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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 23 mars 2019
Sa note : 17/20

LINE UP

-Vincent "Vince" Neil Wharton
(chant)

-Robert Alan "Mick Mars" Deal
(chœurs+guitare)

-Frank Carlton Serafino "Nikki Sixx" Feranna, Jr.
(basse)

-Thomas "Tommy" Lee Bass
(chœurs+batterie)

TRACKLIST

Version originale Leathür Records (10 11 1981) :

1) Live Wire
2) Public Enemy #1
3) Take Me To The Top
4) Merry-Go-Round
5) Piece of Your Action
6) Starry Eyes
7) Stick to Your Guns
8) Come on and Dance
9) Too Fast for Love
10) On with the Show

Version Elektra (20 08 1982):

1) Live Wire
2) Come on and Dance
3) Public Enemy #1
4) Merry-Go-Round
5) Take Me to the Top
6) Piece of Your Action
7) Starry Eyes
8) Too Fast for Love
9) On with the Show

DISCOGRAPHIE


Mötley Crüe - Too Fast For Love



La violence. La crasse. Les trottoirs défoncés. Les bouges infâmes. Les gangs. Les balles perdues qui sifflent à travers la chambre. Des parents reniés. Le soleil invincible de L.A.. L'insouciance. L'instinct de survie. Le rouge à lèvres, la laque et le spandex, les filles consommées pour un burger et une bagnole, le sapin de Noël décoré au papier chiottes (usagé), les drogues dures, la tournée des clubs. Grimper sur la scène, brancher les amplis et transformer les lieux en zone de guerre. Ne plus en sortir. Plus jamais. Tout cela n'est qu'une partie* de ce que charrie Too Fast for Love, premier jet poisseux d'un trio de gamins à la redresse flanqué d'un hobo arthritique dont ils sont les seuls à ne pas avoir peur. Les eighties ont à peine débuté qu'elles sont déjà vouées à la perdition. Et à tous ses délices.

Ne pas juger un bouquin à sa couverture ? De toute façon les mecs de Mötley Crüe ne savent pas lire. Donc il va s'agir d'en mettre plein la vue et laisser le moins de doute possible quant à la nature de la marchandise. En pastichant le gros plan sur un membre viril sanglé de cuir qu'avait imaginé Andy Wahrol pour le non moins explicite Sticky Fingers des Rolling Stones, l'auteur de la pochette a parfaitement rempli l'objectif. Un vaste piège à filles, manipulé par des garçons qui se griment en drag queens menaçantes, sortes de New York Dolls revisitées façon Mad Max, tel est le sulfureux programme. Musicalement, ça se traduit par un riff nerveux et âcre, à la croisée du punk et du metal, relayé par un chant haut perché et des vocalises perçantes qui promettent l'urgence, l'instabilité et le stupre. « Come on babe, gotta play with me : I'm your live wire ». Fulgurant single. Un ralentissement stratégique au milieu de l'acte et ça repart de plus belle avant de s'arrêter net non sans avoir fait rugir la bête, histoire de prouver qu'il en reste encore pas mal sous le châssis. Petite gâterie supplémentaire : les dames pourront choisir.
D'un côté le mystère induit par l'écho généreux nimbant les inflexions nasillardes de Vince Neil et la totalité de l'enregistrement originel que les quatre Angelinos ont mis en boîte en trois jours puis sorti sur leur propre label – le do it yourself appliqué à la lettre. Et de l'autre la puissance de la version parue quelques mois plus tard sur un label autrement plus conséquent et dont le mixage a été confié à Roy Thomas Baker, producteur orgiaque ayant épinglé à son tableau de chasse Hawkwind, Queen ou encore Alice Cooper mais aussi Dusty Springfield, Journey, Foreigner et Yes – voilà qui démontre une capacité d'adaptation remarquable, qui porte ses fruits au moment de s'attaquer au cas Mötley. Exit le faiblard "Stick to your Guns" pourtant choisi initialement comme single, éliminée la séquence incongrue qui leste les prémices de la chanson éponyme, évincée la monstrueuse dose de réverb' qui confère cependant tout son charme à la première tentative – miam cette intro de batterie en direct du cosmos sur "Starry Eyes" ! Les amateurs de basse bien dodue seront probablement davantage comblée par la version « Leathür » de 1981 – le disco règne encore sur les dancefloors et son influence ne se limite pas aux génériques télé, en témoignent les accortes rondeurs de "Public Enemy #1". Incontestablement plus percutantes, les relectures proposées par Baker font la part belle à la batterie du compétent Tommy Lee, qui porte les morceaux à ébullition, à l'instar de "Too Fast for Love" dont le refrain hululé à la manière d'un félin en chaleur est bâti pour être scandé à pleins poumons par une foule en transe sous les coups de boutoir du fougueux Gréco-Américain.
Et puis il y a la guitare de Mick Mars. Configurée en mode foreuse. Pas vraiment funky, pour tout dire. Ses vibrations abrasives constituent un contrepoids idéal aux minauderies de Neil et contribuent elles aussi à embraser le bas-ventre, comme sur le thème à la rugosité antithétique de "Come on and Dance" que Cousin Machin rehausse d'un solo brillamment décadent, rattrapant un refrain simpliste sur lequel le vocaliste peroxydé a tendance à crier un peu n'importe comment. Et si Mars n'est sans doute pas le six-cordiste le plus fin du circuit, il sait insuffler une intensité rageuse qui bonifie ses interventions, telle l'embardée inhabituellement longue qui densifie "Piece of your Action" en relais de couplets ultra-tendus sur lesquels Neil fait monter la sauce avec maestria – dommage que le blondinet flanche sur le refrain. Néanmoins les temps faibles demeurent rares. Certes, tout le monde ne sera sans doute pas sensible aux semi-ballades "Merry-go-round" et "On with the Show", malgré la mélancolie touchante de la seconde nommée qui en atténue l'aspect fleur bleue, mais pas de quoi remettre en question le talent d'écriture de Nikki Sixx, le quatre-cordiste écorché vif. Qui, avec l'acméique "Take me to the Top", délivre un manifeste à double sens chargé de revanche et de détermination qui donne envie de débouler sur le Sunset Strip crinière au vent, chaîne plaquée or autour du cou et poing clouté prêt à jaillir à la gueule des garants autoproclamés de la morale.


Bourré d'énergie brute et de mélodies accrocheuses, le recueil inaugural de Mötley Crüe est un hymne au danger et à la séduction animale, mixant avec bonheur l'âpreté du punk et la tension du heavy metal. Pendants ultra-hédonistes des spécimens fougueux qui sortent les grosses guitares de leur torpeur dans la grisaille britannique au tournant des années quatre-vingts, les quatre Californiens - aussi paumés, toxiques et inconscients soient-ils - font preuve d'une étonnante cohésion qui injecte aux compositions malignes du bassiste Nikki Sixx une fraîcheur régénératrice. Bien plus que le groupe de glam dévoyé se vautrant dans le strass et la défonce que ses membres se plaisent à montrer, Mötley Crüe invente ses propres codes et intime à tous les kids du quartier, et de l'univers, de faire un doigt à tout ce qui bouge. Car tout commence maintenant. Et même si ce n'est pas tout à fait vrai, c'est sacrément bon à entendre.

*Du moins si l'on en croit le contenu démentiel de The Dirt: Confessions of the World's Most Notorious Rock Band (2001), traduit et édité en France par Camion Blanc en 2007 et ayant fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 2019.


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