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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 30 septembre 2019
Sa note : 13/20

LINE UP

-Thomas "Sabbathi" Eriksson
(chant+guitare)

-Mikael "Pope" Popovic
(chœurs+claviers)

-Jonas Mattsson
(guitare)

-Linus Lundgren
(guitare)

-Joona Hassinen
(basse)

-Daniel Melo
(batterie)

TRACKLIST

1) Subortus
2) Acedia
3) Luxuria
4) Ira
5) Superbia
6) Gula
7) Avaritia
8) Invidia
9) Subicio

DISCOGRAPHIE


Year of the Goat - Novis Orbis Terrarum Ordinis
(2019) - heavy metal hard rock rétro et occulte - Label : Napalm Records



Après des débuts brillants à l'entame des années 2010 matérialisés par l'album Angels' Necropolis et ponctués d'une participation au Hellfest, le collectif heavy rétro Year of the Goat a marqué le pas, accouchant d'un second LP un peu palôt qui n'apportait pas grand chose, pas plus que la reprise de "Song of Winter" de Françoise Hardy sortie un an plus tard. Les Suédois ont pris leur temps avant de retourner en studio : prémices d'un travail soigné ou panne d'inspiration prolongée ?

À y regarder de plus près, les deux propositions ne sont pas antinomiques. Le sextet scandinave sait toujours élaborer et exécuter des compositions qui tiennent la route – pas d'expérimentations farfelues ici – et dont la variété témoigne d'un savoir-faire préservé à défaut d'être ébourriffant d'inventivité. Initiée par un solo nerveux scandé par une batterie vigoureuse, "Superbia" s'inscrit ainsi dans la lignée des titres percutants de la section de Norköpping. Dopé par des chœurs entraînants et une boucle de synthés pour une fois audibles, le couplet laisse espérer une acmé semblable à celle des « hits » "For The King" et "The Key and the Gate", mais hélas le refrain se révèle plutôt fade et ne sera pas répété après le solo – voilà qui n'est pas bon signe. Dans une veine identique, "Invidia" engendre l'effet contraire : à l'accrocheur motif liminaire succède cette fois un refrain qui fait mouche, rehaussé d'une chorale justement dosée. Le tempo trépidant dynamise ce bel enchaînement, interrompu par une séquence planante à voix grave certifiée goth eighties – pourquoi pas ? - à laquelle est juxtaposé un passage assez plat qui casse l'élan prometteur.  Le solo qui suit n'est pas vilain mais ne suffit pas à relancer la machine. Frustration. Qui perdurera de la première à la dernière piste.
Les « epics » naguère si enthousiasmants s'apparentent désormais à des pétards mouillés, assemblages globalement cohérents de quelques bonnes idées qui n'aboutissent toutefois jamais à l'explosion espérée. La colère censée traverser "Ira" n'est guère palpable malgré les changements d'ambiance – de "Still Loving You" de Scorpions à une boucle de guitare réverbérée à la Fields of the Nephilim. En clôture, le lent et long "Subicio", bien que nimbé d'une atmosphère à la fois pesante et éthérée (si) proche de celle qui poissait Meddle de Pink Floyd, ne bénéficie pas de l'illumination salvatrice qui irisait l'intense "Thin Lines of Broken Hopes" sur Angels' Necropolis. L'ennui guette. Cependant l'énergie n'est pas absente du lourdement nommé Novis Orbis Terrarum Ordinis, en atteste la vigoureuse "Luxuria", secouée par une six-cordes incisive. Mais là encore, il manque le fameux « petit truc en plus » qui transformerait l'honnête ritournelle en concurrente crédible d'un tube de The Night Flight Orchestra. Le parti pris de Sabbathi, aidé de ses nouveau amis, demeure par ailleurs inchangé : trois guitares au service d'un hard rock ultra mélodieux, proche des formations classieuses des seventies telles Wishbone Ash et Blue Öyster Cult dont l'aspect épique est remplacé par un occultisme immersif mais pas envahissant.
La déception ne réside donc pas dans un dévoiement ou une supposée « trahison » du projet initial mais d'une difficulté persistante à le mettre en œuvre. Qui est d'autant plus patente au regard du succès grandissant rencontré par les compatriotes de Ghost, officiant eux aussi dans le créneau du « soft metal » sataniste. Year of the Goat possède pourtant un atout maître, qui devrait être déterminant, du moins par rapport à l'entité susmentionnée : le timbre doux et expressif d'un Sabbathi aussi fervent qu'à l'accoutumée, mais dont les inflexions deviennent irritantes lorsque les thèmes tournent à vide, comme sur le morne prélude intitulé "Subortus". Et si rien n'est honteux dans ce recueil, le quelconque finit par s'y imposer en norme, à l'instar des convenus "Gula" et "Avaritia". Décidément, si ce « Nouvel Ordre Mondial » n'est pas particulièrement flippant, contrairement à d'autres, il ne fait pas vraiment rêver non plus.


Quelques fulgurances, une production équilibrée et un chant unique, le tout desservi par une créativité en berne : le constat effectué sur The Unspeakable, le long jeu précédent, demeure à peu de chose près inchangé sur Novis Orbis Terrarum Ordinis. Le renouvellement quasi complet de personnel opéré entre les deux réalisations n'aura donc pas permis à Year of the Goat de renouer avec le réjouisant niveau d'Angels' Necropolis. Sans doute le leader Thomas Sabbathi n'a plus les moyens de ses ambitions, ce qu'indiquent en creux le libellé des chansons, version latine un brin prétentieuse des Sept Péchés capitaux – sujet archi rebattu s'il en est. Le groupe nordique semble avoir épuisé sa capacité à étonner et, s'il reste toujours agréable à entendre, ne parvient plus à donner réellement envie de l'écouter.

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