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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 08 février 2020
Sa note : 17/20

LINE UP

-Drastus
(chant+guitare+basse)

A participé à l'enregistrement:

-Kévin Paradis
(batterie)

TRACKLIST

1) Nihil Sine Polum
2) Ashura
3) Crawling Fire
4) The Crown of Death
5) Hermetic Silence
6) Occisor
7) Constrictor Torrents

DISCOGRAPHIE


Drastus - La croix de sang



Dans la série des artistes comètes, Drastus fait partie du haut du panier probablement dans la scène underground black metal française. En effet, telle la comète, il passe, éblouit, puis repart pour ne revenir que bien plus tard. Cela faisait dix ans que la horde sauvage des adorateurs n’avait plus rien entendu d’un groupe qui a su marquer au fer rouge ses fidèles via un album, et surtout un EP Serpent’s Chalice qui a imposé une marque de fabrique exigeante tout autant qu’exquise.

Et voici qu’en 2019 le one man band (même s’il est tout de même accompagné de Kévin Paradis, le batteur de session que toute la France du metal extrême s'arrache - détail non négligeable étant donné que l’évitement d’une boîte à rythme apporte un réconfort non mesurable dans le cœur de votre chroniqueur préféré) refait surface. Des bulles d’oxygène vicié qui remontent pour percer le liquide noirâtre qui fait office de mer. Une mer de sang, cramoisie par la chaleur indécente du soleil couleur ébène qui inonde cette masse mouvante. Drastus apporte à celui qui le découvre des pensées absconses, vibrantes d’émotion. Plus qu’un ressenti, voici une distinction dont le Français s’entiche avec vigueur. Telle une écharpe roucoulante prête à tout instant à refermer son étreinte sur votre gorge, la musique de Drastus va s’agripper à vous, vos tripes pour ne plus vous lâcher. Car ici réside l’exigence formelle d’un monde musical qui ne se drape pas d’une technique à vous retourner le cerveau.
Non, loin de là. Ce qui rebute instinctivement, c’est bien cette ombre filiforme qui guette la moindre de vos réactions, comme un super-prédateur prêt à fondre sur vous à l'esquisse subreptice d’un signe de faiblesse. Les compositions de Drastus sont ainsi insidieuses. Leur caractère dissonant les fait glisser spontanément hors de portée de l’accroche immédiate. Leur longueur, jamais insupportable au demeurant, impose la concentration et la disponibilité de celui qui souhaite plonger dans son monde. Puis il faudra comprendre le message véhiculé. La haine palpable du genre humain qui semble maintenir tout l’édifice en vie. Sa dévotion pour un monde sombre et reclus. Cette troupe de un, c’est ça. L’émotion avant la satisfaction et une sacrée dose d’atmosphère qui va au-delà de la musique. Tant et si bien qu’on ne parle presque pas riff ou composition. Leur présence est manifeste, mais tout est à la disposition du but ultime qu’est la confection d’un monde unique.
Pourtant ne pensez pas Drastus totalement isolé et hermétique à toute influence extérieure. On perçoit une lignée avec des manifestations noires comme Aosoth pour ce sens des guitares abrasives et la dissonance quasi mélodique qui en ressort. L’orthodoxie d’un Ondskapt première période perce également. En fait le suppôt diabolique compile tout ce que le black metal a pu produire de plus environnementaliste. Il faut lire ça dans le sens « qui produit un environnement », cette recherche visant à plonger l’auditeur dans une bulle et le contraindre à y rester le temps d’un album, pour s’y perdre, pour réfléchir à sa condition, pour sucer la moelle du sang. En découle une quasi disparition de la notion de chanson tant tous les titres semblent se fondre en un seul pour fusionner et ne laisser que la musique et les sensations procurées. Pour celles et ceux qui y sont réceptifs, et mieux encore, en redemandent, il y a indubitablement un tourbillon de contentement à en retirer.


Toutes ces arabesques littéraires sembleront pédantes à bien des personnes, c’est presque à dessein. Car finalement, quiconque se sent l’âme de s’immerger dans l’univers de La croix de sang doit pouvoir en passer par la fatalité d’un style qui s’impose à elle/lui, sans choix alternatif. Cela aurait pu prêter à sourire si ça n’avait pas été aussi bien fait. Définitivement un album pas fait pour tous les jours.


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