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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 05 mai 2020
Sa note : 17/20

LINE UP

-Marthynna
(chant)

-Geoffroy "D." Delacroix
(chant)

-Albin Julius
(programmation)

-Bain Wolfkind

-Jörg "B" Buchmüller

-Marco Deplano

-Wilhelm Herich

Je suis preneur de toute info additionnelle...

TRACKLIST

1) I
2) II
3) III
4) IV
5) V
6) VI
7) VII
8) VIII
9) IX
10) X
11) XI
12) XII
13) XIII

DISCOGRAPHIE


Der Blutharsch - Time Is Thee Enemy!
(2003) - indus folk - Label : WKN



Et si je commençais la chronique comme un devoir de philo à la con ? « De tout temps, le temps a posé à l’homme... » De tout temps, le temps… moui. Il n’empêche, de Pink Floyd à Norman Meade en passant par Hail Spirit Noir ou Mercyful Fate, ce concept insaisissable et angoissant a inspiré ou affolé pas mal d’artistes. Bon, finis les clichés, rentrons dans le vif du sujet. Albin Julius a lui aussi consacré un épisode de sa saga Der Blutharsch au sablier de Saturne, et pas n’importe quel épisode. Time Is Thee Enemy! se situe justement à un moment de la vie du groupe où l’on sent poindre un changement de cap.

Si le virage tibétano-pantalon pattes d’éléphant de la bande à AJ s’effectue sur The Philosopher’s Stone, à savoir, deux albums plus tard, Time Is Thee Enemy! fissure le bloc martial-indus-ambient que constituait jusqu’alors Der Blutharsch, dans la lignée des travaux tardifs de The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud. Et pas besoin d’attendre la basse, réminiscence du "One of These Days" de Pink Floyd, sur le titre "XII" pour s’en rendre compte. La double entrée de l’œuvre, d’abord en mode indus-ambient sur "I", puis en plan fête woodstocko-païenne sur "II", avertit l’auditeur. Time Is Thee Enemy! est double. Versatile. Cosmopolite, également, puisque le huitième album du groupe est chanté en anglais, en espagnol, en italien et même en français – on saluera au passage la présence de Monsieur Dernière Volonté, Geoffroy D., qui, sur "IX", met son timbre à la Étienne Daho au service d’Albin Julius et ses amis.
Cette multiplication des langues et des chanteurs est à l’image d’une œuvre qui aime brouiller les pistes et plonger l’auditeur dans un abîme de perplexité. Où suis-je, ou plutôt « Quand suis-je ? », pour parodier la série, germanophone, Dark. Der Blutharsch s’empresse bien de ne pas répondre et multiplie les changements d’ambiance et de styles. Si le treizième et dernier chapitre de ce volet de la saga est enregistré en direct depuis un assaut militaire, on oscille entre rondes déjantées pour grands enfants pas sages ("III" et "XII"), sombres intermèdes neofolk ("IV", "VII" et "X"), pièces dark ambient ("VIII") et quelques autres OVNI que vous classerez tout seuls comme des grands ("V" et "XI"). Ces derniers titres sont le signe de la vitalité de cette création atypique bourrée d’idées, et concise, puisqu’elle excède à peine les quarante minutes. Comble du comble, la variété des compositions n’implique pas la sensation d’avoir à faire un travail disparate. Un certain fil conducteur relie les douze pièces du puzzle musical, un esprit mutin, sans doute, presque aussi indéfinissable que le temps, celui qui relie Vienne, Rome et Katmandou.

Dans la très riche discographie de Der Blutharsch, avec ou sans son Église Infinie de la Main Courante, Time Is Thee Enemy! est un morceau de choix. L’album s'avère être un véritable concentré du savoir faire à multiples facettes du créateur du projet. Il constitue un point d’inflexion dans le cheminement du groupe, toujours plus à l’Est. Impressionnant.


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