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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 17 janvier 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-John "The King" Steen
(chant+guitare)

-Ulrik "Burgher" Bostedt
(basse)

-Tony "The Vicar" Samuelsson
(batterie)

TRACKLIST

1) All for the Glory (Kiss)
2) Keep Pushin' (REO Speedwagon)
3) Ten O'clock Postman (Secret Service)
4) Powertrip (Monster Magnet)
5) Girl Goodbye (Toto)
6) Sultans of Swing (Dire Straits)
7) El Camino Real (Lee Dresser)

8) Can't Shake Loose (Agnetha Fältskog)
9) Burning Love (Elvis Presley)
10) Rock and Roll Hoochie Koo (Johnny Winter/ Rick Derringer)

DISCOGRAPHIE


Märvel - Guilty Pleasures
(2019) - rock hard rock - Label : The Sign Records



Après une grosse quinzaine d'années à propager la bonne parole d'un rock 'n' roll pressé à la limite de l'hystérie, les gars de chez Märvel ont décidé de faire ce qu'ils font de mieux – non, pas des comics de superhéros bodybuildés qui noient leurs doutes existentiels dans la bagarre cosmique, mais des reprises. Car si ces habiles exécutants peinent à sortir de l'anonymat avec leurs propres productions, ils excellent dans l'art de faire briller les autres.

Les aficionados de Märvel, guère nombreux en 2019 à en croire les datas des écoutes en ligne, auront beau brandir la pochette de Thunderblood Heart (2007) et celle, très jolie, de At the Sunshine Factory paru dix ans plus tard, crier le nom d'"Angela" ou encore sangloter à l'évocation de l'inhabituellement mélancolique "A Killing View", les efforts du gang masqué les plus aptes à retenir l'attention auront été les covers avec lesquelles celui-ci a parsemé sa discographie, dont un jouissif passage à tabac de "Livin' on a Prayer", l'un des hits du pas assez oublié Bon Jovi sur le mini-album Unleashed! paru en 2006. Passage au format supérieur en cette fin de décennie, puisque ce ne sont pas moins de dix titres que le power trio a décidé de revisiter. La sélection est astucieuse, mélange de raretés, de demi-succès perdus dans les limbes, de succulences surannées et, tout de même, d'un tube. En bref, la formule idéale à base de morceaux-pas-trop-connus-à-faire-(re)découvrir tandis que les monstres sacrés sont écartés, à l'exception d'Elvis Presley – le retraitement de son "Burning Love" constitue d'ailleurs la piste la moins convaincante du recueil.
Car Märvel n'a absolument pas cherché à varier sa façon d'interpréter une chanson : rapide, sans temps mort, sans artifices. Une cohérence qui frise l'uniformité, préjudiciable sur les LP antérieurs et qui fait fi des subtilités soul du King -  l'ex-résident de Graceland, pas le guitariste-chanteur de Märvel ayant adopté le même surnom. En revanche, les Suédois se montrent parfaitement à l'aise sur "El Camino Real", une succulence signée Lee Dresser, autre pionnier du rock 'n' roll lorsqu'il officiait au sein des Krazy Kats dans les années cinquante : courte, tendue, véloce, elle sied parfaitement à l'approche märvelienne. Délaissant les ballades, la section de Linköping rappelle par ailleurs que les collectifs AOR ayant trusté les charts au début des années quatre-vingts avaient encore du jus la décennie précédente, même par intermittence, tels REO Speedwagon ("Keep Pushin'") et Toto, dont le "Girl Goodbye" a perdu un bout de gras au passage mais pas son allant - ah si seulement la bande à Steve Lukather avait persévéré dans cette voie plutôt que dans l'émollience rémunératrice, bien des horreurs MTVesques auraient été évitées (et les types seraient sans doute moins riches, OK).
Qu'on ne s'y trompe pas : la revitalisation entreprise par Märvel ne se limite pas à accélérer le tempo et hacher du riff vintage en hurlant à la façon d'un prédicateur possédé. Affûtées, les guitares restent légères tandis qu'une chorale haut perchée instille une envoûtante ferveur, de manière un peu trop systématique sans doute mais s'agissant de la marque de fabrique du collectif depuis ses débuts il ne fallait pas s'attendre à autre chose et c'est bien elle qui contribue à distinguer la copie presque conforme de "Rock and Roll Hoochie Koo" de Rick Derringer et, paradoxalement, à alléger "Powertrip" des stoners psychédéliques de Monster Magnet. Sur cette dernière occurrence, les concitoyens de Martin Axenrot ne raccourcissent pas le minutage, en contradiction avec leur mode opératoire habituel qui consiste à envoyer un salvateur coup de boost, que ce soit au pépère "All for The Glory" de Kiss (non pas issu du multi platiné Destroyer mais, étonnamment, du plus récent Sonic Boom) ou encore l'originellement disco "Ten O'clock Postman" des compatriotes de Secret Service (également responsables de "Flash in the Night" en 1982), ainsi qu' à "Can't Shake Loose", un truc mou écrit dans les eighties par l'inévitable Russ Ballard pour Agnetha Fältskog, la moins brune des chanteuses d'Abba. Et donc, le tube ? "Sultans of Swing" - Dire Straits. Dynamité, échevelé, transfiguré. Ressuscité. Amélioré ? En face d'un résultat aussi enthousiasmant, tout en tension et en célérité, « oui » constitue une réponse crédible.


Et si Märvel était avant tout un groupe de reprises ? Les dix relectures vivifiantes figurant sur Guilty Pleasures au visuel ultra référencé confirment l'habileté des Nordiques à injecter une énergie libératrice aux compositions de leurs mentors en rock classique et, parfois, classieux. Que cette expérience concluante leur souffle une inspiration enfin décisive pour leurs prochaines créations n'est pas une certitude mais sincèrement, à l'écoute réjouie de ces « Plaisirs Coupables », on ne leur souhaite rien d'autre.


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