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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 19 mai 2020
Sa note : 15/20

LINE UP

-John Michael "Ozzy" Osbourne
(chant+harmonica sur "Eat Me")

Ont participé à l'enregistrement :

-Reginald Kenneth "Elton John" Dwight
(chant+claviers sur "Ordinary Man")

-Austin Richard Post "Malone"
(chant sur "It's A Raid" et "Take What You Want")

-Jacques "Travis Scott" Berman Webster II
(chant sur "Take What You Want")

-Alexandra "Ali" Tamposi
(chant)

-Holly Laessig
(chœurs)

-Jess Wolfe
(chœurs)

-Kelly Michelle Lee Osbourne
(chœurs)

-Andrew "Watt" Wotman
(chant+guitare+basse+claviers)

-Charlie Schein
(guitare)

-Saul "Slash" Hudson
(guitare sur "Straight To Hell" et "Ordinary Man")

-Thomas Baptiste "Tom" Morello
(guitare sur "Scary Little Green Men" et "It's A Raid")

-Charles Otto "Charlie" Puth Jr.
(claviers sur "Straight To Hell")

-Happy Perez
(claviers sur "Under The Graveyard" et "Scary Little Green Men" +programmation)

-Louis Russell Bell
(claviers sur "It's A Raid" +programmation)

-Michael Andrew "Duff" McKagan
(basse)

-Michael Dore
(basse)

-Nicholas Garrett
(basse)

-Peter Snipp
(basse)

-Chad Gaylord Smith
(batterie)

TRACKLIST

1) Straight To Hell
2) All My Life
3) Goodbye
4) Ordinary Man
5) Under The Graveyard
6) Eat Me
7) Today Is The End
8) Scary Little Green Men
9) Holy For Tonight
10) It's A Raid
11) Take What You Want

DISCOGRAPHIE


Osbourne, Ozzy - Ordinary Man
(2020) - heavy metal hard rock - Label : Epic Records



D'accord, souligner l'effet de surprise provoqué par la sortie d'un nouvel album d'Ozzy Osbourne revient à enfoncer les portes du Louvre pendant les journées du Patrimoine puisque la réflexion prévalait à chacune des livraisons précédentes compte tenu du mode de vie notoirement déraisonnable de l'individu et de son état de santé, que le principal intéressé a commenté récemment par un « j’ai plus de boulons dans la nuque que dans ma voiture », aussi drôle que pathétique. Mais tout de même, on n'y croyait plus beaucoup. Une vie d'abus en tout genre, un âge vénérable et une tournée d'adieux avec Black Sabbath laissaient plutôt augurer d'une entrée en retraite bien méritée dans le confort d'un cottage du Buckinghamshire ou de sa résidence californienne en compagnie de la douce Sharon... Ah. Ouais. Bon, on n'a rien dit, son comportement est totalement logique, en fait. Qu'a réservé le Prince des Ténèbres, avantageusement représenté sur une pochette un chouïa moins kitsch que d'habitude, une décennie après sa dernière livraison personnelle ?

Si la question du contenu laisse peu de suspens – ce n'est pas maintenant qu'Ozzy va se convertir au rap, ah ah – la manière dont le plat va être servi aura, comme de coutume, une importance décisive sur son appréciation globale. Ce qui revient à scruter les crédits afin de connaître l'identité des musiciens ayant accepté de se faire escroq..., pardon, de prêter main forte au mari de la manageuse la plus retorse du circuit – un bon tuyau au passage pour connaître les types ayant les meilleurs avocats du milieu. Aux côtés de requins de studio qui ont probablement dû faire l'essentiel du boulot, on retrouve deux ex-Guns N' Roses (pas celui qui couine, évidemment), le moins connu des Red Hot Chili Peppers et Andrew Watt – mais si voyons, l'ex-California Breed qui a sorti un LP en 2014 aux côtés de Glenn Hughes et Jason Bonham. Chez Frontiers. Et qui tient sur Ordinary Man la guitare, la basse et les claviers. Ok, les craintes d'avoir affaire à une production aseptisée au service d'un junk rock bourratif sont maximales. Elles ne seront que partiellement validées. Parce que ce n'est pas après un demi-siècle de carrière que la légende du heavy metal va se laisser neutraliser – de toute façon, ça fait cinquante ans que tous les producteurs de la planète mettent vingt tonnes d'effets dans la voix d'Ozzy pour qu'elle ressemble à celle d'un chanteur (calme-toi, Sharon, pas la peine de lancer un procès en diffamation, on plaisante. Officiellement. En plus, on n'est pas solvable). Le rendu sonore est ample, chargé, presque trop. En revanche, le son compressé des guitares tend à rogner les bonnes idées - au moins Ozzy ne force pas du larynx pour faire le méchant de pacotille sur des grosses grattes néo comme il le faisait dans les années 2000, c'est déjà ça, mais le résultat se révèle peu gracieux. La frustration, maître-mot à l'écoute de l'enregistrement, demeure légère lorsque l'inspiration est restée aux vestiaires – la semi-ballade téléphonée "All my Life" sur laquelle Ozzy nasille le fade refrain ad nauseam et le morne "Eat me" qui ravale l'anthropophagie au rang d'aimable passe-temps.
Les autres pistes contiennent toutes de bons, voire de très bons moments, mais aussi des creux préjudiciables, à l'image de "Today is the End", bâtie sur une sorte de variation au ralenti du thème d'"Enter Sandman" de Metallica que rattrape un refrain aussi inattendu que puissant. Le solo au bord de l'hystérie est lui aussi à ranger parmi les points positifs, mais l'ensemble souffre d'un manque de fluidité qui diminue également l'impact des fervents chœurs féminins irisant "Holy For Tonight", plutôt nonchalant par ailleurs. La charge émotionnelle est davantage au rendez-vous sur la chanson éponyme à laquelle participe Elton John (oui, c'est une ballade avec du piano) et surtout, toute une section de cordes qui dope un joli refrain - pas mal, mais là encore le reste du tire-larmes se situe un cran en-dessous. Un constat quasi-permanent qui s'explique probablement par le court laps de temps qui semble avoir été accordé à l'écriture et la finalisation du produit. Une explication tout à fait convaincante, notamment à l'écoute de "Goodbye", secouée par de salvatrices accélérations entre deux couplets d'une indolence qui confine à la paresse. Le sabbathien "Under the Graveyard" bénéficie lui aussi d'un emballement en fin de parcours, hélas bien trop bref au regard de son refrain pataud mouliné à l'excès – heureusement qu'une mignonne ligne de chant sur la partie acoustique éclaire la sombre mélopée. En ouverture, "Straight To Hell" avait pourtant laissé présager un millésime plus enlevé que les occurrences pré-citées, à la faveur de la technique, certes éculée et un peu fatigante sur la longueur du stop arrêt, avec alternance entre chant et guitare. Néanmoins, ça reste tonique malgré un break apaisé sans saveur qui a le mérite de valoriser le solo à la wah-wah de Slash, aussi sympathiquement prévisible que le « Alright now » balancé par Ozzy sur les premières mesures.
"Scary Little Green Men" constitue certainement le spécimen le plus enthousiasmant du recueil dans la mesure où, hormis une rupture brouillonne à base d'effets, aucun temps faible ne vient tempérer la très bonne impression laissée par la savoureuse ligne de chant, très proche de celle de "Judgment Day" de Whitesnake, un refrain qui s'emballe judicieusement et une batterie obstinée qui maintient la tension jusqu'au bout. De la tension, le potache "It's A Raid" en regorge. Ozzy laisse de côté ses réflexions existentielles pour se lâcher dans un joyeux moment de déconne avec son nouveau pote Post Malone. Le septuagénaire et l'idole des jeunes Nord-Américains se tirent la bourre à coups de couplets a capella ponctués de gros mots et de grosses guitares avant que ne retentisse un refrain gouailleur à rendre dingue. Quel dommage qu'un intermède interminable et sans plus-value vienne casser la belle dynamique qu'un chahut final ne parvient pas à reconvoquer ! Par bonheur, le titre de clôture offre une embellie pour le moins inattendue. Car – ô surprise - il s'agit bel et bien d'un morceau rap. Bon, pas du rap âpre en direct du ghetto – on est à la limite du R&B – mais une succulente et intense mélodie sortie en single qui a atteint le top 10 du Billboard, ce qui n'était plus arrivé à Ozzy depuis la roucoulade "Close My Eyes Forever" avec Lita Ford, il y a plus de trente ans. Pour en arriver là, le papa de la délicieuse Kelly (qui fait des chœurs, quelque part) a évolué aux côtés du rappeur américain Travis Scott dans le film Take What You Want de Post Malone, encore lui. Produite par Andrew Watt, la composition du même nom qui figure sur Ordinary Man était déjà parue en septembre 2019 sur Hollywood's Bleeding, le troisième album du rappeur au visage tatoué qui, disons-le tout net, livre une excellente prestation, toute en sensibilité et vole d'autant plus facilement la vedette à Osbourne que celui-ci n'officie que sur le premier couplet et le refrain qui s'ensuit. Une situation sans doute gênante pour le vétéran qui n'avait pas démérité jusque là, mais finalement déterminante puisque c'est cette collaboration fructueuse qui a décidé le croqueur de chauve-souris le plus célèbre de tous les temps à donner une suite à Scream, après une pause de dix ans.


Ozzy a beau être cassé de partout, il a encore la niaque, l'animal. Malgré des passages faiblards et un son faussement moderne qui aplanit plus qu'il ne met en valeur, Ordinary Man se signale par une variété réjouissante, se partageant entre tempos tranquilles et énergie féconde, même si celle-ci aurait mérité d'être mieux maîtrisée pour emporter complètement l'adhésion. Malgré ces quelques défauts, la réalisation à l'intitulé le plus ironique de l'histoire de la musique recèle de séduisantes trouvailles qui en font une œuvre attachante, témoignant d'une vitalité qui en dit long sur la détermination de son instigateur à suivre jusqu'au bout, même diminué, la rock 'n' roll way of life dans laquelle il s'est engagé à une époque où Jimi Hendrix était encore de ce monde. Alright now!




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