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CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 17 septembre 2019
Sa note : 17/20

LINE UP

-Selina "S.M." Demuth
(chant+guitare)

-Isabelle "I.R" Ryser
(chant+basse)

-Ito "M.K" Itto
(batterie)

Ont également participé à l'enregistrement:

-ColinH Van Eeckhout (Amenra - CHVE)
(chant+vielle à roue (hurdy gurdy) sur Glancing Limps et Above the Mountains There is Light)

-Ryanne van Dorst (Dool)
(chant sur Lunar Light)

TRACKLIST

1) Glancing Limbs
2) Devotee
3) Above the Mountains there is Light
4)
Ambrosia
5) Lunar Night
6) The Wild Shore

DISCOGRAPHIE


E-L-R - Mænad
(2019) - ambient post doom - Label : Prophecy Productions



Oui, elle est bien revenue me hanter. Mais je l'attendais cette fois-ci, je l'ai guettée durant plusieurs mois. Et la voici enfin. Cette âme mélancolique qui était venue une première fois titiller mes sens. Esquissée tout d'abord sous le doux nom de In Splendour & Sedation, elle m'avait si profondément émue. La voici désormais offerte dans toute sa plénitude sous celui de Mænad et sous la signature de Prophecy Records. « La musique est viscérale »... que oui. Essentielle. E-L-R a choisit de l'illustrer à sa manière. Avec une grâce infinie.

« We want the listener to be in our sphere and become entranced in order to feel our energy »

Qu'est Mænad, sinon un merveilleux poème ? Gracieusement structuré en, ce qui me semble à moi, trois strates logiques. Fait de tourments et de sublimations, de noirceur et de lumière. Reviendrais-je aujourd'hui sur le si captivant "Glancing Limbs" ? Vous reparlerais-je de "The Wild Shore" ? Oui. Car si les deux titres ensorceleurs me sont désormais plus que familiers, ils ne perdent pas une seule miette ici de leur splendeur initiale. Passés la prime découverte et les nombreuses écoutes qui ont suivi cette heure où il n'était encore question que de mise en bouche, ils ne s’essoufflent aucunement, tout au contraire. Désormais, ils se redécouvrent, même. Si justement posés en introduction et en conclusion de cette délicate offrande qu'est Mænad, il forment en effet le cadre initial, entourant avec superbe quatre nouveaux morceaux d'une beauté désespérante, révélant ici un pouvoir d'enchantement encore plus ample que naguère. S'ouvre alors le champ de la découverte. Au second niveau, "Devotee" et "Lunar Light", rayons de lumière blanche révélant quelque mystère terrestre. Les deux morceaux s'ouvrent en effet comme des instants d'éblouissement et d'embrasement, l'un graduel, l'autre plus direct. Le ton y est puissant, conduit par un timbre de voix très affirmé, des guitares véloces de toute beauté et une densité de composition saisissante. La clameur y est portée au plus haut et les musiciens semblent soudain légion, tant les lignes instrumentales sont épaisses et vrombissantes, entrecoupées cependant de temps plus apaisés et rêveurs. Mais si les deux morceaux partagent ces vertus, n'allez cependant pas penser que l'ouvrage en devienne linéaire. Les paysages changent sans cesse tout du long de Mænad. Puisant dans des sources d'inspirations qui lui sont propre, E-L-R crée en effet un univers riche et atemporel, dans lequel il est très plaisant de vagabonder, et parvient ce faisant à nous plonger dans un état de contemplation émue sans cesse renouvelé, tout en conservant la grande cohérence de l'ensemble. « Hypnotic rhythms suspended in a haze of eternal reverberation », oui, décidément, l'expression est belle et se suffit à elle-même pour décrire les sonorités qui dépeignent ces visions oniriques dans lesquelles le groupe nous emporte sans peine.

Au centre de l'offrande, viennent alors celles que je qualifierais d'oraisons. "Above the Mountains is Light" d'abord, qui cueille l'auditeur comme une fleur perdue dans un horizon monochrome. Partant d'une introduction composée de craquements et de souffles étranges, voire sinistres, la piste se développe doucement. C'est tout d'abord une lente montée des basses, puis une harmonie tragique qui fend l'air. S'ouvre à nouveau la porte de ce si étrange sentiment que l'on aime contempler autant que fuir. Cette sorte de nostalgique teintée de mélancolie qui nous saisit les sens et dont on ne parvient pas à décrocher une fois qu'elle a décidé de fendre l'air. Riffs profonds et entêtants, montée en tension sensible. Et frappe. Claire. Le chant enfin, qui se joint à l'ensemble. Dans un ton médium, couplé de graves, une voix qu'il est si aisé de suivre pour la laisser nous conduire vers le rugissement de guitares acérées. D'un désenchantement magnifique, la piste noue la gorge, plonge l'auditeur dans un état fébrile, résonnant dans sa cage thoracique comme un écho mantratique et s'achève sur une ultime accélération enfiévrée nous laissant pantois. "Ambrosia" alors. Qui, dans certaines touches, me rappelle, de loin, l'intention d'une certaine Alzbeth. Car oui, je retrouve dans ce chant féminin ce quelque chose de désincarné qui tourmente l'esprit. C'est tout à la fois un ensorcellement, un émerveillement et une crainte ourdie. Un chuchotement secret et une clameur impressionnante. Et cette frénésie de la musique, ce tourbillon qui vous enveloppe par vagues pour vous emporter dans quelque rite mystique d'un autre âge. "Ambrosia" est une hallucination stupéfiante, faite de martellements telluriques obsédants et d'envolées acides, de nappes de brume déchirés par ce chant aux accents cabalistiques. Beaucoup serait à dire sur cet album inspiré et inspirant, sans jamais être certain de saisir pleinement les sources et les intentions qui ont guidé ses auteurs. Alors, contentons-nous simplement de dire que la musique parle d'elle-même et que de se laisser aller à ses propres songes à son écoute plonge dans le ravissement.

Lorsque se clôt l'ouvrage, sous cette pluie sonore et diluvienne qu'est "The Wild Shore", et que l'on prend conscience de l'état d'hypnose délectable dans lequel E-L-R a eu le don de nous suspendre durant ces trop courts instants, l'on ne peut que louer son talent de composition et souhaiter qu'il nous emporte encore de si belle manière dans un avenir proche.




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