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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Ju
(chant)

-Vidda
(guitare)

-Ludo
(guitare)

-Fabrice
(basse)

-Brice
(batterie)

TRACKLIST

1)Take Me
2)Les ailes
3)Dead Meat
4)Lu et approuvé
5)Break
6)Eros & Thanatos
7)Talk
8)Né pour tuer
9)Die Hard
10)Je te saigne
11)The Dark Half

DISCOGRAPHIE

Eros & Thanatos (2004)
Succube (2006)
Multiplicity (2012)

Manimal - Eros & Thanatos
(2004) - death metal barré inclassable - Label : Jerkov



Manimal est la grosse claque du metal français actuel : alors que le nouvellement sorti Succube est en train de tout détruire et de rallier à sa cause une masse grandissante de métalleux de tous horizons, il faut se rappeler que c'est avec Eros & Thanatos que le buzz s'est créé. Reprenant tous les titres de la première démo du groupe, ce premier "vrai" album reste aujourd'hui une démonstration de force et de maîtrise de premier ordre. Articulé autour des compositions de Vidda (ex- Yog Sothot, Atrise et Clamor) et du chant ahurissant de Ju (Psykup), Eros & Thanatos reste une école de composition dont bien des groupes nationaux et internationaux devraient s'inspirer.

Si vous n'avez jamais entendu parler du chant de Ju c'est le moment ou jamais. Protéiforme, allant de l'ultraviolence totale à la caresse, ce chant place définitivement Manimal dans une catégorie à part et sera au choix adulé ou détesté par les auditeurs. Imaginez un chant clair assez chaud et maniéré, évoquant tout à tour Nosfell ou El Butcho de Watcha, qui pourrait tout à fait officier dans une formation de funk. Rajoutez un hurlement du type hardcore suraigu qui renvoie aux oubliettes Poun de Black Bomb A niveau technique et haine dégagée (ce que je ne pensais pas possible jusqu'alors). Et une fois cet aspect intégré, imaginez que Ju arrive à insuffler des notes suraiguës dans ses hurlements, en un screaming d'une violence incroyable qui le rapproche de… Devin Townsend! Et oui, ce type est LE chanteur français qui pourrait chanter "All Hail The New Flesh" ou "Underneath the Waves" sans aucun problème, et rien que ça est énorme. Jouant sans cesse avec ses différents registres, modulant avec une facilité déconcertante, Ju est un véritable chanteur d'exception.

Fort heureusement, Manimal n'est pas qu'un "groupe à chanteur". Ici toute la musique est signée Vidda, et le guitariste distille un metal au spectre aussi large que la voix de son vocaliste. Les deux influences les plus présentes sont le death et le néo, mais Manimal est un groupe de métal avant tout. Les riffs de Manimal sont en effet à la fois violents, techniques, mélodiques et incroyablement accrocheurs. "Take Me" s'ouvre sur un blast-beat des familles avant de décocher de la rythmique thrashy tous azimuts puis une enfilade de riffs qui évoquent tout autant le death old-school qu'un hardcore bien senti. Et ça se tient sans aucun souci : la batterie virtuose de Brice (Psykup) maintient le tout en place dans un mid-tempo syncopé qui projette la tête dans tous les sens alors que les hurlements de Ju laissent pantois. Le titre culmine en un passage final de Strapping tribal qui me met toujours en joie après des dizaines d'écoutes!

Chez Manimal, tout est virtuose mais rien n'est démonstratif. Les cassures rythmiques et les ambiances de "Les ailes" font décoller, et la finesse de la batterie est exemplaire. Ce titre ainsi que "Dead Meat" ravira les amateurs de death mélodique à la Opeth, alors que "Lu & approuvé" tape parfois dans le brutal-death et parfois dans un metalcore de haute volée. Le groupe réussit à faire groover les riffs les plus violents avec une facilité déconcertante, et les rythmiques assassines "à la Fear Factory" du milieu de ce titre s'enchaînent au reste sans heurt aucun. Manimal aime également à harmoniser ses riffs mais sans jamais sonner comme In Flames, ce qui est un autre très bon point : les harmonies de guitare sonnent ici vraiment death et non pas un simple emprunt au heavy-metal. Un début comme celui de "Break" résume le talent de la bande : riff metal en diable mais tellement syncopé qu'il fait sauter partout tel un riff de néo, break funk imprévisible sur lequel Ju balance une voix de falsetto non saturée limpide, break proggisant, puis retour du riff initial pour un refrain atomique suivi d'un autre break en salves sur lequel le vocaliste s'impose une fois de plus comme un tueur absolu.

C'est donc du bonheur total, et du bonheur prolongé en plus : Eros & Thanatos tient sur la longueur et l'effet rouleau compresseur de la première écoute ne s'estompe jamais. Le morceau-titre est également un morceau de bravoure sur lequel avalanche de double pédale et plans atmosphériques cohabitent pour le meilleur. "Talk" fait ressortir un aspect déshumanisé et martial qui rappelle The Link de Gojira avant de balancer une énergie hardcore salvatrice. "Die Hard" repart dans la violence thrash/death pure et sera une source d'admiration pour bien des chevelus extrêmeux, et "Je te saigne" lie délire total et death mélo à la Arch Enemy avec un aplomb confondant. Ce premier album de Manimal, en outre superbement produit, a donc tout d'un grand : mises à parts certaines parties calmes un peu redondantes il n'y a rien à jeter dessus, et beaucoup de musique d'un niveau clairement supérieur.


En termes techniques on appelle ça une bombe, une boucherie ou une tuerie. Tous les fans de metal, qu'ils soient de l'école Slayer, Metallica, Korn ou Burst doivent jeter une oreille sur cet album. E-norme!


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