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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 02 décembre 2019
Sa note : 10/20

LINE UP

-Danny Hynes
(chant)

-Jeff Summers
(chœurs+guitare)

-Tony Forsythe
(chœurs+basse)

-Darren Lee
(batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Clare Cunningham
(chant sur "Ghosts of War" et "Ghosts of War - Reprise")

TRACKLIST

1) Ghosts of War
2) Queen of the Ride
3) Redman
4) Sea of Hope
5) Emerald God
6) Tourniquet
7) All I Need
8) Hell on Earth
9) '79 Revisited
10) Set The Stage Alight 2017 (bonus vinyle)
11) Ghosts of War - Reprise

DISCOGRAPHIE


Weapon UK - Ghosts of War



La sortie en 2014 de Rising from the Ashes, premier LP officiel de Weapon – désormais affublé du ridicule suffixe « UK » pour des questions de droits - relevait du mythe suggéré par son intitulé : l'événement s'est en effet produit trente-quatre ans après les débuts de la section londonienne, qui avait démontré ses aptitudes à trousser des mélodies qui claquent sur Set The Stage Alight, recueil des enregistrements inauguraux paru bien longtemps après la séparation du collectif au début des années quatre-vingts. Sans qu'il soit question de chef d'œuvre, cet improbable phénix avait une certaine tenue, de sorte que la curiosité est de mise à l'annonce du retour aux affaires un lustre plus tard des vétérans de la New Wave of British Heavy Metal (N.W.O.B.H.M.). Convoquer pour la trouzmillième fois le dicton selon lequel « la curiosité est un vilain défaut » trahit indéniablement une imagination en berne, mais en l'occurrence, celui-ci est hélas parfaitement adapté.

Les raisons de croire à la belle histoire des derniers de cordée remontant le câble à force de talent et de ténacité durent soixante-dix secondes, le temps que tourbillonnent un motif mordant puis un riff énergique en amorce de "Ghosts of War", la piste d'ouverture qui donne son nom à la réalisation. Un couplet mollasson casse le bel élan avant qu'un break aux accents celtisants avec plein de « oh-oh-oh » dedans finisse de faire retomber la tension, qui remontera difficilement avec la reprise du thème principal. La sensation d'avoir affaire à une imitation cheap de Blind Guardian n'incite guère à l'optimisme, mais sera démentie sur "Queen of the Ride", le quatuor endossant cette fois sa défroque hard rock afin de proposer une imitation du Saxon des débuts des eighties – ou de la fin des années 2010, comme on voudra. Rien de honteux, ni de transcendant à l'écoute de cette ode surannée aux bouffeuses d'asphalte que leste une coda répétitive et qui ne se distingue pas par l'un de ces refrains immédiatement addictifs qui irisaient Set the Stage Alight, dont celui de la fulgurante chanson-titre que les revenants ont eue l'initiative malheureuse de réenregistrer. Comme c'était prévisible, la nouvelle version même pas revisitée se révèle tristement poussive et trahit les limites vocales de Danny Hynes.
Le titulaire du micro n'était déjà pas le plus percutant du circuit en 1980 : quatre décennies plus tard, ça ne s'est pas arrangé. Le chanteur ne s'en sort pas trop mal lorsqu'il se cantonne dans les médiums, mais toute tentative de pousser dans les aigus se solde par une nasillardise flirtant avec la fausseté. Et les chœurs convoqués en soutien ne suffisent pas à rattraper ses insuffisances, malgré quelques interventions salvatrices à l'instar du refrain qui retient le plus favorablement l'attention, celui de "Tourniquet"... où l'on n'entend pas le vocaliste au stetson. Dans ces conditions, sa scansion traînante ne contribue guère à masquer l'autre point noir de Ghosts of War : un déficit d'inspiration généralisé. Jeff Summers, l'autre membre fondateur encore présent, enchaîne à la guitare les plans éculés, qui deviennent franchement soporifiques quand l'allure fléchit – "Redman", malgré une surprenante chorale soul ou encore le mal nommé "Hell on Earth", qui débute à la manière du sulfureux "Animal" de W.A.S.P. avant de se muer en un mid tempo sans relief.
Peu aidé il est vrai par une production en manque de dynamisme et une section rythmique d'une discrétion presque inquiétante – quelqu'un a des nouvelles du bassiste ? - Summers lâche néanmoins plusieurs solos tranchants qui font lever une paupière, par exemple sur les trop tranquilles "Emerald God" et "All I Need". Tout n'est pas raté, en témoigne la vigueur retrouvée de l'orchestre à l'occasion d'un "Sea of Hope" qui ferait un morceau d'Accept acceptable [nda : c'est cadeau] si le refrain n'était pas aussi plat. On reste à bonne distance toutefois du quasi thrash "Burning Skies" figurant sur Rising from the Ashes et qui lui aussi évoluait dans une ambiance orientalisante. On passera sur la banalité du procédé consistant à rejouer le thème d'ouverture en conclusion – le machin pseudo irlandais – tout en déplorant l'émollience qui suinte de l'hommage au « bon vieux temps » de la N.W.O.B.H.M. que constitue le balourd "'79 Revisited": heureusement que les meilleurs spécimens du mouvement, dont Weapon, étaient plus vifs à l'époque - on se serait bien fait suer, sinon.


Quand le meilleur titre de ton album est une auto-reprise sans intérêt en bonus vinyle... Il n'y a pas grand chose sur Ghosts of War qui incite à tempérer une formule, certes lapidaire, mais malheureusement évocatrice de l'ennui suscité par la millésime 2019 d'une formation à bout de souffle – dans tous les sens du terme. La renaissance récente et inattendue de l'entité culte était sympathique, mais il faut bien se rendre à l'évidence : sans être indigne, celle-ci n'a rien d'intéressant à proposer, au contraire de tant de jeunes escouades surmotivées. Cette époque n'est plus la vôtre, Messieurs.


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