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CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
Cette chronique a été mise en ligne le 05 mars 2019
Sa note : 18/20

LINE UP

-Johanna Charlotte Wessels
(chant)

-Martijn Westerholt
(chœurs +claviers+programmation)

Ont également participé à l'enregistrement:

-Sharon Janny Den Adel
(chant)

-Liv Kristine Espenæs
(chant)

-Georges Geoffrey Oosthoek
(chant)

-Rosan Van Der Aa
(choeurs)

-Marko "Marco" Tapani Hietala
(chant+basse)

-Oliver Phillips
(guitare+programmation)

-Ad Sluijter
(guitare)

-Guus Eiksens
(guitare)

-Jan "Örkki" Yrlund
(guitare)

-Ruper Gillet
(violoncelle)

-Ariën Van Wessenbeek
(batterie)

TRACKLIST

1) Sever
2) Frozen
3) Silhouette of a Dancer
4) No Compliance
5) See Me in Shadow
6) Shattered
7) The Gathering
8) Daylight Lucidity
9) Sleepwalker's Dream
10) A Day for Ghost
11) Pristine
12) Deep Forzen (bonus track)

DISCOGRAPHIE


Delain - Lucidity



2001, Martijn, l'un des membres fondateurs de Within Temptation quitte le groupe pour raisons médicales. Cela peut en partie expliquer le changement en termes de compositions de la bande à Sharon. Toujours désireux de créer, de composer, Martijn fonde seul Delain en 2002 pour ce qui ne devait être à la base un simple projet réunissant plusieurs guests en mode opera metal. 2005, la jeune et inconnue Charlotte Wessels rejoint le collectif qui se matérialise enfin dans les bacs en 2006 avec Lucidity.

Le projet fait tout de suite parler de lui, le grand frère (Within Temptation) faisant la promotion de Delain (ces derniers assureront également un bon nombre de leurs premières parties dans le futur). La liste des guests fait également naître un sentiment de curiosité avec la présence au micro, excusez du peu, de Liv Kristine (ex Theatre of Tragedy, ex Leaves’ Eyes), Marco Hietala (Nightwish), Georges Oosthoek (Orphanage) et Sharon Den Adel. Rien que ça. Pourtant la promo de Lucidity met l’accent sur le noyau dur du line-up à savoir Martijn et Charlotte puisque le premier single, "Frozen" ne fait apparaître aucun invité tout comme "Sleepwalker’s Dream" qui apparaîtra sur bon nombre de samplers proposés par la presse spécialisée. Si "Frozen", bien que mignonne, laisse plutôt de marbre prise individuellement, "Sleepwalker’s Dream" quant à elle créée clairement l’envie de se plonger dans Lucidity. Intro grandiloquente, voix douce et cristalline, refrain offrant une belle prise de risque de la jeune Batave, riff discret mais bien ciselé: il s'agit clairement d'un premier contact prometteur avec le monde de Delain qui possède déjà la « Delain’s Touch ».
Martijn réalise quasiment un coup de maître, dans un style qui en 2006 est déjà surchargé, en proposant une œuvre parfaitement composée, homogène, sans temps mort et qui se savoure intégralement. Si bon nombre de jeunes groupes arrivent à créer des titres excellents mais pas d’album cohérent, Lucidity quant à lui fait figure de modèle dans ce domaine. Nous sommes face à une proposition avec un fil conducteur qui est le metal symphonique, où les claviers sont fort présents sans jamais tomber dans le cheap, et où on sent le goût de Martijn pour le travail d’orchestration mais également son talent pour composer des petites bombes et autres hits en puissance. Au final, la présence de guests derrière le micro apporte simplement ce truc en plus mais n’est pas la raison d’être de Lucidity, encore une preuve de la réussite de ce premier essai. Ce dernier commence avec "Sever", sonnant très Nightwish dans son introduction (en dehors de la présence de Marco) tout comme dans son riff principal rappelant fortement Oceanborn. Delain fait avant tout du metal et le prouve à de multiples reprises comme sur l’immense "Silhouette of a Dancer", occurrence la plus lourde et sombre.
Charlotte montre déjà qu’elle a plusieurs cordes à son arc grâce notamment à sa tessiture plus grave sur les couplets qui lui permet d'accompagner parfaitement les grunts de Georges. Le final du morceau est un véritable moment de bonheur offrant une minute instrumentale mixant orchestration/double pédale. Le travail d'Ariën est bien mis en avant sur cette composition mais également sur l’excellente "A Day for Ghosts" proposant également un gros travail du batteur qui ajoute de l’intensité au duo entre Liv et Marco. Un hit et l'un des morceaux préférés des fans. Il faut dire que la voix rauque de Marco se marie à merveille avec la douce Liv (je comprends ainsi certains fans de Nightwish qui fantasmaient sur une éventuelle venue de Liv après le départ de Tarja). Marco est également présent sur le morceau culte des Néerlandais, présent sur toutes les setlists de Delain, à savoir "The Gathering". L’équivalent d’un "Ice Queen" (Within Temptation) ou d’un "Nemo" (Nightwish) sans être révolutionnaire, "The Gathering" est la définition même du tube. Le refrain, facilement mémorisable, est fédérateur et fait sauter la foule.
Dans la même veine mentionnons "Shattered" et son riff bien dodu et puissant. Cependant Lucidity est constitué d'essais moins calibrés, plus intrigants comme "No Compliance" avec Sharon au mic' et c’est une vraie réussite -la miss utilisant sa voix de « sorcière » qu’elle a abandonnée depuis. Marco se retrouve également au chant. La composition ne répond pas aux codes classiques du metal symphonique. Il se veut plus doux, plus mystérieux. On est face à une magnifique œuvre mid-tempo avec un final offrant la lumière à Oliver Philips (Everon, Phantasma, Satyrian). On retrouve une dernière fois M. Hietala sur (à mon avis) la trop boudée "Daylight Lucidity", mid-tempo assez cliché avec sa forte présence de claviers mais qui possède ce petit côté naïf et niais me faisant penser à Edenbridge (petit plaisir coupable de votre serviteur) mais qui apporte un réel intérêt avec le changement de rythme lors des interventions de Marco. Enfin Lucidity se conclut avec une autre œuvre devenue culte au fil du temps, à savoir "Pristine", propositions la plus sombre de ce premier album de Delain mais également faisant honneur au travail de Martijn sur les arrangements et orchestrations. C’est grandiloquent, émouvant mais également puissant avec les interventions de Georges. Une conclusion quasi parfaite.


Vous l’aurez compris, avec Lucidity Delain a frappé fort, très très fort pour un premier album. Les quelques défauts (la déception "See me in the Shadow", ballade avec Charlotte et Liv au chant, quelques petites redondances ("Shattered", "Frozen") mais aussi une voix à travailler et améliorer concernant Charlotte - mais comment en vouloir à une gamine de dix-huit ans ?) ne font pas le poids face aux compositions de Martijn, à ses arrangements, aux variétés des compositions, aux guests qui jouent clairement le jeu sur des compositions devenues cultes. Malgré un second essai bien en deçà du reste de leur discographie, le futur sera radieux pour Delain, devenant, à ce jour l'une des têtes d’affiches de la scène sympho.


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