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CHRONIQUE PAR ...

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Saahl
Cette chronique a été mise en ligne le 05 juillet 2019
Sa note : 14/20

LINE UP

-Dani Dean
(guitare)

-Jorge Fraguas
(basse)

-Aleix Zoreda
(batterie)

TRACKLIST

1) Litost
2) Depaysement
3) Eunoia
4) Lost in the Wadi
5) Katabatic
6) Duality
7) Starlight

DISCOGRAPHIE

Meraki (2019)

Ciconia - Meraki
(2019) - instrumental post/prog instrumental - Label : On Fire Records



Ciconia, groupe espagnol aux influences antiques, ajoute sa pierre à l'édifice voué au culte de Notos, le dieu du vent. Inspiré de collectifs comme Long Distance Calling, Porcupine Tree ou Opeth avec une touche de stoner rock, ils utilisent un large spectre musical. Ils développent de douces mélodies à écouter pour se faire transporter et se heurter à chacun de ces flots de ferveur. Rien ne repose, tout remue, tout vibre.

La bonne volonté est là, mais les tonalités restent les mêmes à travers les titres, une continuité certes, comme un écho dans une vallée... Mais qui dit écho, dit répétition et non immersion totale. Ça peut avoir son effet si c’est dramatique, mais... On avance ou on stagne ? Les pas sont vite balayés par un risque inexistant, et on aurait tendance à ne pas voir la lumière au bout du chemin. Il nous faut un but, une fin d’envergure pour se sentir concerné dans cette expédition. Un champ de mines désamorcées, ça donne forcément grise mine aux acharnés du bon-goût, ceux qui prient pour ressortir de cette étape comme transformés, et non de subir une épreuve pour un sacrifice en vain.
Réussite d'immersion dans les précédents décors, dans ce troisième opus, les longues balades sont ici moins présentes. Pas de dépaysement complet, mais elles sont assez différentes de ce que qu'on peut attendre de leur part. On ne perd pas son souffle, mais on ressent ce besoin de cheminement dans ces terres plus arides encore. Le vent a tourné, et la lueur de la déflagration s'est abandonnée à un souffle porteur de nouveauté rythmique. Cependant, certaines transitions ne sont que des plaintes intraduisibles. Désir d'identité absolue ou empressement ? Cette défaillance est vite rachetée par les titres "Katabatic", "Duality" et "Starlight" qui permettent de ne pas retrouver, a contrario, cette dualité qui semble entre guillemets gênante à l'écoute du reste de l'album et de son développement. Mais Ciconia m'a épaté par son background qui dans les recherches, s'est révélé très inspirant.
En remontant aux origines des références, on y retrouve une trace de Grèce antique présente un peu partout dans les sonorités qui rappellent plutôt Winterize, l'album précédent. Plus précisément "Forestwalk" ou "Snowfields" et les titres représentatifs de leur philosophie. En laissant de côté ce premier apparat et en creusant l'aspect du violon sur la pochette qui semble être l'élément principal que la statue soutient, il nous apporte un élan de nostalgie. Cette femme de Vitruve profane reflète malgré son cinquième membre une projection de l'unité, et la quête du rythme parfait. Cet album est une étape à la recherche du temps perdu, un éveil par son tempo oscillant. Une figuration du corps, un hommage, une transcendance si on se donne la peine de creuser. Un canon périodique et atmosphérique, une interaction qui ajoute de la valeur à sa maîtrise. La clôture du recueil est un apaisement, et l'on ressent le « meraki » qui nous anime - vous avez laissé une part de vous, et ça s'entend. Alors, bien joué les mecs.


Les membres de Ciconia nous invitent à découvrir et partager leur univers dans un joli voyage initiatique, ils ont donné une âme et un esprit nomade à cet album, un hymne symbolisé non pas par le bonheur mais leur bonheur. Avis aux amateurs de chasse aux trésors, il n'est pas encore à notre portée, mais on est sur la bonne voie. Expérience à écouter avec soin et respect.


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