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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 04 juin 2019
Sa note : 14/20

LINE UP

-Olof Wikstrand
(chant)

-Paul Adam "Zaars" Zars
(guitare)

-Joseph Tholl
(basse)

-Jonas Wikstrand
(batterie)

TRACKLIST

1) Black Angel
2) Mistress from Hell
3) Into the Night
4) Speed Queen
5) On the Loose
6) City Lights (instrumental)
7) Scream of the Savage
8) Curse the Light
9) Evil Attacker

DISCOGRAPHIE

Into the Night (2008)
Diamonds (2010)
Death By Fire (2013)
From Beyond (2015)
Zenith (2019)

Enforcer - Into the Night



Quelle est la différence entre un bon groupe de heavy metal old school et un moins bon groupe de heavy metal old school ? Comme dans le fameux sketch des Chasseurs, les arguments valables pour qualifier les uns ne se distinguent guère de ceux employés pour fustiger les autres : de la fougue pas toujours maîtrisée, un hommage aux pionniers souvent proche du plagiat pur et simple, une certaine linéarité source de lassitude et un son pas très net. En quoi Enforcer, nouvel avatar de la scène rétro suédoise – une entité à elle seule – réussirait-il à émerger positivement de la masse ?

Bon déjà, le nom : « Homme de Main ». Ok, on voit : la menace, le danger, la bagarre. La carte de visite oriente davantage vers du speed thrash germanique que du rétro scandinave à la Wolf ou RAM – fausse piste, mais au moins il n'y aura pas de bestiole velue réquisitionnée contre son gré. L'intitulé de l'enregistrement, Into the Night, ne respire pas précisément l'originalité, ce qui est conforme à son contenu : du heavy en accéléré, en filiation directe de ce que pratiquaient les maîtres de la New Wave of British Heavy Metal (NWOBHM), Iron Maiden en tête. La basse est bien mise en avant à l'instar de celle de Steve Harris, ça tagadade à tout va et ce dès le premier titre, le véloce "Black Angel", annoncé par un scream magistral. Les premières lignes de chant d'Olof Wikstrand, l'initiateur du projet qui a tout fait tout seul sur les démos avant de recruter du personnel compétent, singularisent d'entrée de jeu Enforcer de ses devanciers. L'aîné de la fratrie – le cadet tient la batterie – dispose d'un organe au timbre particulier, à fois clair et puissant, qualités trop rarement réunies chez les vocalistes du genre. Certes, il faut apprécier la stridence systématique, toutefois celle-ci est globalement maîtrisée avec une aisance à filer des complexes – on aimerait en tout cas que ce soit le cas et qu'en entendant ça, les homologues de chez Dark Forest, Witchcurse et Skelator, pour ne citer que quelques exemples funestes, renoncent au micro à tout jamais.
Alors certes, les vocalises finales sur "Speed Queen" font lever un demi-sourcil – au moins, on sait qu'Auto-Tune n'est pas de la partie - mais rien qui ne vienne réellement gâcher la fête de cette surenchère de célérité en décalque revendiqué de "Metal Militia" - Wikstrand a en effet déclaré que Metallica s'était fourvoyé après le primal Kill 'em All conclu par le classique sus-évoqué. Le leader de la section d'Arvika estimant, en tout logique (la sienne, tout du moins) que les Candiens d'Exciter sont supérieurs aux Four Horsemen puisqu'ils ont réussi à sortir au moins deux très bons albums, il n'est guère étonnant de trouver éparpillées sur une majorité de pistes des réminiscences d'Heavy Metal Maniac, la matrice du speed metal créée par les compatriotes de Dan Beehler. Voilà sans doute un deuxième élément distinctif d'Enforcer : ne pas creuser, comme tant d'autres, le même sillon mais mélanger les influences – au moins deux, c'est déjà ça. L'instrumental "City Lights" constitue, paradoxalement, l'exemple le plus probant de ce mariage heureux, avec son introduction martiale rappelant celle d'"Am I Evil?" de Diamond Head, un thème principal proche de celui de "Losfer Words (Big 'Orra)" - le dernier instru en date d'Iron Maiden (sur Powerslave) et un passage médian exécuté à toute blinde précédant, ô surprise !, un ralentissement avec discrets claviers seventies en support d'un solo bluesy.
Sans réitérer pareille audace, le collectif nordique tente de tromper la monotonie en délivrant sur chaque occurrence une ou deux variations ainsi qu'un solo à double détente, avec un certain succès si l'on considère que les compositions d'Into the Night diffèrent des tout droit ultra-prévisibles alignés par nombre de concurrents. En revanche, le procédé n'échappe pas à un certain systématisme, d'autant qu'en conservant quasiment en permanence le pied sur l'accélérateur, le quatuor se prive de la possibilité de mettre davantage en valeur ses aptitudes à écrire de bonnes chansons, et plus particulièrement de soigner les refrains, pour la plupart basiques et peu accrocheurs. Heureusement, la production certifiée vintage – à la fois chaleureuse et un peu plate  fait la part belle à l'habileté des instrumentistes, contredisant les soi-disant gardiens du temple pour qui le heavy tradi doit nécessairement s'accommoder d'un son boueux barbotant dans des hectolitres de réverb'. Point de ça ici, même si évidemment, le rendu assez brut n'a pas grand chose à voir avec de l'AOR en chambre stérile, tout en permettant de goûter à de sympathiques réminiscences - Coroner et son "Nosferatu" au détour du solo de "Curse the Light", le riff dynamité de "Don't Touch Me There" de Tygers of Pan Tang sur "On the Loose" ou, sur "Scream of the Savage", l'accélération foudroyante de... "Metal Milita" ? Encore ?


Hérauts autoproclamés du heavy metal revival  - « intemporel », disent-ils -  Olof Wikstrand et ses séides affichent un niveau élevé de talent et de dextérité qui leur permet dès leur LP inaugural de réussir une vivifiante fusion avec leurs inspirations speed des années quatre-vingts. Néanmoins, si les morceaux échappent au ronronnement, leur canevas unique les unit dans une cohésion qui flirte avec l'uniformité, d'autant que les thèmes réellement marquants ne sont pas légion, malgré une production plutôt flatteuse à défaut d’être puissante. Avec un frontman aussi doué – quelle voix ! - une énergie de tous les instants et une faculté à diversifier le propos,  les chevelus d’Enforcer détiennent cependant tous les atouts pour s’imposer très rapidement en leaders de la scène-qu'il-ne-faut-surtout-pas-nommer-« rétro » (devant eux).


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