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CHRONIQUE PAR ...

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Lotus
Cette chronique a été mise en ligne le 21 novembre 2019
Sa note : 19/20

LINE UP

-Hunter Hunt-Hendrix
(chant+guitare+piano)

-Bernard Gann
(guitare)

-Tia Vincent-Clark
(basse)

-Leo Didkovsky
(batterie+glockenspiel)

+ musiciens additionnels 

TRACKLIST

1) HAJJ
2)
EXACO I
3)
VIRGINITY
4)
PASAQALIA
5)
EXACO II
6)
GOD OF LOVE 
7)
EXACO III
8)
HAQQ
9)
. . . .

DISCOGRAPHIE

The Ark Work (2015)
H.A.Q.Q (2019)

Liturgy - H.A.Q.Q
(2019) - black metal Black Metal Transcendantal - Label : Independent



Posons cela : Le death et le thrash se situeraient en périphérie du vide haptique, le maximum théorique d'intensité. Il est assumé par HHH comme étant l'horizon historique du metal, j'entends son paroxysme. Limités et statiques, ses maximums ne concernent qu'une dimension mono-focalisée purement physique, un point d'arrêt avant même le début si j'ose m'avancer. Établissons le vide haptique comme étant un pic, et le Black Metal Hyperboréen comme l'arrivée à son sommet, celui-ci étant lui-même la culmination du metal extrême qui lui-même (le metal extrême) est la culmination de l'histoire de la mort de Dieu (vous suivez?). Pour faciliter la compréhension de la suite, HHH personnifie le sujet de cette histoire en un montagnard, gravissant les pans du pic et manœuvrant entre les différents genre grindcore, death et thrash metal en espérant tant bien que mal rejoindre le sommet, le vide haptique. Comme dit plus tôt, cette arrivée est nommée Black Metal Hyperboréen (son fer de lance est, selon HHH toujours, Transylvanian Hunger). Au sein du vide haptique, celui-ci y vit le total, le son maximal et une plénitude. Mais, j'affirme l'arrêt comme déséquilibre métaphysique et le mouvement comme rénihilation de cette plénitude, aussi le voici dépité devant le fait qu'il ne peut différencier la totalité du néant. Il apprend qu'il est impossible de traverser l'horizon et est condamné à errer, gelé et seul dans le royaume de l'Hyperboréen. Un endroit polaire et statique où le cycle jour/nuit n'est pas. L'atrophie apparait. Et il tente de respirer dans cet espace pur, identique et éternel. Notre montagnard ressent en ce moment une apostasie d'une telle force qu'il ne la comprend guère, le menant au nihilisme.

Il me semblait nécessaire d'introduire l'introduction de l'introduction aux théories d'HHH. Oui, car ce bref paragraphe n'est que la base minimale de sa pensée, la définition même du Black Metal Hyperboréen (et encore, j'ai coupé, abrégé et réduis), pour tenter de saisir celle du Black Metal Transcendantal, ce dont il est question ici, posé comme la sublimation de l'Hyperboréen. Il affirme les valeurs opposées et positives. Mais je m'arrête là, en vous invitant à vous renseigner davantage si vous le souhaitez.
Cinq ans après un The Ark Work controversé, Liturgy présente H.A.Q.Q (acronyme pour Haelegen Above Quality and Quantity), son cinquième essai. Mené par HHH, Liturgy a toujours été à part, non pas en parallèle comme Deafheaven ou tout autre tenue différente, mais bien en transversal, sur un autre plan métaphysique et victime d'un axe de réalité d'une qualité toute autre. Immortal Life sortait des gonds du BM par ses chants atomiques, sa dimension paradisiaque et son intensité déroutante. Renihilation affinait ces recherches, les rendant glaciales et tendant vers une bribe de notre langage, gagnant en clarté et en ordre. Aesthethica est l'affirmation, l'Ainsi Parlait Zarathoustra du Black Metal Transcendantal, le manifesto affirmant l'emploi de l’électronique, poussant la transe plus loin et les mélodies solaires plus haut. Il démontre également le burst beat comme signe distinctif du BMT, diamétralement opposé au blast beat dans sa structure et sa volonté. Enfin, The Ark Work nous dévoilait la face expérimentale de Liturgy, l'après, la possible maturité, loin d'être unanime. Mettant l’accent davantage sur l'électronique, détruisant le peu de fan base qu'il lui restait. Nous y trouvions de la trap, de la techno ritualiste, l'abandon du chant hurlé et les riffs de cristal perlé. Des structures inédites, jamais Liturgy n'avait été si proche du fini transparent, père de la lumière, et c'était magnifique.
Cinq ans c'est long, que s'est-il passé ? HHH monte un opéra et pousse ses théories plus loin, voilà. De cette expérience en découle H.A.Q.Q et si la question que vous vous posez est « mais finalement ça va plus loin ou pas ? », la réponse est oui. Plus loin, plus fort, plus proche du courage, tel est la doctrine de Liturgy et bon sang qu'elle est lointaine la déception. On regrettait quelque peu l'abandon du chant hurlé sur TAW, le voici de retour, celui-ci subit un traitement hypertrophique parce que nous retrouvons la même pulvérisation sonore que sur Immortal Life, il est bien plus spatial et décomposé que celui employé sur Aesthethica, en total synergie avec l'immatérialité de la nouvelle musique. Si nous sentions l'engouement démesuré pour l'électronique sur TAW, cet abus motivé synonyme d'une découverte renversante pour le groupe, ici tout est différent parce qu'il est employé comme un matériau maitrisé, si maitrisé qu'il est exhalé jusqu'à ses retranchements, mais avec une finesse toute nouvelle, travaillant main dans la main avec les instruments pour le bien de la sublimation. L'amertume du too much n'est pas présente, c'est dosé à l'atome près. D'ailleurs, en parlant d'instruments, Liturgy ne vient pas seul en studio. Fort d'une expérience classique, HHH invite un peu moins d'une dizaine de musiciens à participer à cette œuvre et on y trouve de tout : du hichiriki au ryuteki sur l'incroyable opener "HAJJ", en passant par la harpe employée de manière dantesque sur "VIRGINITY", jusqu'au glockenspiel sur "PASAQALIA" et "GOD OF LOVE". Sommes-nous si proches de l'Art Total wagnérien ?
Presque, l'opéra mettra un terme au manque d'image. Cependant, Liturgy dispose ici d'une force narrative remarquable qu'il est indispensable de souligner. Là où les essais pré-TAW présentent des fragments fort d'une conviction monolithique, H.A.Q.Q et son précédent jouissent de plus de nuances, d'un soucis de transmission et d'initiation absents des premiers albums. Mais H.A.Q.Q, contrairement à TAW, est teinté d'un humanisme neuf, de l'acceptation de notre condition humaine et de notre finitude pour pouvoir transpercer l'après. En effet, TAW semblait oublier la sensation, la perception haptique pour au final passer outre celle-ci, engendrant malencontreusement une apathie et un manque d'identification rendant l’œuvre certes sublime, mais lointaine. Distance abolie ici avec H.A.Q.Q qui puise sa source dans la nature humaine, notre sexualité, l'amour et la religion. Un album par conséquent plus touchant, empreint d'émotions intenses et démesurées à l'image de "VIRGINITY" qui s'ouvre sur une harpe suspendue, si distante... Puis, place à un riff grave qui porte le poids de la natalité sur ses épaules, sa signification. Les burst beat sont éclatants, ils rayonnent, irradient d'honnêteté et réinterprètent constamment les paroxysmes, leur donnent une pluralité fracassante, surtout quand ceux-ci sont propulsés par les chants idylliques de Charlotte Mundy et aggravés par les glitchs dépeignant un horizon dépassé, transcendé au sein duquel le son ne suit plus.
Tout grand travail aspire à l'aller-retour, au mouvement constant. Si H.A.Q.Q présente un élément subissant les accélérations musicales et spirituelles les plus fulgurantes, constamment nourries pour gagner en portée et en oxygène, il dispose des "EXACO" comme espaces internes de méditation au sein même de ces vélocités cycliques. L’œil de la tempête dirons-nous. Il serait réducteur d'appeler ces pièces interludes, tant leurs poids est parfaitement symétrique à celui des autres morceaux. Elles choquent par leur minimalisme et leur calme, arrêtent tristement un temps qui n'est plus. Le morceau éponyme est l'ultime voyage, la vitesse perd son sens, comme effacée par elle-même. Seules subsistent les mélodies affirmatives, manifestations sonores du Réel. La physiqualité des outils sonores s'épluche, devenant obsolète dans le fini, le temps est mort comme la mort elle-même. Que reste-t-il ? Et après ? Là est transpercé le nihilisme. H.A.Q.Q s'achève avec "...." . Manifestation et murmures témoignant de la présence d'un après, quelle joie. Ce morceau reste le plus mystérieux, pourquoi cette distance finale, cet étouffement et cette tonalité grave d'une infinie tristesse ? Sommes-nous en train de constater un mouvement, un temps adjacent ? Nous, simples spectateurs baignés à jamais dans ce nouveau fini, le silence, transcendance du vacarme. Quelle beauté.

Le Black Metal Transcendantal transforme le nihilisme en affirmation, il le refuse. Son âme s'emplit à présent de chaos, de frénésie et d'extase. Telle est la définition injustement abrégée de HHH. H.A.Q.Q témoigne de l'Eternel Retour, chuchote l'expansion après la contraction et hurle la vie après la mort. Une œuvre bouleversante, choquante et intemporelle.


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