18373

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 12 juin 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Charles "Chuck" Billy
(chant)

-Eric Peterson
(chant+guitare)

-Alexander Nathan "Alex" Skolnick
(guitare)

-Gregory "Greg" Christian
(basse)

-Louie Clemente
(batterie)

TRACKLIST

1) Over the Wall
2) The Haunting
3) Burnt Offerings
4) Raging Waters
5) C.O.T.L.O.D. (Curse of the Legions of Death)
6) First Strike Is Deadly
7) Do or Die
8) Alone in the Dark
9) Apocalyptic City

DISCOGRAPHIE


Testament - The Legacy



Alors que les pionniers du thrash metal nord-américain, Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax viennent de sortir le chef d'œuvre de leur brève carrière, une meute de disciples à peine moins âgés déboulent dans les clubs pour se faire une place au soleil – la majorité d'entre eux sont originaires de Californie – et démontrer qu'en cette seconde moitié des années quatre-vingts on peut jouer encore plus dur, plus vite et même autrement. Parmi les bouillonnants spécimens de cette New Wave of American Thrash Metal (Death Angel, Heathen, Forbidden, Vio-lence...), les chevelus en cuir de Testament sont les premiers à sortir un album, fort logiquement intitulé The Legacy. Clairement, les mecs ne sont pas venus pour calmer le jeu.

Avant de devenir celui de l'enregistrement, Legacy était celui du collectif lorsque ce dernier a sorti une démo en 1985 avec au chant Steve "Zetro" Souza, recruté ensuite par Exodus pour nasiller sur Pleasures of the Flesh en remplacement de l'ingérable Paul Baloff. Au changement de nom (pour des raisons d'homonymie avec un jazz band) s'ajoute donc celui du vocaliste. Et la pioche est plutôt bonne puisque Chuck Billy, recommandé par son prédécesseur, se montre aussi puissant qu'incisif, relevant le défi de se distinguer de la masse furieuse créée par ses comparses grâce à une tessiture variée, entre médiums en scansion, screams vitrifiants et aptitude à assurer des lignes mélodiques peu commune dans le milieu. Son timbre particulier contribue à bonifier un enregistrement qui démarre direct en cinquième avec un riff méga serré auquel succède un thème harmonieux pilonné par la batterie primitive de Louie Clemente, le tout sur un tempo en surchauffe faisant songer à une version boostée de "Ride the Lightning" de Metallica. Le quintet ralentit astucieusement l'allure pour laisser place à un solo à la fois technique et délié rappelant le virtuose égocentré Yngwie Malmsteen et dont la seconde partie relance la machine qui se fracasse dans la stridence d'un hurlement possédé : non, vraiment, ces types ne rigolent pas.
Ce fulgurant "Over the Wall" sert de matrice à l'ensemble des autres morceaux qui, en dépit de l'inévitable densité ainsi provoquée, offrent suffisamment de particularités pour éviter la monotonie, à l'image de « Do or die » dont le motif bourdonnant mouliné à toute blinde débouche sur un entraînant refrain presque naïf proche de la rengaine que ponctuent des chœurs virils à peine moins costauds que ceux d'Anthrax. Et afin d'éviter le tout droit anaérobique à la Dark Angel, de brefs solos viennent aérer, si l'on peut dire, la compacte pâte sonore, illustrant le soin manifeste apporté à l'écriture. Certes, il est toujours possible de pinailler à propos de quelques transitions pré et post solo qui alourdissent plus qu'elles ne fluidifient, comme sur "The Haunting" qui bénéficie cependant d'un intrigant prélude à doubles guitares et une fois encore des modulations de Billy qui parvient à les combiner avec un phrasé ultra saccadé façon punk – bluffant. Et puis il y a le solo d'Alex Skolnick. Ou plutôt les solos, tant ceux-ci illuminent chacune des pistes, y compris "C.O.T.L.O.D.", féroce et réjouissant condensé d'énergie encore plus speed que la moyenne. Le plus souvent agiles et classisantes, les interventions du guitariste à la mèche argentée valident de chatoyante manière les assauts supersoniques à la limite de l'indistinct tels ceux qui malmènent "First Strike Is Deadly". Lorsque la tension baisse, c'est encore lui qui secoue tout le monde, par exemple sur l'introduction d' "Alone in the Dark" aux couplets inhabituellement monocordes et dont le riff heavy assez convenu est flanqué d'un refrain loin d'être indigne mais qui donne l'impression d'avoir été greffé à la dernière minute.
Et si les arpèges liminaires d'"Apocalyptic City", sorte de power ballade qui ne s'assume pas tout à fait, fleurent la paresse, Skolnick rattrape le coup grâce à un solo brillant, de même que la composition dans son ensemble sur laquelle ses concepteurs sont à deux doigts de manquer leur objectif en se contentant de ramollir leurs inflexions thrash pour sonner plus épique – l'ambiance y est, le dynamisme un peu moins. Néanmoins ces légers fléchissements ne suffisent pas à atténuer l'impact de la fougueuse inspiration de la section de Berkeley dont la démarche ne remet pas fondamentalement en cause la ligne directrice instaurée par ses aînées – illustration patente avec "Burnt Offerings" dont l'exposition classique sertie d'une jolie mélodie interrompue par un riff qui déboîte évoque immanquablement des titres tels que "Fight Fire with Fire" des Four Horsemen ou "Armed and Dangerous" d'Anthrax, d'autant que le motif en mode heavy accéléré est analogue au procédé qui prévalait sur les séminaux Kill' em all et Show no Mercy - il flotte d'ailleurs un petit air de "Black Magic" sur les couplets que Billy dynamite de sa diction aussi rapide que celle de Don Doty des déjà nommés Dark Angel. Les chafouins renâcleront peut-être à l'écoute de passages au cousinage prononcé avec ceux qui parsèment les œuvres des darons suscités, à l'image de la variation de "Raging Waters" semblable à celle de "No Remorse" de Metallica (encore). Qu'importe, le plaisir de se faire submerger par ce torrent de limaille d'où jaillit un refrain euphorisant l'emporte largement sur ces menues réserves.


À la fois teigneux et stylé, aimable et bagarreur, le LP inaugural de Testament dévoile au grand jour une formation tranchante, sans doute pas révolutionnaire mais qui démontre qu'il est possible de donner un nouveau coup d'accélérateur tout en préservant la mélodie et la cohérence. Un tour de force rendu possible grâce à des musiciens à la technique affirmée, dont un soliste de haute volée et un chanteur robuste qui alterne avec maîtrise les différents registres du spectre métallique. À l'écoute de The Legacy, les grands frères du thrash à peine arrivés au sommet se rendent compte qu'ils doivent déjà faire face à une relève talentueuse, ardente et déterminée. Choc frontal ou habile stratégie d'évitement ? En attendant que chacun fasse ses choix, les redoutables membres de Testament envoient un message clair : il va désormais falloir compter avec eux.



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 1 polaroid milieu 1 polaroid gauche 1