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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Mick Jagger
(chant+harmonica+guitare)

-Keith Richard
(guitare+basse+chant)

-Mick Taylor
(guitare+basse)

-Ian Stewart
(piano)

-Bobby Keys
(saxophone)

-Bill Wyman
(basse)

-Charlie Watts
(batterie)

+ Divers

TRACKLIST

1)Rocks Off
2)Rip This Joint
3)Shake Your Hips (Slim Harpo)
4)Casino Boogie
5)Tumbling Dice
6)Sweet Virginia
7)Torn and Frayed
8)Sweet Black Angel
9)Loving Cup
10)Happy
11)Turd On the Run
12)Ventilator Blues
13)I Just Want to See His Face
14)Let It Loose
15)All Down the Line
16)Stop Breaking Down
17)Shine a Light
18)Soul Survivor

DISCOGRAPHIE


Rolling Stones, (the) - Exile On Main St.
(1972) - rock folk blues - Label : Atlantic Records Virgin



Hi buddy!

J’ai bien reçu ton colis et c’était une excellente idée de me glisser ce disque dedans. Ça faisait une paye que je ne l’avais pas écouté. Quand il a été enregistré Mick et Keith étaient en pleine brouille et enregistrer cet album fut, je crois, comme un moyen de réparer quelque chose entre eux. Ils en avaient tous un peu marre d’avoir les gens sur leurs dos. Et je crois qu’ils voulaient casser cette rock’n’roll way-o’-life, construire quelque chose de plus sain. Un disque avec moins de sexe, moins de drogue, et forcément... moins de rock’n’roll.


Ils venaient de terminer Sticky Fingers qui avait achevé de les consacrer mondialement (comme si leurs précédents succès n’avaient pas suffi). Depuis Beggar’s Banquet : la moitié de la terre était à leur pied quand l’autre les haïssait cordialement. Alors quitte à s'enfoncer, Bob Ludwig et sa troupe ont suivis Keith dans son pavillon personnel français, lassés des rades pourris dégotés à droite à gauche. Tout a été enregistré à l'arrache, la production et le mixage durèrent des plombes mais comment faire autrement quand tu enregistres la moitié des pistes en une prise avec des musiciens déchirés du soir au matin ? Avec le recul, l'album a des airs de Tonight's the Night - une couleur d'éthanol - il fallait une crise pour que le groupe se retrouve, qu'ils oublient un peu leur égo et qu'ils enregistrent ce qui est aujourd'hui considéré comme le meilleur des Stones. Tout de go : ça n’a rien du meilleur album des Stones. C'est celui qui présente la plus grande perspective – nuance. Il ne faut pas tout confondre.

Il te suffit d’écouter "Sweet Virginia" pour te retrouver instantanément chez Keith. Ce genre de chansons qu’on ne trouve que sur cet album, avec tous ces chœurs, cette chaleur alcoolisée, qui fausse presque le ton et la musicalité, c’est elle qui donne le charme particulier d’Exile ! Là tout à coup, tu te retrouves assis à côté d'Hank Williams, de Jerry Lee Lewis, de John Denver... C'est ce genre de pistes, avec "Shine a Light" ou "Tumbling Dice", qui te montrent les Stones différemment. Parce qu'en matière de rhythm'n'blues par contre, ils n'ont rien perdu. Ils avaient envie de foutre le rock'n'roll en l'air. Et quand ils s'attaquent au blues, ils font du blues ! Pas de la daube de blanc. Ils se l'approprient mais ne le défigurent pas : le "Stop Breaking Down" de Robert Johnson montre bien ça, le crossroad de bagnard version whitey péteux. Et je cherche toujours où ils ont pu trouver cette ligne sur "Ventilator Blues". A trop écouter Elmore James ou Howlin'Wolf, les petits salopards de leur trempe savaient composer un blues.

Et il n'y a pas besoin d'être monté à cheval pour bouger sur "Rip This Joint" qui renoue avec les premiers big-bands blues'n'jazz, la course entre les guitares et les cuivres grinçants... work of art! Le problème c'est qu'il y aurait besoin de prendre pas mal de trucs pour apprécier certains des morceaux... Sérieusement, tu as trouvé quelqu'un qui aimait "Sweet Black Angel" ? Quelqu'un qui trouvait "All Down the Line" belle à mourir ? Non. Parce qu'un double album ce n'est jamais parfait – et à vouloir en faire des tonnes il arrive qu'on se plante. Le problème de la quantité... ou de l'ambition démesurée. Qui en a touché d'autres, puisque sans le dire, plein de péquenots prennent aujourd’hui ce disque pour «le white album des Stones». Mais les Stones ont toujours été plus humbles que leurs ennemis de presse – ils ont fait un double album uniquement sur des choses qu’ils maîtrisaient : country, blues, rock’n’roll, gospel, bluegrass, middle-jazz, soul... On leur a tout de suite reproché cette ouverture. Les gens n’aiment pas quand vous ne faites pas exactement ce qu’ils veulent – et c’est ce que les Stones ont fait.

Non, malgré les immenses pistes figurant sur Exile, il faut vraiment être con pour dire que ceci est le meilleur album des Stones. C'est faux d'une part car il y a trop de déchets, et faux d'autre part parce que c'est trop loin de toute mesure comparative. Tu as trouvé un "Jumpin' Jack Flash" ou un "Satisfaction" sur ce disque ? Non ? Alors ce n'est pas le meilleur album des Stones. Les Stones ce sont des machines à produire des tubes, à écraser des gimmicks surhumains que les générations futures pourront toujours s'éclater à essayer de reconstruire... ils ont déjà tout dit sur le sujet. Et ici, même "Tumbling Dice" qui a cartonné n'est pas un vrai tube. C'est trop fermé pour être joué dans un stade. C'est du «chamber rock». Ça s'écoute chez soi, une main autour du verre de 'sky, l'autre autour d'une hanche potelée. Et ça s'apprécie les yeux fermés. En chantant à l'unisson. A plusieurs, mais pas dans la foule.


Tu seras gentil de m'envoyer un vrai album des Stones la prochaine fois. J'ai pas trouvé "Brown Sugar" sur celui-là.

Affectueusement, ton pote Mickey Mouse.


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