18181

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 16 septembre 2019
Sa note : 11/20

LINE UP

-Jeffrey Lynn "Jeff" Keith
(chant)

-Frank Anthony Hannon
(chœurs+guitare+mandoline)

-David "Dave" Rude
(chœurs+guitare)

-Brian Thomas Wheat
(chœurs+claviers+basse)

-Troy Mack Luccketta
(batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Philip Kenneth "Phil" Collen
(chœurs+guitare)

TRACKLIST

1) You Won't Take Me Alive
2) Taste Like
3) We Can Rule the World
4) Shock
5) Love Is a Fire
6) California Summer Song
7) Forever Loving You
8) The Mission
9) Tied to the Tracks
10) Afterlife
11) I Want Everything
12) Comfort Zone

DISCOGRAPHIE


Tesla - Shock
(2019) - hard rock - Label : Universal



Depuis sa reformation au début des années 2000, Tesla sort des albums de moins en moins bons. Le huitième, dénommé Shock, va-t-il inverser la tendance ?

La concision, ça a du bon, parfois. Surtout quand on n'attendait pas grand chose d'une livraison dont le contenu confirme un a priori peu enthousiaste. Car mis à part le nouveau départ en 2006 de Tommy Skeoch, le guitariste dont les abus toxiques avaient en partie précipité la mise en sommeil de la section de Sacramento à la fin des années quatre-vingt-dix, il ne s'est guère produit d'événements dignes d'être signalés concernant une formation dont l'excellence avait jadis affolé les amateurs de hard rock racé ainsi qu'un public plutôt conséquent, à une époque où Def Leppard et les Guns étaient au pouvoir. Et puis pouf, patatras et même vieille rengaine : Mister Grunge et Docteur Néo ont viré tout ça et lorsque Tesla refit surface avec le sombre Into the Now en 2004, il a bien fallu constater que la magie avait disparu. Shock constitue le quatrième LP post réunification et à l'instar de ses prédécesseurs immédiats, l'engin est bien produit, bien exécuté et quelques passages font croire à la réapparition du mojo qui hantait avec délice les réalisations historiques du quintet. La liste étant malheureusement courte, autant les citer in extenso. À commencer (en neuvième position...) par un riff plus heavy que la moyenne qui relie "Tied to the Tracks" aux ultimes pistes de Psychotic Supper – pas les toutes meilleures, mais compte tenu du niveau général de Shock, il serait malvenu de faire la fine bouche. Dommage que la tension croissante sur ce que l'on croit être le prélude à un solo de guedin débouche uniquement sur la reprise du refrain juste avant le baisser de rideau. Des guitares correctement chargées repointent le bout de leur chevalet sur "I Want Everything" qui aurait fait un honnête titre de second rang sur Mechanical Resonance, autrement dit la surchauffe n'est pas une menace mais le résultat reste plus intense que les trois-quarts du recueil. Quoi d'autre ? Le thème liminaire gentiment tourbillonnant de "You Won't Take Me Alive" qui, placé en ouverture, évoque une sorte d'écho lointain de "Sympathy for the Devil" des Stones dont les célèbres « ouh ouh » se seraient perdus en route. Les guitares couinent, la paire Hannon/ Rude fait mine de défourailler avant d'échanger finalement quelques brèves amabilités qui n'exciteront pas grand monde. Il s'agit pourtant de l'une des séquences les plus tendues de Shock, dont le morceau éponyme est un modèle de mid tempo sans inspiration ni aspérité.
Le reste se partage entre rocks du même tonneau – "Taste Like", énième ersatz de "Won't Get Fooled Again" des Who dont le refrain assez pêchu est dévitalisé par un solo bluesy sans originalité, "California Summer Song" aussi insipide que son intitulé le laisse supposer ou encore le peu euphorique et bien nommé "Comfort Zone" en clôture – et les ballades. Et là, malgré toute l'indulgence que peut susciter le souvenir ému des envolées galactiques de "Cumin' atcha Live" et "Don't De- Rock Me", le jugement est sans appel : les arrières petites cousines par alliance de "Changes", "Before my Eyes" et "What you Give" sont épouvantablement mièvres. Entre "Love is a Fire" et sa tronche de scorie honteuse de Get A Grip d'Aerosmith, la semi acoustique en décapotable bridée à cinquante dans la cambrousse ("Afterlife") et une niaiserie au piano affublée du solo hispanisant de rigueur intitulée "We Can Rule the World" (ben voyons...), les intolérants au saccharose vont salement morfler. La dernière nommée n'est pas sans rappeler "Bringin' on the Heartbreak" de Def Leppard, filiation peu surprenante puisque le responsable de la production n'est autre que Phil Collen, culturiste flippant et accessoirement guitariste des félins de Sheffield depuis quatre décennies. Dans ces conditions et fort logiquement, la plupart des compositions sont garnies de six-cordes prudentes et de chœurs copieux qui, hélas, tendent à ramollir la pâte sonore, la rendant carrément indigeste quand l'allure fléchit – avec "Forever Loving You", l'occlusion intestinale est imminente. Certes, Jeff Keith apporte son dynamisme habituel et sauve l'enregistrement de la mollesse absolue - sur "The Mission", par exemple, que ses camarades ont lesté de la cinq-cent-millième citation de Peer Gynt de Grieg - "Dans l'Antre du Roi de la Montagne", évidemment. Toutefois le talentueux vocaliste ne peut pas tout rattraper et lui-même se montre irritant quand il plagie sans nuance son modèle nasillard Steven Tyler. Certains diront que ça fait plus de trente ans que ça dure, néanmoins on a connu l'ami Jeff plus subtil et, aussi, plus diversifié. Mais lui au moins communique un peu de souffle vital à cette œuvre aussi cohérente qu’aseptisée
.

La réponse à la question posée en introduction est donc : non. Et pitié, Frank, la prochaine fois, laisse ta p... de mandoline au grenier !


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5