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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 06 mars 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Kevin Heybourne
(chant+guitare)

-Kevin "Skids" Riddles
(chœurs+claviers+basse)

-Dave Hogg
(batterie)

TRACKLIST

1) Angel Witch
2) Atlantis
3) White Witch
4) Confused
5) Sorcerers
6) Gorgon
7) Sweet Danger
8) Free Man
9) Angel of Death
10) Devil's Tower

DISCOGRAPHIE

Angel Witch (1980)
Angel of Light (2019)

Angel Witch - Angel Witch
(1980) - heavy metal N.W.O.B.H.M. - Label : Bronze Records



1980, année magique irisée de tant de belles promesses, touche à sa fin, et nombre de collectifs de la bouillonnante New Wave of British Heavy Metal (NWOBHM) trépignent aux portes du paradis - autrement dit un studio affecté par une maison de disques avec un producteur dedans. Angel Witch, l'un des candidats à la renommée, parvient in extremis à s'incruster à la fête décennale initiée, entre autres, par Diamond Head, Vardis, Girlschool, Saxon, Def Leppard et les ineffables Tygers of Pan Tang. Et compte tenu de ce que la formation britannique a montré jusqu'alors, sa présence est parfaitement justifiée.

Il faut dire qu'Angel Witch, créé en 1977, est parti fort en sortant dès 1978 une démo consistante complétée par une petite sœur l'année suivante. De concerts vibrants donnés à Londres en compagnie des autres gangs du renouveau métallique, dont Iron Maiden et Samson, en participations à d'emblématiques compilations, la voie royale vers le succès semblait toute tracée. Sauf que le single sorti par la prestigieuse compagnie EMI n'est resté qu'une semaine dans les charts, à la dernière place. Contrat rendu. Qu'à cela ne tienne, Bronze, le label abritant Girlschool et Motörhead, récupère les ex-Lucifer et publie rapidement leur premier LP, dans la foulée d'un single homonyme. Ce dernier, dynamisé par un motif épileptique se retrouve logiquement en ouverture du long-jeu: tempo enlevé, refrain addictif, pont d'une joyeuse balourdise assaisonnée de chœurs pseudo virils - bref, un hymne à même de rivaliser avec "Heavy Metal Mania" d'Holocaust. L'allure reste globalement élevée, bonifiant certaines pistes un peu moins marquantes quoique tout à fait réjouissantes comme "Atlantis", tendue de bout en bout si l'on ose dire et "Sweet Danger", le single météorique susmentionné à la joviale simplicité. Même les morceaux débutés en mid tempo finissent par se faire emporter par d'irrésistibles accélérations décochées par le trio, que ce soit le raisonnable "Gorgon" qui évoque une version ramassée de l'ample "Overture" de Def Leppard et surtout deux autres moments forts du recueil - "White Witch" au refrain immédiatement mémorisable, secoué d'embardées heavy entre deux accalmies et "Sorcerers", dont l'atmosphère intrigante et fortement réverbérée à la "Remember Tomorrow" de la Vierge de Fer se fait battre en brèche par une montée en tension débouchant sur un superbe solo de guitare relayé par un orgue allègre.
Cependant, à l'instar de la quasi totalité des productions NWOBHM, Wild Cat des Tygers Of Pan Tang faisant office de vigoureuse exception, le son d'Angel Witch ne se signale pas par une puissance démesurée, bien qu'assurée par Martin Smith qui a notamment travaillé avec Electric Light Orchestra, pas précisément le gang punk du coin. Il n'est guère étonnant dans ces conditions d'avoir affaire à une production plutôt accorte, laissant filtrer quelques plaisantes lignes de claviers seventies et favorisant le chant médium pas toujours impérial de Kevin Heybourne, qui s'en sort tout de même honorablement derrière le micro malgré quelques screams étranglés mais n'a pas le charisme vocal des Sean Harris, Paul Di Anno, Biff Byford et Bruce « Bruce » Dickinson de Samson. Heureusement, une chorale harmonieuse vient régulièrement à son secours et le blond leader s'en sort magistralement à la six-cordes, lâchant riffs et solos intenses certes pas toujours valorisés, mais davantage que la batterie dont la mise en retrait explique en partie un déficit de punch préjudiciable. La basse rondouillarde de Kevin Riddles a quant à elle les coudées franches, flirtant avec le disco sur "Confused", occurrence trop courte dont le refrain aussi simple qu'accrocheur aurait mérité d'être reconvoqué en fin de parcours.
Néanmoins, il ne faut pas s'y tromper: derrière l'ambiance décontractée à base de chemises à fleurs et pattes d'eph' - le satanisme affiché n'est qu'un alibi - le propos général reste âpre et alerte, en dépit de quelques scories passéistes, essentiellement contenues dans l'anachronique "Free Man", ballade gorgée d'échos faisant songer à une version à peine plus musclée que celles proposées par Robin Trower et Scorpions époque Uli Jon Roth, figures emblématiques des années soixante-dix. Alors que les nervosités majoritairement expédiées par Angel Witch annoncent quant à elles l'urgence d'un renouvellement métallique. Auraient pu s'y ajouter favorablement le sombre "Baphomet", dont la citation sur la référentielle compilation Metal for Muthas a contribué à accroître l'audience de la section anglaise et surtout "Extermination Day", froid, âcre et rampant, figurant sur une autre compilation, Metal Explosion, à la suite d'une session d'enregistrement effectuée pour l'émission The Friday Rock Show à la BBC. Leur non-sélection sur l'album est dommageable mais grandement rattrapée par le dur et malsain "Angel of Death", qui progresse inexorablement sous les coups de boutoir heavy d'un thème impitoyable et d'une basse en scansion inhabituellement malaimable. À la fois simple et épique, le titre suinte la malfaisance et s'achève dans des crissements infernaux: le changement de ton est donné.


Partiellement émoussé par une production un peu trop fluette et une playlist carentielle, l'effort longue durée inaugural d'Angel Witch révèle pourtant un groupe de grand talent, emmené par son principal instigateur Kevin Heybourne qui a trouvé le mojo pour délivrer des compositions enthousiasmantes et varier les climats, entre euphorie et cauchemar. Les fougueux Londoniens démontrent à la faveur de cette œuvre encourageante qu'ils ont le potentiel, artistique du moins, pour lutter avec les meilleures escouades de la NWOBHM. Encore faut-il prendre les bonnes décisions pour s'en donner les moyens. Car si cet espoir des plus sérieux a cassé avec EMI, c'est également parce que Heybourne et son papa craignaient qu'Angel Witch fût traité avec moins d'égards qu'Iron Maiden qui venait d'intégrer la même écurie, préférant se manager tout seuls. Pas besoin d'être devin pour comprendre que le chemin vers le sommet chanté par Bon Scott s'annonce en l'espèce particulièrement tortueux.


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