18308

CHRONIQUE PAR ...

5
Fishbowlman
Cette chronique a été mise en ligne le 08 avril 2020
Sa note : 10/20

LINE UP

-Steven Victor "Steven Tyler" Tallarico
(chant+harmonica+claviers+percussions)

-Joseph Anthony "Joe Perry" Pereira
(chœurs+guitare+percussions)

-Bradley "Brad" Ernest Whitford
(guitare)

-Thomas "Tom" William Hamilton
(basse)

-Joseph "Joey" Michael Kramer
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-John Webster
(chœurs+claviers)

-Ramesh Mishra
(sārangī)

TRACKLIST

1) Nine Lives
2) Falling In Love (Is Hard On The Knees)
3) Hole In My Soul
4) Taste Of India
5) Full Circle
6) Something's Gotta Give
7) Ain't That A Bitch
8) The Farm
9) Crash
10) Kiss Your Past Good-Bye
11) Pink
12) Falling Off
13) Attitude Adjustment
14) Fallen Angels

DISCOGRAPHIE


Aerosmith - Nine Lives
(1997) - hard rock - Label : Columbia



Ah, l'énigme Nine Lives, vraiment un album toujours aussi difficile à cerner pour moi, plus de vingt ans après sa sortie. D'un côté, on pouvait se réjouir d'un aspect plus pêchu et agressif qui revient chez Aerosmith, après des Get A Grip et Pump très tape-à-l’œil, ultra calibrés pour MTV, ce qui pouvait finir par taper sur le système. Oui, Nine Lives était l'album du retour au hard rock d'Aerosmith, qu'on se le dise ! Du moins, c'est comme ça que la presse spécialisée nous avait vendu Nine Lives à l'époque ! J'ai encore en mémoire un numéro de Hard n' Heavy annonçant la sortie de Nine Lives, avec interview « exclusive » d'Aerosmith au grand complet... Alors attention, Nine Lives était déjà vendu comme un chef-d’œuvre, une bombe... C'était l'époque où Hard n' Heavy était encore un bon magazine, ce qui n'a pas duré bien longtemps par la suite... C'est sûr, après Get A Grip qui fut l'album le plus vendu de toute la carrière d'Aerosmith, Aerosmith envoyait encore du rêve et les performances live du collectif étaient toujours à la hauteur de sa réputation (le live A Little South Of Sanity sera d'ailleurs là pour en attester). Autrement dit, en 1997, Aerosmith n'était pas encore devenu un groupe de vieux croulants...

L'enregistrement est produit par Kevin Shirley, pour apporter une touche moderne « nineties » et dont je n'apprécie que modérément les productions, même s'il faut bien reconnaitre que le style Shirley convient bien mieux à Aerosmith qu'à Iron Maiden. Ah, j'ai encore en mémoire les chroniques dithyrambiques sur Hard n' Heavy, annonçant "Something's Gotta Give", "Ain't That A bitch", "The Farm" et "Kiss Your Past Good-Bye" comme des bombes à retardement, avec du Aerosmith furieux, heavy par moments... Nous allions voir ce que nous allions voir ! En fait, Aerosmith se veut plus contemporain en cette année 1997, avec des incursions vers un rock « alternatif », un son plus sale et « grunge », cela correspondait bien aux aspirations et aux modes du moment. Les guitares ont un son plus sale, moins « mainstream » que sur Pump et Get A Grip, ce qui peut paraître rassurant à première vue. Nine Lives a été introduit par le sympathique single "Falling In Love", dynamique, couplet pop à la U2, section de cuivres rappelant les années fastes de Permanent Vacation, Pump et Get A Grip. Commercial, certes, mais la qualité est tout de même au rendez-vous donc ça va. En titre d'ouverture, miaulements de Steven Tyler en prime, on a même du pur hard rock, "Nine Lives", et là on se dit que oui, y'a moyen que Nine Lives soit plus pêchu que Get A Grip, avec moins de ballades.
Perdu : la ballade sirupeuse "Hole In My Soul" est bien calibrée pour MTV et elle ne restera pas dans les mémoires, à l'instar de "Cryin'" en son temps sur Get A Grip. Et "Full Circle", encore une autre ballade, plus "cool" à première vue avec ses relents « country » et « sudiste », mais au final sirupeuse elle aussi et sans grand intérêt. Et c'est quoi ce refrain enfantin ? On se croirait sur une B.O. de Walt Disney ! Seul bon moment de "Full Circle" : le solo de guitare, qui vient rappeler qu'Aerosmith sait toujours faire du hard rock. Pas de bol, ce solo de guitare dure moins de trente secondes, format radio oblige ! Il y a encore "Taste Of India" et ses incursions orientales réussies (le "Kashmir" d'Aerosmith) et du hard rock qui bastonne avec "Crash"... et ce sera tout en fait ! Aller, en étant gentil, on peut rajouter "Something's Gotta Give", plus boogie et plus pêchu que le reste... car le reste, c'est la misère ! Avec Nine Lives, c'est plus que jamais le règne des compositeurs extérieurs chez Aerosmith, avec les Marti Frederiksen, Richie Supa, Desmond Child, Glen Ballard, Mark Hudson, Dominic Miller, Taylor Rhodes, Steve Dudas... Bon, à la limite, le faiseur de tubes Desmond Child est à l'origine de grands classiques comme "Heart's Done Time", "Dude (Looks Like A Lady)", "Angel" et "F.I.N.E." et le guitariste Richie Supa a déjà composé pour Aerosmith "Lightning Strikes", "Chip Away The Stone", "Amazing" donc tant que la qualité est présente, qu'elle provienne de compositeurs extérieurs n'est pas forcément un problème.
Sauf que pour Nine Lives, les compositeurs extérieurs n'apportent rien de bon, hélas. D'autres titres apparaissent même bâclés comme "The Farm", "Attitude Adjustment" et "Kiss Your Past Good-Bye", se voulant « grungy » par le biais des guitares, mais leurs refrains sont immondes avec ces violonades nineties. Pas de doute, Aerosmith a bien écouté Oasis, Red Hot Chili Peppers, ou même Ben Harper, et c'est difficile à réécouter aujourd'hui, avec tous ces arrangements typiquement années quatre-vingt-dix. C'est valable également pour "Ain't That A Bitch", qui commence pourtant bien avec son intro jazzy, pour ensuite finir dans la mélasse.Nine Lives, c'est l'album où les ballades d'Aerosmith commencent à dauber. Avant Nine Lives, il y avait déjà eu beaucoup de ballades, c'était parfois "too much" sur Get A Grip, mais la qualité était présente. Avec Nine Lives, on voit l'Armageddon débarquer à dix kilomètres, avant le cauchemar final de cette fin de siècle : "I Don't Want To Miss A Thing" ! Donc des ballades sans intérêt comme "Fallen Angels" (un refrain mielleux au possible !) et "Pink" : cette dernière, décontractée et pop, aura sa petite heure de gloire sur MTV... mais on est quand même loin de la qualité des ballades passées d'Aerosmith ("Cryin'", "Amazing", "Angel", "Mia", "You See Me Crying", "Dream On", pour ne pas les nommer).


"Falling Off", chanté par Joe Perry, permet de souffler un peu au milieu de toutes ces mièvreries, même si là encore, Joe Perry nous avait habitué à bien mieux en matière de rock n' roll, ne serait-ce que sur l'excellent "Walk On Down" présent sur Get A Grip ! Étrangement, même Just Push Play (2001), pourtant ultra commercial (et totalement assumé dans ce registre), sera plus inspiré que ce Nine Lives faussement « grungy » et « rock alternatif », largement surestimé par la presse musicale à sa sortie, ce qui peut s'expliquer par tout ce qu'Aerosmith représentait à l'époque : on sortait de trois grands succès commerciaux avec Permanent Vacation, Pump et Get A Grip, alors Nine Lives était attendu comme le Messie. Avec le recul et les années passés, les critiques sont revenues à la raison et Nine Lives est rarement cité comme une référence dans la carrière d'Aerosmith: ce n'est pas pour rien.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5