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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 16 mai 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-John Michael "Ozzy" Osbourne
(chant)

-Randall William "Randy" Rhoads
(guitare)

-Robert John "Bob" Daisley
(basse)

-Lee Kerslake
(batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Johnny Cook
(claviers)

TRACKLIST

1) Over The Mountain
2) Flying High Again
3) You Can't Kill Rock And Roll
4) Believer
5) Little Dolls
6) Tonight
7) S.A.T.O.
8) Diary Of A Madman

DISCOGRAPHIE


Osbourne, Ozzy - Diary of a Madman
(1981) - heavy metal hard rock - Label : Jet Records



Alors qu'on le croyait perdu pour toujours et en tout cas pour la musique, enfoncé, défoncé jusqu'aux yeux à force de prise massive de substances dont toutes n'étaient pas forcément illicites, John Michael Osbourne s'est remis dans le jeu à la faveur du succès en 1980 de Blizzard of Ozz, son premier album solo. Logiquement, la suite ne tarde pas à voir le jour et dès l'année suivante, les fidèles de l'ex-Black Sabbath ont l'occasion de satisfaire leur dévotion avec Diary of a Madman, station n°2 de l'opération « Ozzy's resurrection » au visuel possédé. Ça tombe bien, l'enfer est pavé de bonnes intentions.

L'équipe ayant œuvré sur la réalisation antérieure est reconduite à l'identique, y compris la paire rythmique Bob Daisley/ Lee Kerslake malencontreusement oubliée dans les crédits de certaines éditions en tant que musiciens, mais dûment mentionnée à la composition de la plupart des huit nouvelles pistes, dont la punchy "Over the Moutain" en ouverture. Propulsé par un roulement de toms bien serré, un riff en mode forage de plexus envoie le message : ce sera heavy. Certes, le matériel proposé par Ozzy et sa bande n'est pas aussi véloce que celui des jeunes loups affamés de la NWOBHM qui déferlent concomitamment sur le Royaume-Uni. Néanmoins, le climat se durcit, les kitcheries pastorales, synthés pouet pouet et autres effets douteux sont expédiés dans les oubliettes seventies et laissent place à des motifs crunchy à souhait – ce « Par-delà la Montagne » vivifiant, donc, bonifié par un thème d'une simplicité implacable, un break judicieux et un solo vigoureux, à l'instar de la plupart des autres occurrences.
Alors bien sûr, il y a la ballade, "Tonight", qui sent un peu trop la décontraction post digeo, avec son introduction piano-guitare acoustique-basse caoutchouteuse, avant qu'un refrain nasillé par un Ozzy fervent et un solo nerveux musclent un peu l'affaire - dommage que la brève variation harmonique soit suivie d'un retour à la case départ. La parenthèse apaisée s'achève sur une intervention judicieuse de Randy Rhoads, à peine vingt-cinq printemps au compteur, qui confirme ses impressionnantes aptitudes à manier une six-cordes sans se montrer excessivement bavard, ce que l'on reviendrait presque à regretter sur "Flying High Again" qu'il secoue de ses modulations rageuses sans parvenir tout à fait à en contrer la mollesse générale incarnée par un refrain sans grand relief. Cette regrettable rareté est partagée par le très vertical "Little Dolls" pilonné par la quatre-cordes de Bob Daisley qui se fait plaisir en faisant ronfler son instrument sur le final, volant la vedette (enfin, le meilleur second rôle, disons) à Rhoads qui en est réduit à faire crisser ses amplis à coups de larsens. En revanche, c'est bien l'ex-Quiet Riot qui contribue de manière déterminante à dynamiser "Believer", morceau menaçant démarré façon godzilla, entre maelstrom inaugural, riff lourd et saccades – du Sabbath revitalisé, en quelque sorte - grâce notamment à une rupture mélodique un brin théâtrale suivi d'un solo envoyé à toute blinde.
Le Californien n'est pas étranger non plus à l'intensité qui traverse allègrement "S.A.T.O." dont l'acronyme cryptique serait formé avec les initiales des prénoms Sharon, Adrian, Thelma et Ozzy, soit deux paires de couples – Sharon Arden-Levy étant la « taquine » manageuse du nounours toxique. Reste que le titre le plus rapide du recueil, entre guitare feulante et basse déliée à la Geezer Butler, permet à Rhoads de montrer qu'il sait faire autre chose qu'enquiller les triples croches et laisse entrevoir une coloration épique qui irise également le trop étiré "You Can't Kill Rock And Roll" sur lequel Ozzy module cependant avec une conviction manifeste, comme sur le reste de l'enregistrement, compensant des limites techniques – tessiture étroite calée dans les sinus, diction brumeuse – qui font son charme depuis une décennie. Cette promenade, loin d'être désagréable mais en déficit d'audace, est éclipsée par la magnifique chanson éponyme, petit bijou d'arrangements – ces cordes déchirantes, ces chœurs paroxystiques ! - mais aussi d'équilibre entre apaisements, montées en puissance et instants de bravoure, dont ce superbe pont discrètement scandé par un rythme militaire qui aboutit après une mise en tension magistrale à un riff terrassant et inoubliable décoché par un Randy Rhoads au sommet de son art.


Plus cohérent, plus maîtrisé et mieux produit que son prédécesseur, le deuxième effort longue durée d'Ozzy Osbourne témoigne d'une fraîcheur et d'une inspiration que l'on n'espérait plus guère de la part du Prince des Ténèbres, bien épaulé par un personnel habile aussi bien à l'écriture qu'à l'interprétation, dont un Randy Rhoads qui dompte sa virtuosité pour la mettre au service de compositions majoritairement brillantes. Si Diary of a Madman ne renoue pas avec le soufre qui nimbait la plupart des créations du Sabbat Noir, il témoigne à nouveau de la capacité de son ancien frontman à tracer sa propre voie, un peu moins métallique, un peu plus mélodieuse, diablement engageante. Revenu d'entre les morts avec une détermination palpable, Ozzy fonce dans les années quatre-vingts avec un talent certain et un fameux pète au casque : autant dire qu'il va falloir mettre la dose pour l'arrêter.



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