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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 08 avril 2019
Sa note : 17/20

LINE UP

-Jukka Vuorinen
(chant+guitare+basse)

-Jani Kakko
(guitare+basse)

-Jonne Valtonen
(claviers+piano)

-Mikko Laine
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Sini Koivuniemi
(chant)

-Anna Pursiheimo
(violoncelle)

TRACKLIST

1) Astral Mirage of Paradise
2)
Wisdom Floats
3) Monolithos
4) Beryllos
5) Reaching Melancoliah
6) Circle Immortality
7) When the Echoes Start to Fade
8) Cosmos Silence
9) Intra-Mental Ecstasy
10) Ebonies
11) Infinity Awaits

DISCOGRAPHIE

Wisdom Floats (1994)

Decoryah - Wisdom Floats



Solitude et romantisme : la voie finlandaise. Pour illustrer le sujet, j’ai choisi Wisdom Floats, le premier album de Decoryah. Solitude du fan, d’abord, se trouvant face à un choix cornélien: vivre sa passion caché ou au grand jour. Soyez sans crainte : aucun des deux choix n’apporte la paix.

Taire son amour pour cet album si précieux, c’est vivre avec un secret très lourd à porter. Un secret qui vous consume. L'avouer à vos amis, même les metalheads, surtout les metalheads, devrais-je dire, c’est s’exposer à une moquerie permanente. Au début, ils croient que vous plaisantez. Et puis… « Nan mais t’es sérieux ? Tu aimes vraiment ce… cette… merde ? Non mais t’as vu la prod ? Le grésillement là, c’est un riff ? Et puis la batterie… Il a commencé à en jouer hier soir ? Et le type qui chante… On savait que t’avais des goûts de merde, mais là… c’est le pompon ! Écoute plutôt ça, merde: « Respect, walk. What dou you say ? » Ça, ça défonce ! » Et ne croyez pas que s’ouvrir aux non-métalleux résout votre problème… « Oui, c’est pas mal. Au moins, ça ne braille pas. Mais par contre, bonjour tristesse… » On en vient à tâter ses propres membres. Sommes-nous du même monde ? Mes bras sont à leur place, mais non, Non, non, Nous ne sommes pas du même monde. Des larmes peuvent éventuellement couler. En fait, des larmes ont coulé. Le temps de trois titres exceptionnels. Les trois premiers.
Romantisme, ensuite. L’essence même de la candeur et de l’impudeur.
-Non mais jeune homme, un peu de tenue ! Ne pleurez pas votre amour de cette façon, c’est inconvenant ! C’est gênant ! C’est false !
-Je n’y peux rien ! C’est Sini. Sa voix me fait pleurer. C’est Jukka. Sa guitare me fait chavirer. C’est Wisdom Floats. Même si je ne suis pas trop sûr que ça soit la Sagesse qui flotte…
À moins que la Sagesse ne soit un sentiment. La nostalgie d’un temps qui n’a jamais existé*. Une quête du Vide. Le gothic-doom atmosphérique maladroit des trois premiers morceaux de Wisdom Floats est la plus belle quête du Vide que je n’ai jamais expérimentée. Et croyez-moi, je suis expert en la matière. Nous sommes un petit groupe à ne pas vivre ici. À mépriser vos préoccupations. À poursuivre des chimères. À grands coups de guitares mélancoliques, de chants éplorés et de claviers. Avec ce premier jet, Decoryah démontre, dès 1994, que la Finlande non plus n’est pas de ce monde. Loués soient-ils.


1994 donc. Un jeune homme mal dans sa peau écoute une nouvelle fois l’album qu’il a acheté quelques jours auparavant. Il pense Decoryah, il mange Decoryah, il vit Decoryah. Il n’est plus grand-chose de concret. Il est gothic-doom.


*Copyright: Tabris


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