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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 10 juin 2019
Sa note : 16/20

LINE UP

-M.S.
(chant+basse)

-Alejandro "A.T." Tedín
(guitare+claviers)

A participé à l'enregistrement:

-M.P.
(batterie)

TRACKLIST

1) Crown of Chaos
2) Boundless Waters
3) Antithesis of Time
4) The Crimson Void

DISCOGRAPHIE

Chasm (2019)

Suspiral - Chasm



La Galice est-elle propice à la création d’œuvres black metal ? Oui. Déjà, certains noms fleurent bon la noirceur. Cabo Fisterra ou Finisterre. La Cap de la Fin des Terres… c’est pas évocateur, ça ? Et puis les paysages… par jour de tempête… les fantômes surgissent de toute part… Ils s’infiltrent en vous en susurrant des choses horribles. Demandez aux gars de Suspiral ce qu’ils en pensent.

Chasm est une réussite. L’entreprise du duo du nord-ouest de l’Espagne est relativement claire: vous remontez dans le temps jusqu’à l’époque où le death, le thrash et le black n’avaient pas encore complètement divergé. Vous pouvez, par exemple, régler votre curseur spatio-temporel sur le point de création de Hell Awaits. Choisissez quelques bons riffs, quelques excellentes progressions d’accord bien old-school, et rendez le tout spectral. Le procédé ? Mettez la batterie et le chant (très) en retrait, pour que le grésillement des guitares résonne dans la crypte. La production manque de corps ? Parfait, c’est le but recherché. Ce n’est pas tout: il vous faut également compléter le travail à l’ancienne des guitares par des dissonances plus modernes, type Deathspell Omega ou Aosoth (époque Ashes of Angels), des cris d’orfraie, et de la répétition. Le rendu est probant. Un peu à la Elysian Blaze (Blood Geometry). Comme si les fantômes de Jeff Hanneman, Quorthon et LSK venaient jammer dans votre grotte personnelle. Tantôt frénétique, comme au début d’ "Antithesis of Time", souvent slayerien (du début), le duo produit une œuvre convaincante à défaut d’être parfaite.
Peu de groupes ont si bien réussi à spectraliser le proto black-death de nos aïeux, mais Suspiral possède encore une marge de progression. L’utilisation des claviers restes anecdotique voire incongrue sur "Crown of Chaos". Ils sont néanmoins trop discrets pour gâcher le plaisir. Un peu plus gênant, sans être rédhibitoire: la place trop importante des passages ambiants. Les gars ont tellement bien pigé comment donner dans le vieux riff qui mord (on en vient à songer à l’excellent Poisoned Void de Vorum, c’est dire !) qu’il est dommage de les voir passer trop de temps sur la partie plus atmosphérique, notamment sur "Antithesis of Time". Au même titre, "The Crimson Void" (ah tiens, y a « void », comme dans Poisoned Void…) se boit comme du petit lait, mais la qualité de la partie old school me fait regretter qu’ils ne nous en offrent pas un peu plus. Cela reste évidemment très subjectif.


Les gars de Suspiral ont les idées claires et Chasm répond à un but précis: faire que l’univers des « vivants » -si on ne considère pas l’humanité comme un troupeau dormant voire mort - se remplisse de spectres vêtus de vestes à patches, d’âmes perdues en ceinturons cloutés, et autres entités translucides. L’œuvre est certes perfectible, mais l’union d’époques distinctes qu’elle propose n’en est pas moins très appréciable. À suivre.


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