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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 28 avril 2020
Sa note : 19/20

LINE UP

-Bob Mollema
(chant)

-Mink Koops
(guitare+basse+piano+batterie+percussions)

A participé à l'enregistrement :

-Thomas Cochrane
(trompette+trombone)

TRACKLIST

1) Tere muur
2) Nasleep
3) Euwige ram
4) Vlek
5) Maanruïne

DISCOGRAPHIE

Bloem (2020)

Fluisteraars - Bloem
(2020) - post rock black metal - Label : Eisenwald



-Tu vois, moi, j’ai tellement de bouteille, que les groupes, j’les capte à la première.
-Ah ?
-Prends Fluisteraars par exemple. Je les ai captés tout de suite ! Ces mecs sont influencés par le neo-folk et le post-rock ! Quand on a développé un degré d’intuition comme le mien, ça se sent tout de suite! J’ai lu un bouquin l’autre jour, Diabolus in Musica. Le héros, c’est un « Empfand ». C’est de l’allemand, ça veut dire intuitif. C’est moi, ça !
-Un Empfand hein…
-Ouaip !
-Alors tu vois, c’est amusant parce que, justement, les gars de Fluisteraars  viennent de créer une playlist Spotify où ils mettent les titres qui les ont le plus influencés pour leur nouvel album…
-Ah…
-Pas un titre de neofolk, pas un titre de post-rock… Un Empfand… T’as essayé de te désinfecter les bronches à la javel aussi ?
-Mais voyons… cette liste… c’est un fake ! Fake news !

Bam, sur le coin du museau ! J’ai cru tout piger aux influences de Fluisteraars, et apparemment, j’avais tout faux. Cet usage grave et mélancolique des cuivres, j’y voyais un emprunt à Death In June qui, de temps en temps, donne de la trompette. Cette tension permanente que l’on sent en filigrane, comme un léger courant d’électricité, prenant le devant de la scène lors du final de "Nasleep" le magnifique, j’y voyais un hommage à Godspeed You! Black Emperor. Raté. Leur playlist « influentielle » est pleine de groupes que je ne connais pas, Brian Eno et Captain Beefheart mis à part, mais Bloem semble avoir été conçu à base d’écoute de rock psychédélique des années soixante-dix et quatre-vingts. Et de black metal également. Parce que, malgré tout, le troisième reste dans la sphère black metal. Post-black pour être plus précis. Cadence élevée, clusters aigrelets, nous nous situons dans le groupe des disciples d’Enslaved période Isa/Ruun, sans aucun doute, un peu comme les regrettés Wildernessking. Fluisteraars, les Murmureurs néerlandais, partagent avec les Sud-africains une vision du black metal poétique et éloignée de l’imagerie à cornes habituelle. La pochette peut être perçue comme un pied de nez, une provocation ou une envie de faire le buzz, mais elle est pourtant raccord avec l’ambiance créée.
À l’exception de "Eeuwige ram", où il privilégie un chant « clair », bien rauque toutefois, Bob éructe en mode Grutle Kjellson et le groupe peut sonner de manière agressive, comme sur "Nasleep", mais leur musique s’échappe, elle monte, prend de la hauteur. Bloem tend à une certaine universalité du sentiment et engendre chez l’auditeur attentif une paisible nostalgie, l’envie d’aller ailleurs, vers un monde plus tranquille, alternatif. Du post-rock, je vous dis ! Cinq titres, cinq impeccables morceaux d’architecture sonore, surprenants à la première écoute, trompette et trombones obligent, mais devenant rapidement terriblement accrocheurs. Les titres démarrent généralement de manière conventionnelle puis s’envolent pour nous faire atterrir au milieu de paysages variés. Du simple et désarmant final de "Nasleep", évoqué précédemment, à la clôture légèrement cuivrée et puissamment mélancolique de "Vlek", en passant par la fin 100% Summoning d’"Eeuwige ram", Fluisteraars surprend, émeut et émerveille. Je n’oublie pas non plus l’épique "Maanruïne", où chœurs et trompette embaument le cœur, ni "Tere muur", le plus classique et enslavedien des morceaux proposés, mais d’une qualité égale à celle de ses petits camarades. Bloem est un album de qualité extrême. Captain Beefheart ou Current 93, qu’importe la provenance, Les artistes ont réalisé une œuvre d’exception, point.

Attention, chef-d’œuvre. Fluisteraars prend une impulsion dans le monde du black atmo et s’envole. Sa créativité n’a d’égale que la simplicité apparente de mélodies qui transcendent la classification en genre. Émotion et images. Bloem est un poème. Merci à vous. Et pas de javel, s’il vous plaît.


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