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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 16 mars 2020
Sa note : 12/20

LINE UP

-Jacopo Meille
(chant)

-Robert Mortimer "Robb" Weir
(guitare)

-Michael "Micky Crystal" McCrystal
(guitare)

-Gavin "Gav" Gray
(basse)

-Craig Ellis
(batterie)

TRACKLIST

1) Worlds Apart
2) Destiny
3) Rescue Me
4) Raise Some Hell
5) Spoils of War
6) White Lines
7) Words Cut like Knives
8) Damn You!
9) Love Will Find a Way
10) Art of Noise
11) Sail On

DISCOGRAPHIE

Wild Cat (1980)
Ritual (2019)




Vingt ans que Robb Weir a remonté Tygers of Pan Tang et sort régulièrement des albums aux pochettes félines dont la plupart constituent de véritables déclarations de guerre à la corporation des ophtalmologistes. Celle marron sur fond noir du nouvel enregistrement dénommé Ritual devrait avoir un impact limité sur l'acuité visuelle des personnes qui en auraient pris connaissance mais ne rassure pas vraiment sur le contenu qu'elle est censée illustrer. Du heavy metal enlevé à la mode eighties, c'est acquis, mais sera-t-il assez racé pour déclencher des rugissements de plaisir chez l'auditeur ?

Il convient d'emblée d'informer les doux rêveurs espérant le retour de la formation britannique à ses premières amours échevelées, celles qui portaient à incandescence le mirifique Wild Cat, chef d'œuvre inégalé de la New Wave of British Heavy Metal: ils seront une nouvelle fois déçus. En effet, l'option hard rock mélodieux tendance AOR reste plus que jamais d'actualité et la probabilité que cela change flirtera toujours avec le zéro tant que Jacopo Meille demeurera derrière le micro. Celui-ci module avec aisance dans des aigus majoritaires dépourvus de toute agressivité, sans toutefois en faire des caisses en matière de vocalises stridentes comme certains de ses fatigants confrères. Harmonieux mais peu varié, son timbre contribue à lisser une réalisation qui n'avait pas besoin de cela pour baigner dans une certaine forme d'uniformité. Qui se dédouble néanmoins en deux tendances: la vive et la pépère. Cette dernière est incarnée par une grosse poignée de mid tempos régulièrement interprétés, l'habile Micky Crystal confirmant une fois de plus ses aptitudes à tricoter des solos qui tiennent la route, tels ceux vivifiant "Destiny" et "Spoils of War". En revanche, les chansons ne se distinguent pas par leur originalité décoiffante, et faute de thèmes accrocheurs, peinent à déclencher l'enthousiasme – ainsi le vaguement glamisant "Rescue Me" aux chœurs timides sonne bien pataud en comparaison des euphorisantes ritournelles lâchées récemment par Crashdïet. Il en est de même pour la réglementaire ballade intitulée "Words Cut like Knives", écho lointain de "There Stood the Fence" de Toxik ne suscitant pas autant d'entrain que son aînée, faute d'idées marquantes pour tonifier un schéma ultra convenu à base d'arpèges liminaires, d'arrivée de grosses guitares à mi-parcours et du solo épique de rigueur. Toutefois, tout ceci est bien amené et bien produit, laissant penser que la besogne n'a pas été bâclée.
Quant aux occurrences les plus véloces, si elles rappellent les capacités de Tygers of Pan Tang à durcir le ton, elles tiennent rarement les promesses initiées par une mise en bouche alléchante, à l'instar du motif nerveux comme du Maiden eighties accéléré en amorce de l'inaugural "Worlds Apart" que dévitalise un refrain en dedans ou encore l'introduction à la façon du Judas Priest période américaine de "White Lines", par ailleurs dénué de passages mémorables - constat applicable également aux énergiques "Damn You!" et "Art of Noise". L'écoute de ce dernier confirme que le chant aimable de Mielle ne convient pas totalement aux compositions les plus alertes du quintet – même l'aguicheur John Deverill était plus incisif sur les réalisations des années quatre-vingts. Justement, le riff speedé de "Raise Some Hell" trahit une proximité patente avec celui de "Hellbound", l'un des meilleurs titres enregistrés par le successeur du rocailleux Jess Cox, vingt-huit ans auparavant. Hélas et une fois encore, le refrain n'est pas à la hauteur. "Sail On", ultime piste au long cours [nda : vous l'avez ?] dotée des même caractéristiques ainsi que d'une voix off aquatique moins convaincante que celle d'une attraction à Europa-Park ne change guère la donne et n'arrive pas une seconde à concurrencer sa tonitruante homonyme créée par The Night Flight Orchestra. Pour être complètement  honnête, on ne se faisait pas beaucoup d'illusions.


Légèrement décevant au regard du recueil précédent, Ritual confirme cependant le savoir-faire de Tygers of Pan Tang en matière de morceaux solidement charpentés, exécutés dans les règles de l'art. Malheureusement, les exemplaires garnissant le douzième LP du collectif de Whitley Bay sont dépourvus de l'inspiration qui les aurait portés au-delà de simples manifestations d'un travail bien fait. Un R.A.S. serait en l'espèce sévère – il n'y a rien de désagréable à écouter ce heavy entre deux eaux, tantôt énervé, tantôt placide. Reste que pour décoller en compagnie des bestioles anglaises, le plus sûr est d'aller les voir sur scène, là où même leur affable chanteur sait se montrer... mordant.


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