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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 22 février 2020
Sa note : 17/20

LINE UP

-Andreas "Heljarmadr" Vingbäck
(chant+guitare+claviers)

-Maugrim
(guitare)

-David "Vediger" Kareketo
(basse)

-Dimitri "Dimman" Jungi
(batterie+claviers)

A participé à l'enregistrement:

-Michelle "Mortifero" Bouma
(chœurs)

TRACKLIST

1) Till sörjerskorna
2) King of Decay
3) Hveðrungs Mær
4) Krig
5) Gjallarhorn
6) Dead Old Eyes
7) The Devil's Tribe
8) Väsen

DISCOGRAPHIE

Väsen (2018)

Grá - Väsen
(2018) - black metal - Label : Carnal Records



Ok, je vous vois venir avec vos grands sabots: non Grá n’a aucun lien avec le gras des cochons que vous êtes. Sachez pour votre culture que Grá en islando-suédois (puisque c’est une mixture des deux langues en l’occurrence) signifie gris tout bêtement. Rentrez les calembours et bordez mémé. Ceci étant réglé, Grá (quel nom de groupe pour un Français quand même !) opère dans un black metal tout ce qu’il y a de plus classique... ou non.

Classique et non gras (ah ah ! il fallait qu’elle sorte celle-là). Car il s’agit bien d’un black froid, sec et cruel que voici. Le groupe ne tourne pas autour du pot afin d’annoncer la couleur: blast immédiat agrémenté d’un superbe riff tournoyant pour débuter les hostilités. Fort heureusement cette guerre n’est pas totale, tout du moins ne se situe-t-elle pas uniquement sur la ligne bas-du-front pour notre plus grand plaisir. Écoutez la très Endstille "Hveðrungs Mær" (signifiant probablement « A tes souhaits » en suédois). C’est lourd, massif et ça s’étire le long de votre âme. Les Suédois ont bien quelque intelligence à revendre et si le recours au blast représente la majorité (bien déclinante sur la deuxième partie), les passages dits de variation s’échelonnent le long de l’album avec une fréquence agréablement élevée.
Variations qui évidemment aèrent un propos point trop chargé mais savamment distillé. Les riffs simples prennent aux tripes, excellemment portés par un son d’une pertinence folle. Bien enregistré en même temps que grésillant, on retrouve le souffle glacial des taïgas scandinaves indispensable à l’exécution méthodique de l’art noir. Non contentes de jouer de la sinusoïde du tempo, les compositions s’enrichissent d’apparitions furtives mais brillamment dosées des claviers. Çà et là vous sentirez le doux fumet symphonique d’un Emperor dans toute sa discrétion. Paradoxal n’est-il pas ? Pour ne rien gâcher, le vocaliste officie dans un raclage en règle parfaitement dans les codes du genre sans se départir d’une personnalité qui lui octroie le rang d’intéressant voire excellent.
C’est ici qu’il convient de remballer tous les mauvais jeux de mots qui ont pu naître dans notre sombre esprit afin de poser le genou à terre et d’accorder à cette troupe forcément nordique tout le respect qui lui est dû. Ce qui est un troisième effort longue durée invite à la découverte des précédents étant donné la qualité de ce qui est présentement proposé à nos conduits auditifs, ravis de l’expérience. Se savoir en 2018 avec un black metal quasi rafraîchissant - "Gjallarhorn" est à ce titre chaudement recommandée à quiconque aspire à l’écoute d’un black original et parfaitement exécuté - perce notre pompe à sang d’effluves langoureuses difficilement avouables. La ligne de claviers en ouverture se révèle un piège à nostalgie tandis que le mid tempo qui s’installe en arrière plan soutient un riff en droite ligne avec la qualité générale de tout l'enregistrement.


Vous l’aurez sans doute compris si les neurones restant à votre disposition sont plus ou moins en état de fonctionner, il y a ici coup de cœur. Le mieux dans l’affaire, c’est que Grá pourra même contenter des personnes plutôt obtuses au genre (si tant est que le chant black metal ne les rebute pas). En effet, avec une première partie somme toute classique, se mêle une autre moitié échevelée en terme d’originalité.


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