentrent pas tout à fait dans le cadre : les satanistes psychés de Witchfynde sont du genre pesants, Gaskin et Praying Mantis font dans le soyeux tandis que White Spirit adopte carrément un son... rétro. Quoi de « nouveau », alors, dans la musique de cette intrigante formation ?

Si des éléments de réponse sont éparpillés un peu partout sur le LP inaugural et homonyme paru en 1980, la contribution de la section d'Hartlepool à la revitalisation du heavy metal est audible dès le morceau d'ouverture. "Midnight Chaser" démarre sur un riff énergique déjà entendu précédemment sous des formes plus ou moins proches - "The Story in Your Eyes" des Moody Blues (1971), "Moonchild" de Rory Gallagher (1976) ou encore "Bounty Hunter" de Molly Hatchet (1978). Mais chez White Spirit, la séquence est plus incisive, à l'instar de celle secouant "Wild Fire", extrait de l'EP gracieusement intitulé If Swallowed, Do Not Induce Vomiting sorti à peu près au même moment par les expérimentés Gallois de Budgie, pour lesquels les jeunes Anglais ont ouvert en début d'année. Et si la trépidation guidée par l'orgue hammond fait très fortement songer à celle qui portait "Highway Star" de Deep Purple, de même que le refrain se résumant à la vocalisation répétée du titre, l'approche est plus concise et rapide : ainsi le groupe le plus old school de la NWOBHM, l’un des seuls à utiliser ces claviers emblématiques de certaines prétentions seventies, parvient sans peine à incarner le changement de braquet qui est en train de s'opérer au sein d'un genre musical promis par beaucoup à disparaître.
Bien sûr, tous les ponts ne sont pas coupés avec la décennie qui vient de s'achever et le format chanson reste prépondérant, presque trop serait-on de dire à l'écoute de "High Upon High" dont le thème poppy à souhait donne l'impression d'entendre le générique d'une série télévisée familiale. Le chant de l'inégal mais habituellement fougueux Bruce Ruff manque ici de folie, la guitare se fait discrète, c'est mimi et décontracté... Sauf qu'une judicieuse variation harmonique sur le refrain instaure une tension inattendue et que le malicieux solo de claviers parvient à doper cette étrange occurrence sortie en single chez MCA (Lynyrd Skynyrd, Camel, Tygers of Pan Tang), rien que ça. La carrière du collectif emmené par le très blackmorien guitariste Janick Gers s'est brusquement accélérée après la sortie chez Neat Records en avril 1980 de "Backs to the Grind", single qui valait surtout pour "Cheetah", sa tonique face B dont l'absence sur l'album, alors que celui-ci ne contient que sept pistes, nourrit forcément des regrets – abondance de biens n'aurait pas nuit. On n'en dira pas autant de "Suffragettes", face B trop longue du troisième single ("Midnight Chaser" en face A) plombée par des vocaux à la justesse en berne et des motifs de synthés pour le coup vraiment datés. De quoi faire redouter la présence d'une composition à tiroirs sur l'effort longue durée. Justement, "Fool for the Gods" répond au cahier des charges - dix minutes au compteur, prends ça dans ta crête, le punk. Parler de (hard) rock progressif serait sans doute exagéré, on est plus proche de l'héroïsme naïf d'"Overture" figurant sur le premier essai grand format de Def Leppard livré quelques mois auparavant que de la complexité exigeante des Tales from Topographic Oceans de Yes.
Une curieuse création, en vérité, attachante avec son thème mélancolique et un Ruff ardent sur les couplets mais aussi un peu irritante en raison de sa rythmique pataude sur la longue exposition planante initiée par des effets électroniques à la Jean-Michel Jarre / Tangerine Dream ainsi qu'un refrain déséquilibré sur lequel un chant timide et pas très joliment dédoublé se fait manger par les claviers qui, néanmoins, assurent. Heureusement la tension a grimpé d'un bon cran sur la partie centrale avant que Gers ne rehausse le plat de résistance d'une jolie préparation à la gratte, de celles qui font monter la sauce. Le final acoustique en mode médiéval maintient jusqu'au bout l'ambiance fantasy d'une réalisation par ailleurs dynamique, à l'image de "Don't be fooled" porté par un riff saccadé proche de celui de "My Sharona" qui a permis à The Knack de cartonner dans les charts un an auparavant. On y retrouve les scansions de "Midnight Chaser" mais un refrain peu accrocheur et une intervention pour une fois pas très inspirée de l'excellent claviériste Malcolm Pearson en clôture laissent sur sa faim, soit un schéma inverse de celui de "Way of the Kings", dont l'amorce un chouïa empesée est rattrapée par un excellent solo de synthés saturés à la manière de ""A" 200" de Deep Purple puis par une coda tendue sur laquelle Gers joue les sauveurs. Celui-ci se distingue également sur "No Reprieve" à la suite d'un duo paroxystique avec son compère organiste qui bonifie une mélopée délicate modulée par Ruff - un contraste qui fait mouche. Quant à "Red Skies", il s'agit d'un exemple rare de chanson réussie malgré un refrain peu marquant, grâce à un gros riff groovy à la "Angel" de Tygers of Pan Tang et un succulent gimmick aux claviers qui lance idéalement une six-corde plus fervente que jamais.


Malgré un son « années soixante-dix » dominé par les claviers à la Deep Purple / Uriah Heep et des refrains pas toujours entraînants, les membres de White Spirit parviennent à transcender leurs influences en menant la plupart de leurs ritournelles à allure soutenue tout en les garnissant de trouvailles réjouissantes. Le quintet du Nord de l'Angleterre fait montre d'un groove et d'un dynamisme qui n'ont rien à envier à la plupart des confrères de la NWOBHM et qui augurent d'un avenir serein. À condition toutefois que personne ne débauche son talentueux guitariste...



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