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CHRONIQUE PAR ...

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Moland
Cette chronique a été mise en ligne le 10 mars 2020
Sa note : 18/20

LINE UP

-Heidi Moore
(chant)

-Mike Yeager
(chant)

-Sean Robert Mehl
(guitare)

-James Magruder
(guitare+basse)

-Eva "Vonne" Aldridge
(alto)

-John Schiller
(basse)

-Josh Dawkins
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement:

-Jarboe La Salle Devereaux
(chant)

-Dylan W. Desmond
(chant)

-Emil Rapstine
(chant)

-Pablo C. Ursusson
(chœurs)

-Michael "Thor" Harris
(clarinette+percussions)

-Tim Duffield
(violoncelle)

TRACKLIST

1) Szygy
2) The Seer's Embrace
3) Vernal Equinox
4) Empty Hands, Hollow Hymns
5) Hewn From Falling Water
6) Of Moss and Stone

DISCOGRAPHIE

Elegy (2019)




Non, ce n’est ni Bruce Springsteen, ni Brendan Perry (chanteur de Dead Can Dance), encore moins Nick Cave qu’on entend pousser la chansonnette sur le titre d’ouverture de Elegy. Il s’agit de Mike Yeager, chanteur principal du groupe et Emil Rapstine, celui de The Angelus, l'un des nombreux invités parmi lesquels Jarboe, la figure emblématique féminine des Swans, groupe culte ayant influencé moult groupes d’indus et de sludge, entre autres genres. Sa présence sur cet album ne relève pas du hasard, Dead to a Dying World ne fait d’ailleurs rien au hasard.

Il suffit d’observer ne serait-ce que la construction de cet album monumental, composé de trois longs titres épiques d’une richesse folle entrecoupés de morceaux plus courts qu’il serait idiot de réduire au rang d’interludes, tant leur force émotionnelle n’a absolument rien à envier aux pièces plus longues, pour constater l’extrême soin apporté à tous les compartiments de cet œuvre monstrueuse. Pris dans son ensemble, Elegy se montre exigeant - il faudra moult écoutes pour en dégager toute la substantifique moelle - les voyages risquent de se révéler longs et non exempts de nouvelles surprises dévoilées à chaque nouveau cycle. Prenez par exemple 1e morceau épique, "The Seer’s Embrace". En onze minutes, vous passez du black metal pur et dur (début du titre) avant de glisser vers le post-rock, que Godspeed You! Black Emperor ou Mogwai ne renieraient pas, à grands renforts de violoncelle et de vocalises éthérées. Puis, de finir sur une montée où le chant propre au black se mêle aux plaintes des violons et à la fureur tellurique des guitares. À vous en foutre la chiale. Vous n’en êtes alors qu’au début du recueil.
Quoi qu’il en soit, si les arrangements se montrent travaillés, il en va de même pour les mélodies. Et ça colle aux atmosphères en lien avec le concept de l’album - en gros, l’histoire de la solitude d’un survivant après l’extinction de la race humaine, suite aux choix désastreux de l’Homme. Les Texans mélangent avec un réel bonheur ces éléments black metal et post-rock, avec l’intervention d’instruments comme l'alto et le violoncelle, pour dépeindre leur univers post-apocalyptique dans lequel la nature reprend ses droits. On ne va pas chercher l’imagerie propre au Wasteland de Mad Max mais plutôt celle qui célèbre la victoire de Mère Nature sur les infamies humaines. En clair, Dead To A Dying World ne verse pas dans le black metal des grands lacs de Finlande, mais caresse davantage la terre chaude des vastes plaines arides de l’Ouest américain. Même lorsque le chant se montre plus agressif, râpeux et torturé, il ne se dépare jamais de cette mélancolie qui habite toute la musique du collectif.
Un sentiment d’inéluctabilité se lie à celui de fatalité, et le fruit de cette union subtile habite l’enregistrement dans son ensemble en l’enveloppant de son ombre épaisse. Sur "Empty Hands, Hollow Hymns", à défaut de chevaucher un puissant destrier, on dévale pieds nus les pentes brûlées des prairies sauvages pour emplir ses poumons de l’air rendu à sa pureté originelle. Avant de sonder sa propre âme devant un feu de camp dévoilant mille et une esquisses des secrets de la vie dans ses fumerolles dansantes. En d’autres termes, ce genre de titre, de par ses ruptures, ses transitions, ses arrangements, ses mélodies, invite à la transe, une transe cathartique et salutaire. Si vous avez poussé l’écoute jusqu’à cette chanson, vous êtes préparés a priori pour le final, "Of Moss And Stone", réunissant toutes les composantes d'Elegy, dans une apothéose d’émotions. Intro solennelle avec force violoncelles, cavalcade chaloupée, vagues successives de coulées de lave plaintive emportant tout sur leur passage, explosion de fureur brute, calme empli de cendres et de poussière, envolées post-rock mêlées à la rage du black metal, tout y est.

Vous les avez vues passer, les quatorze minutes ? Si votre réponse est négative, vous pouvez naturellement enclencher une nouvelle écoute de l’album qui vous promet de nouvelles sensations. Nous, on a pris un peu d’avance.


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