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CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
Cette chronique a été mise en ligne le 21 octobre 2019
Sa note : 16/20

LINE UP

-Sofia Schmidt
(chant+composition+orchestration)

-Christian Rasmussen
(guitare+composition)

-Jakob Holm
(basse)

-Jon Elmquist
(batterie)

TRACKLIST

1) Distance
2) Beginnings

3) Ashes Within
4) Heartchamber
5) Endings
6) Silent Dance
7) My Kantele (Amorphis Cover)
8) Embrace Me
9) Apparition

DISCOGRAPHIE

Hollow Mirror (2019)

Ethereal Kingdoms - Hollow Mirror
(2019) - metal symphonique Theatrical metal - Label : Mighty Music



Chers lecteurs amateurs de metal symphonique, vous en avez marre des productions trop lisses qui se ressemblent toutes les unes des autres? Où l’orchestration prend trop le pas sur le travail des musiciens? Et bien direction le Danemark, partons à la découverte d’Ethereal Kingdoms qui propose, avec Hollow Mirror, un metal symphonique sentant bon les années 90 sur certains aspects et sublimé par une petite touche de modernité.

Pourquoi ce premier LP (faisant suite à Ethereal Kingdoms, EP sorti en 2017) sent bon les années 90 ? Si le son un peu plus moderne (mais pas trop) ancre Hollow Mirror dans la période actuelle, la froideur des compositions, l’absence de lissage, la présence tout au long de l’œuvre du violon, rappellent directement certaines œuvres de Theatre of Tragedy, Tristania ou encore The Sins of Thy beloved. Cependant, il y a une nette différence, puisque chez Ethereal Kingdoms, les chœurs et autres chants de type grégoriens, très peu pour eux (hormis sur "Embrace Me"). Le quatuor est talentueux et il s'est donné les moyens de le prouver à travers les neufs propositions d’Hollow Mirror. Il est par exemple rare, dans un effort de metal sympho, d’avoir la présence d’une batterie comme celle de Jon. Ici, la raison est cependant évidente : si chez beaucoup de combos, une tête pensante compose la quasi intégralité d’un album, chez Ethereal Kingdoms le travail est partagé; c’est ainsi que Jon crée lui-même les parties batterie sur Hollow Mirror, ça s’entend et ça fait du bien. Ainsi, il n’hésite pas à utiliser les blasts et une double pédale ravageuse sur "Endings".Sur la plupart des morceaux les plus violents ("Endings", "Ashes Within", "Apparition"), disons le clairement, Jon s’éclate.
Et ces morceaux violents, justement, sont une autre caractéristique propre au metal sympho des Danois. Pas de chichis, pas de compromis, le combo décide d’envoyer la sauce quand ça lui chante, comme sur l’intro d’"Ashes Within" qui rappelle Tristania (avec son piano cristallin et les grunts ravageurs de Sofia d’entrée de jeu). Quant à "Apparition", si vous aimez quand c’est édulcoré, vous allez avoir des sueurs froides tant la violence peut paraître presque malsaine pour un album de ce style. Trois minutes agressives, violentes, qui débouchent sur un long silence avant de laisser Sofia conclure à la Lisa Gerrard, accompagnée de la lead guitare en symbiose avec des instruments folks rappelant Dead Can Dance. Qu’en 2019 un groupe de metal sympho ose une œuvre comme "Apparition", il faut le noter, en parler, le saluer. Hollow Mirror possède une touche théâtrale qui s’exprime surtout en début d’album, notamment avec les deux bijoux que sont "Distance" et "Beginnings". Froides en apparence, barrées, les deux propositions mettent l’auditeur dans le vif du sujet pour qu’il découvre la patte Ethereal Kingdoms. Lead guitare en fond, accompagnée d’un violon omniprésent, les morceaux ne répondent pas à un schéma classique et varient les rythmes. Les refrains sont efficaces (notamment sur la seconde citée) et surtout, la double facette de Sofia (grunts/voix lyrique) fonctionne diaboliquement.
Sofia (qui écrit et compose les orchestrations) joue à elle seule dans le registre « beauty and the beast » comme si elle se répondait à elle-même à chaque instant de manière schizophrénique. Son alternance voix lyrique et voix criée, à l'approche très hardcore, sublime sa performance. Elle ne se contente donc pas d'user du registre lyrique et de pousser dans les aigües. Si par moment, elle lorgne du côté de Tarja (Ashes Within), elle sait se montrer plus douce, notamment sur la mid-tempo "Silent Dance" (et son magnifique solo de guitare, lead guitare quasi omniprésente tout au long d’Hollow Mirror, là où, et c’est un peu la déception de l’album, la rythmique se montre relativement timide). Quant à son double maléfique, son approche est assez brute et glaçante, ce qui peut paraître, aux premiers abords, assez déroutant, mais au fil des neuf propositions on est comme transporté par celle-ci, très violente par moment, là où, en metal sympho moderne, les growls ont tendance à glisser sur du melodeah à la Amorphis. Chez les Danois, on vire du coté hardcore pour le coup. En parlant des finnois d'Amorphis d'ailleurs, il à noter la présence d’une reprise de leur répertoire, à savoir "My Kantele". Si l’approche sur les lignes de chant me laisse sceptique, les parties folks et instrumentales matchent bien et rendent le morceau fort plaisant. On peut ainsi retenir qu’Hollow Mirror ne possède aucun moment véritablement faible. Seul "Embrace Me" a du mal à transporter, mais malgré tout, la piste arrivera à vous rattraper avec un magnifique pont aérien et quelques touches de bignou. Enfin, petite mention sur le très efficace single, "Heartchamber", taillé pour fonctionner, malgré sa simplicité évidente.


Ethereal Kingdoms offre avec Hollow Mirror un album de metal symphonique théâtral sophistiqué, mature et diaboliquement efficace. A l’instar du dernier Lost In Grey, les Danois ont réussi à se créer une identité et un son unique, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Ma crainte serait que la froideur des compositions et la relative violence de celles-ci ne rebutent les fans de groupes un peu plus édulcorés. Ça serait une véritable erreur. Reste à découvrir ce que cela donne sur scène, ma petite oreillette (qui s’appelle Merci Foule Fête) me dit que sur ce point, c’est également une franche réussite.


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