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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 13 septembre 2019
Sa note : 17/20

LINE UP

-Jeffrey Lynn "Jeff" Keith
(chant)

-Frank Anthony Hannon
(chœurs+guitare+mandoline+claviers)

-Tommy Skeoch
(chœurs+guitare)

-Brian Thomas Wheat
(chœurs+basse)

-Troy Mack Luccketta
(batterie)

TRACKLIST

1) Change in the Weather
2) Edison's Medicine
3) Don't De-Rock Me
4) Call It What You Want
5) Song & Emotion
6) Time
7) Government Personnel
8) Freedom Slaves
9) Had Enough
10) What You Give
11) Stir It Up
12) Can't Stop
13) Toke About It

DISCOGRAPHIE


Tesla - Psychotic Supper
(1991) - hard rock - Label : Geffen Records



Les affaires tournent plutôt bien pour les cinq hard rockers de Tesla. Laissant dans leur sillage deux premiers albums remarquables et remarqués, les jeunes gens se lancent dans les années quatre-vingt-dix pied au plancher avec, en guise de carburant, un live acoustique, Five Man Acoustical Jam, qui fait exploser leur notoriété et aiguise les attentes autour du troisième LP studio. En ce millésime 1991 béni des dieux - les vrais, ceux qui jouent sur amplis – il semble inconcevable que ce dernier échappe à son brillant destin.

Le karma cosmique, l'alignement des planètes et autre conjoncture paranormale, c'est bien gentil mais la forme éblouissante des petits camarades ayant déjà dégainé leur arme de satisfaction massive depuis le début de cette année surnaturelle - Skid Row, Pink Cream 69, White Lion, Galactic Cowboys, Motörhead, ou encore les prometteurs Guns N'Roses et Metallica - ne garantit en rien celle des chevelus en jean-baskets révérant les inventeurs de génie originaires de Yougoslavie. À l'entame du moyennement intitulé Psychotic Supper – quel rapport avec la choucroute ? - il semble que tout soit resté en place depuis The Great Radio Controversy paru en 1989: du hard blues enlevé, joué sur des guitares au feeling très aerosmithien serties de chœurs entraînants, telle est la recette un peu prévisible mais impeccablement servie sur "Change in The Weather", titre d'ouverture qui, comme sur l'inaugural Mechanical Resonance, ne se révèle pas le plus inspiré de la réalisation. Le thermostat monte en effet d'un cran lorsque retentit l'intro nerveuse d'"Edison's Medicine". La tension est préservée sur le couplet puis sur le refrain, enrichi d'une seconde partie acméique à partir de la deuxième occurrence – jolie astuce qu'un très bon solo en triple partie bonifie grâce à une montée en puissance qui fait dire que les gars de chez Tesla ont retrouvé toute leur fougue. Et pourquoi pas enchaîner avec un nouveau "Cumin' Atcha Live" pour atteindre directement la stratosphère ? L'entité démente qui illuminait Mechanical Resonance ne semblait pas devoir connaître un jour d'équivalent et, pourtant, Tesla décoche en troisième intention une salve salement véloce qui s'en approche dangereusement. L'engin s'appelle" Don't De – Rock Me", mélange sauvage de batterie méchante, d'hystérie vocale et de guitares lourdes et incisives qui se fightent en corps à corps. Le sommet de l'œuvre ? Oui, assurément. Mais il y en a d'autres.
À commencer par les ballades, autre exercice dans lequel excellent les Californiens. Alors ok, "Song & Emotion" est trop longue, la faute à une coda superfétatoire de près de trois minutes durant laquelle bourdonne un unique accord lesté de motifs vaguement celtisants et d'effets de production. Cependant, l'« émotion » est bien au rendez-vous sur cette chanson dédiée à Steve Clark, le guitariste de Def Leppard décédé quelques mois plus tôt - Tesla avait ouvert pour les Léopards sur leur monstrueux Hysteria Tour. Et "What You Give", c'est pas de la ballade premium, peut-être ? Plus traditionnelle dans sa construction, celle-ci serpente plaisamment entre effeuillage acoustique – ce thème entêtant ! - énervement électrique et retour au calme, qui aurait sans doute gagné lui aussi à être raccourci. Les solos prennent une coloration « slashienne » guère étonnante, le producteur Michael Barbiero - qui avait mixé ...And Justice for All de Metallica (difficile à croire mais oui, c'est bien lui) et surtout Appetite for Destruction des sus-cités Guns - officiant à nouveau pour le compte des chevelus de Sacramento, cette fois sans son complice Steve Thompson. Son influence est loin d'être négligeable puisque non content de forger un son à la fois ample et percutant, l'homme derrière la console participe à l'écriture de plusieurs morceaux, et pas des moindres puisque figure dans la liste le single "Call It What You Want", ouvertement radio friendly - comprendre « on entend moins les guitares » - qui donne l'occasion à Jeff Keith et son gosier magique de reprendre la main, si l'on peut dire. Une nouvelle fois magistral de bout en bout, tour à tour sensible et tranchant, le shouter à la voix éraillée confirme sa singularité, malgré un cousinage toujours aussi patent avec Steven Tyler - son scream de félin contrarié en conclusion de "Time" en atteste.
Et c'est bien souvent Keith qui rattrape les compositions un peu en-deça, telles la vaporeuse "Stir It Up" et la décontractée "Toke About It" – inverser cette dernière avec la tendue "Can't Stop" et sa chorale séraphique aurait offert un final plus stimulant. Néanmoins le niveau demeure élevé, et même une piste en déficit de refrain marquant comme "Had Enough" provoque l'enthousiasme - un riff heavy vivifié par un tempo rapide et relayé par des solos aiguisés, il n'en faut parfois pas davantage pour répandre le bonheur. La conclusion inattendue sur un rythme pesant en mode maelstrom témoigne, sinon d'une volonté de surprendre, tout du moins de diversifier le propos, qui prend tout son sens sur la doublette dépareillée "Government Personnel"/ "Freedom Slaves", respectivement un réjouissant intermède country initié par des aboiements (!) et une marche militaire scandée par la basse obstinée de Brian Wheat et les coups de trique de Troy Luccketta en support d'une mélodie d'une efficacité imparable irisée de chœurs paroxystiques. La paire Hannon/ Skeoch dynamite tout ça à coups d'interventions à la six-cordes aussi épileptiques que pertinentes, dans la lignée prestigieuse de leurs modèles de chez Def Leppard - il n' y a pas de hasard - que le dernier nommé admire tant. À l'écoute de cette séquence marquante, l'élève n'a guère à rougir devant son supposé maître.


Et de Tesla jaillit la lumière (vous l'avez ? Sinon, allez visionner Le Prestige). En ajoutant quelques nuances supplémentaires à sa chatoyante palette, le collectif de la Côte Ouest délivre une œuvre délicieusement variée, alternant les ambiances tout en affichant une maîtrise qui lui permet de donner corps à ses ambitions. Quelques longueurs et de rares baisses d'intensité ne sauraient masquer les compétences de guitaristes versatiles et d'un chanteur hors normes qui propulsent Psychotic Supper dans le top hyper dense des meilleures sorties de l'année 1991 et, pourquoi pas, dans celui des plus beaux recueils hard rock jamais écrits.


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